Lionel Langlais - blog officiel

 


 

Si je vous disais X Factor...

Si je vous disais X Factor, évidemment ce serait encore pour vous parler de Lionel. Car il y a un rapport entre X Factor et Lionel Langlais. Ultra confidentiel, le rapport. Classé top secret défense d’en parler.

Il y a, j’en fais le pari, entre vous qui êtes de plus en plus nombreux à fréquenter ce blog et moi qui vous parle comme au creux de l’oreille, maintenant suffisamment de connivences : vous ne répéterez pas ce qu’aujourd’hui je vais ici lâcher.

Tout d’abord - pour ceux qui l’ignorent - X Factor, c’est une émission de télé. Qui va tenter de s’installer sur W9 et qui, comme tant d’autres depuis 50 ans, mise sur la découverte de jeunes talents.

Début juin, je crois, par mail Lionel est sollicité pour poser sa candidature et participer au casting. Surpris mais totalement convaincu que jamais il n’ira fourvoyer son jeune talent dans cette merdique aventure, il se tourne vers moi, par principe, histoire que j’entérine sa décision de mon tampon managérial.

Il se trouve - on ne saura jamais pourquoi - que ce soir-là l’occasion m’amuse et que je ne vois aucun inconvénient à la saisir franchement. Bien au contraire. Au fond je suis surtout d’avis qu’il ne faut jamais refuser de pousser un peu du pied une porte qui déjà s’entrouvre toute seule ; histoire d’aller y voir. A la condition que Lionel reste lui-même et ne fasse rien qu’il désavoue au fond, plus j’y réfléchis moins je ne vois l’intérêt de refuser cette proposition.

On en discute. Et finalement il se range à mon avis.

Tout se fait par Internet. Le rendez-vous est fixé un matin de septembre à 8 heures à l’hôtel Mercure de la porte Saint-Cloud. On nous dit qu’il s’agira de chanter une ou deux chansons a capella et on nous prévient qu’il serait prudent de prévoir des sandwiches.

Effectivement il y a déjà du monde quand on arrive. Facilement 200 personnes. On nous remet un numéro de passage et un accord préalable à signer. Il s’agit d’un règlement assez complet qui stipule dès le début que tout se déroulera en 4 phases visant à écrémer les candidats jusqu’à n’en retenir que 12. Un détail attire tout de suite l’attention de Lionel : dès la deuxième phase, le candidat s’engage à chanter ce qu’on lui demande et à contresigner les éventuelles propositions de contrat de management et/ou de disque.

Pour Lionel, tout s’arrête là. Il est 8 huit heures du matin, il est en costume de scène sur un parking d’hôtel, il fait froid, il vient de traverser Paris pour rien, la plaisanterie pas drôle a assez duré, on rentre.

J’avais, vous vous doutez bien, tout particulièrement préparé cette journée dont je savais qu’elle serait pleine de rebondissements et de tensions. On ne se lance pas dans une telle entreprise - faire poireauter Lionel pendant 5 ou 6 heures - sans se douter qu’il va y avoir un moment ou l’autre du grabuge.

Il a signé les papiers, avec agacement et parce que je lui affirmais mordicus que les clauses qui l’ennuyaient n’avaient aucun impact juridique réel.

Je l’ai installé confortablement sur une banquette d’un café tout proche et il s’est détendu un peu à regarder les autres candidats, en tournage extérieur devant l’hôtel, jouer les figurants excités derrière Alexandre Devoise enregistrant le lancement du futur générique.

J’aime que Lionel soit de temps en temps confronté à des situations un peu stressantes et qu’il parvienne à les traverser avec une certaine grâce. Pour un artiste, les auditions, les castings, les plans un peu foireux… ce sont autant d’occasions de se connaître, de tester la solidité de ses motivations, l’élasticité de son talent, l’efficience de sa technique, la vitalité de sa foi en lui…

Vers 16 heures, très concentré mais parfaitement détendu, il attendait son moment. Il savait qu’il allait chanter In Extremis, un titre pas facile, qui demande une grande intensité dans l’interprétation et une dextérité vocale pour les passages rapides en voix de tête. Et si jamais on lui demandait un autre titre ? Ce serait Le Gros Camion…

A 17 heures son tour arrive. On lui colle un gros adhésif sur la poitrine, façon « on achève bien les chevaux », un truc énorme qui l’oblige à ôter veste et cravate. Il ressemble maintenant à un garçon de café numéroté et je me dis que ce pourrait être là la goutte d’eau…

Non, Lionel cette fois m’épate carrément, garde son calme et monte sans se presser à l’étage qu’on lui indique.

Ils sont trois dans une pièce, trois trentenaires plutôt sympas. Celui du milieu, qui a l’air de diriger les opérations, demande à Lionel ce qu’il compte chanter.

- In Extremis… un texte de Quentin Lamotta et une musique… ben de moi…

- On aurait préféré une reprise…

- Je ne chante pas de reprises…

- Pardon ?

- Je ne chante que des chansons de mon répertoire…

Les trois gars se regardent. Se marrent un peu. Le trouvent visiblement gonflé :

- On peut savoir pourquoi vous participez à ce casting de X Factor… ?

