Lionel Langlais - blog officiel

 


 

Si je vous disais comment répète Lionel Langlais...

Si je disais au public de Lionel Langlais comment il répète, est-ce qu’il verrait le spectacle autrement, le public de Lionel Langlais ?

Ce sera amusant de le savoir…

A proprement parler Lionel n’aime pas du tout répéter ; on peut même dire qu’il déteste ça.

Confidence pour confidence, la première fois où il m’a fait part de ses réticences, j’ai été tout à fait conforté dans l’idée que je me faisais déjà de lui : un être spontané qui n’aime pas le calcul et la tricherie. Et il a fallu que j’argumente beaucoup pour l’amener à travailler et donc à répéter.

Il faut dire que le mot « répéter » est plus que discutable ; en réalité, un artiste ne devrait jamais répéter ce qu’il fait, mais toujours faire du nouveau, et proposer chaque soir à son public un spectacle unique, qu’il ne répétera jamais…

Dans la chanson, il y a deux écoles : ceux qui ne s’autorisent que très peu d’improvisation sur scène, et ceux qui se lancent selon ce que leur dictent leurs humeurs et leurs états d’âme…

J’ai dû expliquer à Lionel que tous ceux que le métier et le public considèrent comme les « grands » font partie de la première école ; celle qui considère que l’art de l’artiste en scène consiste précisément à donner chaque soir au public un spectacle différent dans une forme identique ! D’ailleurs, qui comprendrait que l’acteur change le texte ou la mise en scène de la pièce au prétexte qu’il la joue tous les jours ? Dans le même esprit, Brel se refusait à « faire des rappels »…

Evidemment, je savais qu’en lui disant que les plus grands étaient capables de bosser pendant des heures sans rien perdre de leur spontanéité, il allait enfin se mettre à répéter et à bosser comme j’aime qu’on bosse quand on prétend se « donner en spectacle ».

Justement, on a répété hier après-midi. Rien que lui. Avec Guillaume, ce sera demain dimanche (Petite confidence en passant : Guillaume est un grand exemple pour Lionel. Et ce qu’il en dit sur scène, quant à la rigueur, c’est vrai ! Guillaume, quand il joue, a toujours l’air d’improviser, vous avez remarqué ? Et le plus fort, c’est que dans son solo, juste après « Mon frère humain », il improvise et personne s’en doute ! Mais, bon, je vous ai rien dit…).

Attention, ce que je vais vous dire là est ultra confidentiel !! Lionel a décidé que lundi, au Nesle, il allait vous dire un petit mot pendant sa chanson « Bientôt 30 ans »… Il a répété ça hier et… à un moment j’étais censé rire… et j’ai pas ri !!!! Catastrophe !... il est reparti à bosser… On doit se revoir tout à l’heure… J’espère que je vais me marrer, sinon je vous dis pas le week-end…

Bref, oui, Lionel bosse ! Beaucoup ! Et je suis ravi ! Comme quand je le vois cirer ses pompes avant de se présenter à vous !

J’aurais détesté m’occuper d’un artiste qui n’aurait pas en tout d’abord pensé à vous…

Vivement lundi

Quentin

PS : pour le concours lancé spontanément dans mon précédent billet, la réponse était… ah ben justement on en parlait : « Bientôt 30 ans » !

Si je vous disais la première fois...

Si je disais aux fans de Lionel Langlais que la première fois que je l’ai vu il avait les cheveux tondus, ils auraient du mal à me croire. C’est pourtant vrai. C’était sur une péniche amarrée en Seine. J’accompagnais un artiste que je coachais à l’époque. La patronne du lieu nous dit : « y’a là un gars qui voudrait chanter deux chansons ». Pas de problème. « mais il a pas de guitare… ». On va lui en prêter une. Il commence mal le gars, je me dis. Je le vois se pointer quelques instants plus tard. Il chante…

Non, désolé, je vais pas vous dire qu’il m’a collé d’emblée la baffe du siècle. D’abord, y avait pas que la guitare qu’était empruntée. Lui aussi. Et pas qu’un peu. Ca tremblait de partout. Il serait passé à la télé, j’aurais fait régler le poste. Ensuite, sur les deux chansons… y en n’a qu’une qui m’a accroché quelque chose dans l’oreille. D’ailleurs il la chante encore aujourd’hui sur scène (tiens, j’en profite pour ouvrir un concours : le premier, la première, qui me dit laquelle c’est, je lui fais avoir une place gratuite, et sur le devant, au prochain concert, parole de Lamotta).

Il n’empêche, et c’est là où il est balèze, le Lionel : il n’était pas question pour moi de quitter la péniche sans aller le voir. Je lui ai dit, je me souviens, que sur les deux, il avait une chanson sympa. J’aurais pu lui dire autre chose d’ailleurs, de se laisser pousser les cheveux par exemple, ou encore de prendre un guitariste s’il n’arrivait pas à se guérir de sa tremblote. Il a voulu savoir qui j’étais, je lui ai laissé une carte, et voilà. On s’est pas parlé cinq minutes.

Si vous êtes là, c’est que vous êtes pas cons, donc vous vous doutez : dans les quelques jours qui ont suivi, il m’a appelé… Et c’est là que j’ai compris. Très vite. D’ailleurs, c’est ma deuxième confidence aujourd’hui : il est pas rare de voir des artistes dès leur tout début sur scène capables de vous la jouer à l’esbroufe et de vous faire prendre leur vessie artistique pour une lanterne de music-hall, mais allez boire un pot avec eux, vous vous retrouvez vite avec des petites personnes boursouflées d’ambitions et de calculs à la virgule près. Le grand, la grande artiste, c’est jamais sur scène qu’on les remarque à leurs débuts, c’est dans la vie. Un grand, une grande artiste, c’est d’abord quelqu’un quelqu’une dont vous vous dites, dont vous sentez qu’ils portent quelque chose d’étrange… et c’est le bon mot… c’est étrange… ils ont quelque chose qui fait qu’ils nous sont un peu étrangers, et qu’on leur semble étrangers…

« C’est qui lui ? Il est lumineux ! » C’est souvent ce que m’ont dit des amis me croisant avec lui pour la première fois. Une lumière, c’est ça, son étrangeté à lui…

Parce que je suis dans son ombre, il a voulu absolument me laisser une place sur ce blog. J’ai dit d’accord, mais à une condition : je dis ce que je veux !

Ce que je veux, c’est vous faire des confidences. Chaque fois que j’aurai envie. Plusieurs fois par semaine peut-être. Par exemple, bientôt, si ça se trouve, je vous dirai ce que Lionel pense de Bénabar, si Lionel est de droite ou de gauche, s’il aime les brocolis, ce qu’Aznavour pense de lui…

Attention, ce sont des confidences que je vous fais là. Merci de ne pas les répéter. Pas à n’importe qui en tout cas.

Et, confidences pour confidences, vous pouvez vous aussi, je m’y engage, dire ici ce que vous pensez, faire des remarques, me poser des questions, j’y répondrai à ma façon.

Quentin
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