- Pour faire connaître mon répertoire… et moi avec…

- Vous vous sentez capable d’apprendre une reprise en quelques heures et de la chanter en direct à la télé ?

- Oui, bien sûr, sans problème…

- Et vous accepteriez, donc…

- Quoi ?

- Eh ben… de chanter une reprise…

- Ah non… ça je refuse…

Là, le gars s’énerve quand même un petit peu…

- M’enfin vous savez quand même ce que c’est comme émission, X Factor !

- Non pas exactement… en fait non, j’en sais rien…

- Vous vous voulez dire que vous attendez en bas depuis ce matin 8 heures pour participer au casting d’une émission que vous ne connaissez pas !?!

Lionel commence lui aussi à s’énerver un brin. Peut-être l’autre le sent-il ?

- Bon, chantez nous votre truc… mais vous avez intérêt à être bon…

Lionel commence : « une fille à bras tentaculaires m’a pris la tête et laissé pour mort à Venise… »

Les trois gars se regardent un peu surpris, et ils écoutent…

- Pas mal… dit celui qui parle, quand Lionel a fini. Mais pourquoi vous voulez pas faire des reprises ?

- Parce que j’ai un répertoire…

- Et vous pouvez nous laisser quelque chose ?

Lionel leur distribue trois flyers annonçant son spectacle au Darius Milhaud.

C’est qui, lui, derrière ? demande le gars en pointant la photo.

- Guillaume Bongiraud, mon violoncelliste… Vous voulez que je vous donne une maquette ?

- Ah vous avez une maquette ? Oui bien sûr, on va écouter ça…

Lionel est redescendu de là tout sourire.

C’était son premier casting. Peut-être le dernier. Et il était ravi. Moi aussi.

Fallait que je vous le dise.

Portez-vous bien…

Quentin

Si je vous disais LA chanson...

Si je vous disais LA chanson… celle qu’on écrira peut-être jamais, celle qu’on cherche tout le temps, qui manque, la magique, la miraculeuse, pas forcément la plus belle, ni la plus intelligente, loin de là même, souvent… mais LA chanson… qui t’ouvre et pour longtemps la porte verrouillée du succès d’un gros coup d’épaule baraquée… LA chanson que tout chanteur rêve d’un jour avoir à son répertoire.

Est-ce qu’elle est déjà écrite, LA chanson de Lionel Langlais ?

Pas impossible. J’ose à peine le dire, tellement ce serait fou à entendre - mais avec vous j’ose tout : il n’est pas impossible que LA chanson de Lionel Langlais soit déjà écrite.

Je sais c’est énôôrme !... Et moi-même j’en tremble, rien qu’à m’entendre vous le dire… Parce que, rendez-vous compte, si j’ai raison, si jamais j’ai raison, qu’estque-c’que ça roupait tien roubladire ?… j’en bafouille… qu’est-ce que ça pourrait bien vouloir dire ??

D’abord, qu’il faudrait qu’on se calme… à commencer par moi d’ailleurs… Et ne rien dire à Lionel… Rien du tout… Le laisser continuer tranquille comme si de rien… Ne rien dire à Lionel ?... Vraiment ? Non non, ne rien lui dire… Lui laisser sa candeur, sa fraîcheur… De toute façon, chien fou comme je le connais, il serait capable de tout bousculer les quilles du jeu…

Il faut que ça reste entre nous… Entre vous et moi… Vous me direz, si LA chanson est écrite, autant le faire savoir et la chanter sur tous les toits !! Pas aussi simple, mes chers amis, pas aussi simple ! Il va nous falloir inventer le carré circulaire… si vous voyez ce que je veux dire… Car enfin le problème dûment posé a priori s’énonce ainsi : comment faire connaître LA chanson destinée à faire connaître Lionel Langlais ?

Nous y voilà : c’est la différence entre une chanson et LA chanson. Une chanson, elle fait partie d’un répertoire qui lui-même est intégré à un patrimoine, elle a son petit caractère à elle, ses qualités, ses défauts, et elle fait son petit bonhomme de chemin et voilà tout. Un peu comme nous tous sur cette terre, vous remarquerez.

Mais LA chanson, c’est tout autre chose… c’est elle qui fait connaître son interprète et le plus souvent le dépasse ; elle transcende tout, le temps, l’espace, les langues… Elle s’impose. A tous et tout le temps.

Toutes les chansons ont une histoire. Je suis bien placé pour le savoir : c’est le titre d’un spectacle que je viens de co-écrire avec mon ami Frédéric Zeitoun et qui sera pour un mois à l’affiche du Trianon à Paris à partir du 22 septembre.

Toutes les chansons ont une histoire. Mais LA chanson a un destin. Je peux pas vous dire mieux.

C’est bien beau tout ça, mais on fait quoi pour Lionel ?...

Puisque la franchise et la confidentialité sont les deux piliers de l’amitié qui nous abrite vous et moi, je vais être franc avec vous. Et vous faire une confidence : je n’ai rien dit à personne sur LA chanson en question. J’attendais justement de vous en parler en premier.

Après tout, si vous êtes là, c’est que vous vous intéressez grandement à Lionel, et ce serait donc bêtement vous désobliger que de ne pas vous demander, à vous, précisément à vous, la confirmation de ce que je pressens.

En revanche, je ne peux évidemment rien vous dire de plus sur LA chanson de Lionel. Ce serait risquer de fausser votre jugement. Je peux seulement vous dire qu’elle est dans le nouveau concert qu’il donne actuellement le samedi au Darius Milhaud.

Dans un premier temps, gardons le secret, si vous voulez bien. A la fin du concert, ou ici par mail, faites-moi savoir discrètement lequel des titres aujourd’hui interprétés par Lionel vous semble indubitablement être LA chanson… J’insiste sur « indubitablement ».

LA chanson, quand c’est elle, c’est comme un coup de foudre en amour, c’est là et c’est tout.

De mon côté, et en toute confidentialité c’est promis, je vous dirai si on est d’accord, vous et moi…

Et s’il s’avère que LA chanson fait comme il se doit l’unanimité, alors on le dira à Lionel et on en fera LE single gagnant de l’album à venir…

En attendant…….. chut !

Et bonne semaine à vous.

Quentin

Si je vous disais le Darius Milhaud...

Si je vous disais le Darius Milhaud… je commencerais par vous dire que c’est la première fois que Lionel s’installe durablement dans un lieu pour y chanter. Il y sera du 22 août au 30 novembre. D’abord tous les samedis, et en novembre le lundi. Et c’est pendant ce même trimestre qu’il enregistrera son premier album ! Ceux qui lisent dans les astres devraient normalement trouver ces jours-ci dans le ciel de Lionel un savant ballet d’étoiles en préparation et, derrière, un chorégraphe plutôt bien inspiré…

Le Darius Milhaud c’est d’abord un petit lieu sympa, des gens qui s’en occupent vraiment, qui sont au service des artistes et donc du public. Et Lionel va y présenter son nouveau spectacle. Je dis nouveau parce qu’on a écrit trois chansons cet été. Ah ben si, comme Lionel ne veut – à juste raison je trouve – pas du tout rallonger la durée de son tour, c’est du coup trois autres chansons qui dégagent… Lesquelles ?… Je ne suis pas censé vous le dire mais bon, confidence pour confidence, les nommées sont (roulement de tambour) : Bientôt 30 ans Elle se fait tirer Ma destinée. Et c’est sans appel. Inutile d’insister, vous le connaissez, c’est plus difficile de lui ôter une idée de la tête que de retirer une pièce d’un horodateur.

Vous me direz, trois chansons nouvelles, c’est pas ça qui change un concert. Si, justement. A condition de poser comme règle fondamentale que le but premier du jeu c’est que le public ne s’emmerde pas deux secondes, composer l’ordre d’un spectacle, c’est tout un art. Alors oui, finalement, les nouvelles chansons ont tout chamboulé. Et nous avons dû trouver de nouvelles présentations.

Car Lionel n’imagine pas qu’il pourrait entrer en scène et en sortir sans avoir quasiment rien dit entre les chansons. Il faut qu’il cause. Pas tout le temps, mais quand même. Sans ça il aurait l’impression de faire la gueule. Comme partager un repas en silence. Pas parler la bouche pleine, il veut bien, mais la fermer entre les plats, c’est trop lui demander.

C’est justement ce matin qu’on a travaillé les nouveaux textes de présentation. Des vrais sketches. En gros, il me propose des choses, je fais le tri, et si ça lui va je développe.

C’est drôle comment il fonctionne. Et c’est encore une confidence que je vous fais là : c’est comme s’il avait comme qui dirait trois ateliers en tête. Un atelier confection, un atelier gravure, un atelier répétition. Dans le premier, il met au point, cherche, tâtonne, tatillonne et quand il est content il passe à l’atelier gravure. C’est là qu’est le problème. Parce que là, comme indiqué sur la porte, il grave. Sur son disque dur. Et souvent trop tôt. Du coup il passe à l’atelier répétition et on s’aperçoit qu’il faut changer quelque chose… un détail… un accord de guitare, un bout de phrase, un mot… Et c’est impossible, c’est gravé. Il faut casser le moule, tout reprendre depuis le début, réinitialiser le disque.

Et il est le premier à s’en énerver ! D’un énervement qui me fait rire, mais qui l’emporte, lui, bien au-delà du raisonnable. Guillaume pourrait en témoigner : une fois excédé par ce qui ressemblait à une rayure sur son cérébral disque dur, il a des deux mains attrapé sa guitare par le manche avec la manifeste intention de l’éclater sur le mur de ma salle à manger. Miraculeusement, à ce moment précis, il y eut comme un effet de ralenti. Le temps a dû s’allonger d’un quart de millième de seconde, je sais pas, et ça a dû provoquer un silence imperceptible à l’oreille mais suffisant pour que l’ange présent dans la pièce se glisse dans la faille, s’empare du bras plein de colère et le retienne in extremis.

Depuis Lionel ne s’emporte plus. Mais il n’en reste pas moins étrange.

Ce matin - il avait encore gravé trop tôt quelques phrases finalement à rectifier qu’il ne parvenait plus à corriger - il s’est soudainement arrêté, et m’a regardé, comme hébété : « je suis trop con… laisse tomber… je suis trop con… » Alors, la guitare doucement déposée, le plus sérieusement du monde, comme s’il faisait ses adieux au métier rassemblé, un peu façon Giscard quittant le pouvoir, il est sorti de la pièce, se tournant vers moi une dernière fois : « je suis trop con, j’y arriverai pas… »

Je suis évidemment resté sur ma chaise, plutôt très amusé, déjà m’imaginant samedi soir entrer à sa place en scène à 21h15 au Darius Milhaud pour dire aux gens : « Lionel ne viendra pas, il a abandonné la chanson, il s’excuse, il est trop con… »

J’avais même pas fini mon petit théâtre intime, il est repassé devant moi, sans un mot, comme si de rien n’était, il a repris sa guitare et sa chanson, et c’était parfait.

Et là je l’ai vu content. Plus que ça. Heureux. Vraiment.

Il est quand même bizarre, je me suis dit. En même temps, je devinais, je savais, là derrière, le désir de bien faire, de surtout pas décevoir, et puis l’attente, tous ces jour-ci, l’attente, un peu anxieuse, du public...

Trois mois au Darius Milhaud. Viendra, ou viendra pas, le public ?

Comme une métaphore de la vie, quand on se réveille au matin. Viendra, ou viendra pas, le bonheur ?

On n’en sait rien. Et c’est pas plus mal.

A la semaine prochaine.

Quentin

Si je vous disais le spectacle de Lionel Langlais...

Si je vous disais le spectacle de Lionel Langlais, je vous parlerais de « noir et blanc ». Je le sais depuis la semaine dernière où le gars chargé d’ouvrir des billetteries en ligne pour le spectacle de la rentrée au Darius Milhaud (à partir du 22 août jusqu’au 30 novembre) m’a demandé de revoir pour certains sites la présentation jusqu’alors en cours.

J’avais droit à cinq lignes minimum, huit au maximum. Voici ce que j’ai écrit :

Lionel Langlais se présente en scène costumé cravaté dans un noir et blanc impeccable. Guillaume Bongiraud, le jeune musicien qui l’accompagne, en a l’air presque négligé. On va vite apprendre qu’en fait il est de loin le plus pointilleux des deux. Jusqu’à lui faire répéter le moindre de ses gestes, et même ses trous de mémoire ! Spectateur, de confidence en confidence vous êtes vite embarqué au cœur d’une relation complexe et drôle. Et mine de rien, l’un au violoncelle l’autre à la guitare, ils vous donnent un spectacle complet où rien ne manque de ce que Lionel Langlais, en chansons tristes émouvantes ou gaies, est venu vous dire de son amour de la vie !

Rigolez pas… ça m’a pris trois heures !

Si vous avez déjà vu le spectacle, au moins reconnaissez que tout y est. A commencer par l’effet noir et blanc du costard-cravate.

C’est de ça dont je veux vous parler aujourd’hui. Pas du costume. Mais du noir et blanc. Je veux dire du contraste, plus exactement de l’utilisation des contrastes - des chansons, des situations, des émotions - dans le spectacle de Lionel.

Dès le tout début de notre travail de mise en scène, je n’ai pas envisagé Lionel autrement qu’habillé dans une tenue blanche et noire. C’était comme une évidence. De même que l’actuel visuel conçu par Michaël Bauswein a été réalisé en noir et blanc sans que nous l’ayions vraiment voulu mais parce que Michaël a, comme photographe, une franche prédilection pour le noir et blanc. Et plus on creuse le spectacle dans sa conception, jusqu’aux chansons, plus on fouille la réalisation, plus on y trouve de contrastes, involontaires, mais marqués.

Au point que je me demande, depuis que j’ai écrit ces quelques lignes sur le spectacle, si ce n’est pas autour de cette idée de contraste qu’il faudrait organiser le développement artistique de Lionel. Parce que tout simplement il est un être très contrasté.

C’est pas si courant ! Nous sommes tous, le plus souvent, un conglomérat de contradictions. Et nos contradictions se heurtent, se combattent. Les contrastes, eux, s’harmonisent, s’arrangent. Et, d’ailleurs, un être ouvertement contrasté n’apparaît jamais contradictoire. Au contraire, il assume une complétude. Une entièreté. Et, le plus remarquable, c’est qu’il semble finalement s’en dégager une morale.

Au fond - et c’est sûrement là que je voulais en venir - il en va toujours d’un bon spectacle comme d’une vie réussie : il s’en dégage une morale. Et, il ne faut pas s’y tromper, c’est justement ce que sans le savoir on cherche quand on contemple une vie réussie ou quand on va au spectacle : une morale.

A la semaine prochaine…

Quentin

Si je vous disais la maison...

Si je vous disais la maison à chansons… je commencerais par vous annoncer qu’elle sera un peu plus grande que prévu. On arrête la vente des parpaings le 20 août. On saura mieux à ce moment-là à quoi elle ressemblera, mais d’ores et déjà on sait qu’on sera loin de la cage à lapins…

En attendant je m’amuse, sans trop le montrer, à observer Lionel quand ça le prend…

Parce que depuis qu’on a lancé ce projet, de temps en temps ça le prend. Avant-hier soir, on dînait, ça l’a pris. Ne me demandez pas ce que c’est, j’en sais rien ! Il se met à secouer un peu la tête de côté comme s’il disait non à quelque chose, ou plutôt comme s’il hésitait à répondre à une question posée… j’évite de lui montrer que je le regarde et alors ça continue… manifestement il se parle… et il a pas l’air d’accord… jusqu’au moment où il s’agace, me regarde et me balance : « on n’a pas le droit de se planter ! on n’a pas le droit ! »

Je sais qu’il parle de la « maison », vu que depuis deux mois il ne parle que de ça ou de ses nouvelles chansons.

- Si, bien sûr que si… je dis. On a parfaitement le droit de se planter… tout le monde a le droit de se planter, nous aussi… on n’est pas au-dessus des autres…

Un coup de tête à gauche, un coup à droite, il coupe sa viande, n’enfourne pas le morceau, me fixe :

- Non ! On peut pas ! Tous ces gens qui nous font confiance, on peut pas, je suis désolé, on peut pas les décevoir !

- Evidemment qu’on peut… Il ne faut pas, on ne doit pas… mais on peut, on peut toujours…

Son coup d’œil m’a fait rire. Il visait seulement à s’assurer que je plaisantais.

Ceux qui sur scène l’ont vu entre deux chansons vite fait remettre un onglet sur le support en mousse installé sur le pied du micro, ont sans doute compris que pour Lionel les choses ont leur place. Ce qui vaut pour les onglets vaut pour les plaisanteries.

Le morceau de viande reposé dans l’assiette - signe chez lui d’une grande nervosité - j’ai eu droit à une émouvante tirade sur le sérieux de la situation, l’exigence avec laquelle il allait falloir s’occuper de la maison à chansons, l’obligation de toujours faire les bons choix, la nécessité de réussir le meilleur album possible…

J’ai vite réalisé qu’il se parlait à lui-même. Comme s’il se conditionnait. C’est ce qu’il est en train de faire ces jour-ci : petit à petit se préparer à une aventure qui sera longue.

Tout en l’écoutant, je pensais aux gens des maisons de disques. J’ai toujours déconseillé aux jeunes artistes de démarcher eux-mêmes les maisons de disques. Ils n’y trouvent généralement que des raisons de douter. Je connais bien le regard désabusé du gars qui écoute une maquette. Je me souviens d’une fois dans une boîte de disques, il y a déjà un bout de temps. Je présentais la maquette du troisième album d’une artiste qui les intéressait. Le gars écoute. Il est fatigué. Il n’est qu’onze heures du matin, faut dire. Je suis son premier rendez-vous, il sirote un café, et il écoute des chansons… bref, il fait un dur métier… Il écoute au moins 5 titres… Autant dire que je commence à sérieusement penser qu’il va les proposer en comité d’écoute…

- Très bien, il tranche. Vraiment bien. Mais bon…

- Mais bon quoi… ?

- Mais bon, pourquoi elle ?

- Pardon ?

- Je vous dis c’est bien, ça correspond à ce qu’on aime ici, on sait travailler ça, mais pourquoi elle… plutôt qu’une autre je veux dire ?

- Ok, mais pourquoi pas elle ?

- C’est sûr, mais bon… pourquoi elle ?…

- Et pourquoi Carla Bruni ? je lui dis…

- Tout à fait…

Je précise que Carla Bruni avait signé chez eux son premier album qui était en train de cartonner partout, sauvant in extremis et du même coup ladite maison d’une faillite annoncée…

- Carla Bruni c’est un coup de pot…, il me dit. Elle a gagné au Loto, c’est tout…

Le gars pensait sérieusement ce qu’il disait. Il n’était pas le seul à penser de même dans la profession. Et aujourd’hui plus que jamais, la règle, la logique de ce métier vue par les professionnels eux-mêmes, c’est l’échec, l’insuccès, la ramerie, la galère…

La réussite, le succès, c’est de la chance. Et, le plus souvent - comble de la perversion, je trouve - ils adorent expliquer aux débutants qu’il est plus réaliste de penser le succès comme un accident !

Lionel n’a encore jamais rencontré des gens de maisons de disques.

Il a la foi.

Je l’écoutais l’autre soir, le voyais le plus sérieusement du monde tirer les plans sur sa comète et s’emballer le cœur à déjà déjouer les pièges de la route…

Il a la foi. La certitude d’être à sa juste place. Comme les objets qui l’entourent.

Le gars de la maison de disques, je risque de le retrouver un de ces jours.

Si je le retrouve, je lui fais écouter les maquettes de l’album ?

Et s’il me dit : « oui, bon, d’accord, mais pourquoi lui ? » je le gifle ?

A la semaine prochaine

Quentin

Si je vous disais le public de Lionel Langlais...

Si je vous disais le public de Lionel Langlais… il faudrait que je vous précise d’emblée qu’il s’agit du public imaginaire de Lionel Langlais. Ce qui ne signifie pas qu’il n’existe pas, mais simplement qu’il existe dans la tête de Lionel Langlais, à supposer que l’imagination soit localisée dans la tête, ce qu’après tout aucun neuroscientifique ou micro-chirurgien n’a jamais su nous prouver.

Je pourrais vous dire la même chose du public de Cabrel ou de Renaud. Non pas que le public de Cabrel ou de Renaud soit dans la tête de Lionel Langlais, ah ça non, mais simplement que Cabrel et Renaud ont eux aussi un public imaginaire.

D’ailleurs, et c’est le fond de ma pensée, je crois que le vrai public d’un artiste est toujours imaginaire.

Les comiques les plus grands sont ici très exemplaires. Tous ils ont dans leur enfance un univers pas drôle et une maman soucieuse, vaguement dépressive, qu’ils se sont efforcés de distraire, de soustraire à sa mélancolie. Et cette fonction inconsciemment assumée au départ va leur devenir une vocation de comique. Et plus tard, souvent même jusqu’à la fin de leur vie, plus les problèmes de l’époque susciteront en eux les forces qu’ils avaient trouvées pour dérider leur mère, plus ils seront génialement comiques…

Il est très intéressant de savoir pour qui chante un chanteur au fond, je veux dire quel est son public imaginaire… Et les chanteurs eux-mêmes feraient mieux de s’en soucier. Car il arrive, et c’est souvent le cas, que le public imaginaire du chanteur ne coïncide pas du tout avec son public réel, celui qui achète ses places et ses disques. La situation de l’artiste est alors difficile : le succès est au rendez-vous, quelquefois même il est éclatant, incontestable, mais pourtant quelque chose cloche… quelque chose que souvent l’artiste et son entourage n’identifient même pas… et c’est quelque chose qui leur pourrit gravement la vie… Ils vont alors immanquablement tenter de se réfugier davantage dans leur imaginaire, se couper des autres, et forcément en devenir irascibles, insupportables…

On n’en est pas là avec Lionel, vous me direz. N’empêche que, le plus souvent sans le lui dire, je me préoccupe beaucoup de savoir pour qui il chante vraiment. Après tout, comme c’est la fonction première de l’artiste que de changer le réel avec son imaginaire - et non pas de le fuir - alors oui, je compte bien que Lionel un jour ou l’autre saura remplir les salles avec le public qu’il a dans la tête.

C’est un public populaire, qui se paie pas de mots et qui triche pas avec ses émotions.

A ce propos, il y a une anecdote que j’ai quelquefois racontée à Lionel, et qui est pour moi très significative de ce que vit un artiste accompli, je veux dire qui ne souffre pas du tout d’un décalage entre son public imaginaire et son public réel.

Il s’agit de Bruel. J’avais à l’époque été invité à venir le voir parce que j’écrivais pour Judith Bérard, une chanteuse québécoise qui assurait sa première partie. Dans la loge de Judith, quand Bruel est venu nous voir à la toute fin de la soirée, je lui ai fait part d’une scène que j’avais trouvée très touchante : dans la salle du Zénith, pendant les rappels, une femme d’une quarantaine d’années, qui se trouvait là, pas loin, adossée à un pilier, pleurait doucement. Sur ces mots, j’ai instantanément vu les yeux de Bruel se brouiller de larmes. Il m’a remercié de lui avoir dit ça, et m’a confié « pour moi aussi, c’est très dur de les quitter… »

J’ai beaucoup aimé ça.

Lionel est encore très très loin de remplir des Zénith… Mais il est déjà tout à fait capable de se fâcher si vous laissez traîner ici ou là à sa portée d’oreilles une réflexion désobligeante sur SON public…

J’aime beaucoup ça.

A la semaine prochaine !

Quentin

Si je vous disais ce qui se prépare...

Si je vous disais ce qui se prépare, je serais tout proche de l’indiscrétion, c’est sûr, mais, plus grave encore, je risquerais une imprudence, un excès de vitesse…

C’est qu’il s’agit de ne pas aller trop vite. Ni d’ailleurs trop lentement. Être dans le tempo, c’est la sagesse. Attendre le bon moment. Les anciens, les très anciens, nommaient le bon moment le kairos, le moment propice.

J’ai quelques jours d’avance sur le kairos, on va dire. Lionel ne m’en voudra pas, je pense. Enfin, à condition que je ne vous dise pas tout, non plus. Dans ce cas, je me demande si ce ne serait pas, en plus d’une imprudence, une sorte de délit d’initié…

Je peux vous dire au moins, sans risque de me tromper et sans rien du tout compromettre, que tous ceux d’entre vous qui figurent sur le fichier « public » de Lionel vont recevoir de Lionel, dans les jours qui viennent, à mon avis début de semaine prochaine au plus tard, un mail… un mail qui leur annoncera quelque chose… quelque chose qui sera comme une offre…

Admettons, par exemple, que Lionel décide de construire… une maison… un lieu où il serait chez lui… Par exemple, il se lève un matin et se dit tiens si je bâtissais une maison… pour y vivre…

Mais non ! Je ne suis pas du tout en train de vous dire que Lionel a l’intention de se faire construire une baraque pour y habiter avec vous ! Il habite un appartement, un petit appartement, il y est locataire, s’y trouve bien, et n’a pas l’intention de changer quoi que soit à ça !

La maison, c’est une métaphore ! Et quand je dis que Lionel aimerait y vivre, je veux dire y vivre à sa manière… en chansons… évidemment… Que ceux d’entre vous qui ont des oreilles entendent et l’expliquent aux autres, ce serait bien aimable pour les autres et pour moi…

Donc, un matin, il se dit tiens je vais bâtir une maison de chansons… De là, forcément il se dit que l’idéal ce serait quand même que la maison elle appartienne aussi à son public… Forcément il se dit ça, parce qu’il n’a pas du tout le goût de la « propriété moi-je »… Et partant de là, l’idée se développe toute seule d’une maison collective où du public à Lionel pourrait décider au moment de la construction d’apporter une pierre, ou une fenêtre, une poignée de porte, un mur, un clou, une charpente, un tiroir, un escalier, enfin ce qu’on voudra et comme on pourra… hein ? des ardoises et des tuiles ? Non, dans les maisons métaphoriques, les ardoises et les tuiles, c’est pas utile.

Anxieux comme je vous connais, vous devez sûrement vous demander si vous allez ou non recevoir le susdit mail de Lionel. Autrement dit, si vous figurez sur sa liste « public ».

Pas de panique, n’allez pas encore une fois verser dans l’hystérie, l’agressivité ou la déprime, tout est sous contrôle, rien n’est à craindre à l’horizon, je reste sur le pont, et de toute façon vous savez bien que je vous dis tout.

Si chaque semaine vous recevez le mail vous prévenant de la parution de mon billet sur ce blog, alors vous pouvez fièrement vous vanter de figurer au « fichier public de Lionel Langlais ». Vous y êtes environ 250.

Que les autres nullement ne s’alarment et veuillent bien réfléchir avant : pourquoi Lionel chercherait-il lui-même à restreindre son public en limitant l’accès à son fichier ?

Mais, me demanderez-vous certainement, peut-on figurer dans le fichier public si on n’a jamais vu, de nos yeux vu, Lionel Langlais en spectacle ?

La réponse est………………………………. OUI !

Pour figurer dans le fichier public il suffit de le demander. C’est tout.

Même si votre motivation est des plus louches (je pense à cet artiste dit « de la nouvelle scène » et récemment démasqué, qui anonymement et sous-couvert d’un pseudo ridicule figure encore au fichier, certainement dans le seul but d’espionner incognito et jour à jour la progression de Lionel), même si votre motivation est des plus louches, disais-je, il vous suffit de répondre à ce billet pour demander et obtenir votre inscription.

Là, d’un coup, je ne sais pas si vous vous rendez bien compte de ce que ça veut dire « le public », pour Lionel… Je ne suis pas bien sûr…

Justement, j’avais l’intention de vous en parler un jour ou l’autre. Finalement, ce sera la semaine prochaine.

D’ici là, portez-vous bien.

Quentin

Si je vous disais la mobylette de Lionel Langlais...

Si je vous disais la mobylette de Lionel Langlais… vous seriez persuadés que je vous invente une gentille histoire, vaguement allégorique, une sorte de parabole à seule fin de promouvoir la ténacité invraisemblable, presque comique, du bonhomme Langlais.

D’autant que personne autour de lui, jamais, n’a entendu parler de cette histoire de mobylette ! Même pas ses tout proches ! Que moi ! Et encore, il n’y a pas longtemps que je suis dans cette confidence-là. A peine quinze jours. Avant, Lionel était le seul à savoir ça. Enfin lui et son voleur, bien sûr…

Ah ben oui, dans la parabole il y a aussi un voleur. Lionel, sa mobylette, et son voleur, ce serait le titre de la parabole.

Au début, il faut juste imaginer une fin d’après-midi et Lionel à dix-sept ans assis sur une mobylette orange et noire, un casque sur la tête. Sa mobylette, c’est pas rien. C’est l’une des choses les plus essentielles pour lui à cette époque-là. Il ne peut concevoir l’idée même qu’on puisse l’en séparer. C’est de l’ordre de l’impensable. Sa mobylette, c’est… tout !

Et qu’on n’aille pas imaginer une perversion sexuelle ou un complexe affectif mal résolu. On serait loin du compte.

L’explication vraie est beaucoup plus déroutante, et de loin : Lionel est apprenti-électricien, il habite à Louviers, son lieu d’apprentissage est à plusieurs kilomètres de là, pas loin du Val de Reuil ; sa mobylette, c’est pas un jeu d’ado boutonneux, ou un truc à frime débile, c’est comme qui dirait son moyen de locomotion indispensable pour pas être en retard au boulot le matin !!

Ne doutons pas qu’un jour - Lionel enfin parvenu à la notoriété qui l’attend - dans une Sorbonne quelconque un thésard, ou dans un CNRS un chercheur pas mécontent d’avoir enfin trouvé un motif original de dépenser utilement notre pognon, creusera ce mystère jusqu’à un fond d’où l’on pourra par en-dessous apprécier autrement l’œuvre de l’artiste.

En gros, en très gros, dans sa tête à lui de l’époque, imaginer qu’on lui pique sa mob, c’est à peu près aussi impossible que pour un parisien d’imaginer qu’on lui pique son métro…

Ce jour-là à Louviers, en fin d’après-midi assis sur sa mobylette, Lionel voit d’un coup débouler sur lui un gars qui l’attrape, le déboulonne de là, lui donne des coups de poing sur le casque et lui pique sa mobylette.

Lionel est totalement paniqué, il ne s’est jamais battu encore, il ne sait pas se défendre, s’en trouve totalement incapable, mais s’accroche comme inconsciemment à sa mobylette. L’autre accélère, zigzague, essaie par tous les moyens de se débarrasser de son cinglé, et croit sûrement y être parvenu au moment où la mobylette se stabilise. Mais pas du tout. C’est simplement que le maboul agrippé à la selle s’est assis sur le porte-bagage.

Une heure durant, le voleur va trimbaler son volé dans Louviers. Il va tout faire pour le désarçonner : monter sur les trottoirs, en descendre, frôler des voitures, des arbres, griller des feux… Une heure durant Lionel va être terrifié, littéralement mort de trouille, mais ne lâchera pas sa bécane à moteur, son outil, son bien, son seul bien, sa mobylette.

Chose incroyable, presque plus incroyable encore : le voleur va finir par s’en amuser plutôt gentiment. Sans doute trouvant lui-même la situation invraissemblable, il va aller voir ses potes pour leur montrer ce gars derrière qui s’accroche … Tout le monde rigole, et le manège reprend. Une heure durant.

A la fin, comme plus amusé du tout, et la mob bien fatiguée, crevée d’un pneu, le voleur va capituler. Mais d’abord, comme par respect, il s’arrête à une station-essence, fait le plein, et laisse Lionel sur son engin en lui disant d’un ton sympa : « tu vois, je te l’ai pas cassée, ta mobylette… »

Il me faut bien sûr vous dire la vérité jusqu’au bout : lorsqu’il y a quinze jours Lionel me raconte cette histoire, c’est un aveu qu’il fait. Il est grave, il me parle d’une lâcheté, d’un acte dont il n’est pas fier ; j’ai un peu peur, j’ai l’impression qu’il va m’avouer une de ces bassesses qui vous dégoûtent quand on vous les dit, au point que vous en fermez les yeux comme pour détourner votre regard…

Il est très surpris de me voir rire, vraiment rire, à la fin de son histoire. Il est encore tellement marqué par la trouille du moment, qu’il ne voit toujours pas la force de son obstination et la beauté de sa cause. Il a du mal à me croire quand je lui dis qu’à l’évidence son voleur lui-même semble avoir été épaté par ce gars qui ne lâche pas…

Deux ans avant qu’il meure, j’avais eu une occasion de parler un peu avec Ferré. Il m’avait raconté ses débuts au cabaret et ceux qui comme lui débutaient. Il avait fini en me disant : « quand on me demande, c’est quoi le talent, je réponds c’est quand on s’arrête jamais »

Ce serait aujourd’hui à refaire, je dirais à Ferré : « pour moi le talent, c’est quand on lâche pas la mobylette… »

A la semaine prochaine

Quentin

Si je vous disais l'affiche de Lionel...

Si je vous disais l’affiche de Lionel il faudrait d’abord que je vous présente Michaël Bauswein…

Michaël Bauswein peut prétendre sans mentir être de ceux qui ont vu Lionel Langlais au début de ses débuts.

Je ne parle pas, certes, des débuts débutants du début. Comme par exemple ce jour où, dans un endroit parisien dénommé L’Etage, Lionel a dû pour la première fois enchaîner 4 chansons en public. Je me souviens qu’il s’était assis sur un tabouret de bar. Parce qu’il ne pensait pas pouvoir tenir debout. Dés le départ il se mit à trembler tellement que j’ai cru que je devais consulter un ophtalmo. Heureusement, pendant la deuxième chanson, une bagarre a éclaté dans le fond de la salle entre des reggaemen et des serveurs. L’attention des gens a pu ainsi être détournée et Lionel passer inaperçu. Je l’ai récupéré après sa prestation, totalement hébété, comme un accidenté errant sur le bord d’une route après une série de six tonneaux. Il n’avait pas du tout entendu la bagarre et cherchait d’un regard dilaté un verre d’eau. L’eau bue, il voulut s’assurer que j’allais bien continuer à travailler avec lui et il me fallut deux bonnes heures pour commencer à le rassurer au moins là-dessus.

Ceux qui connaissent Lionel aujourd’hui sur scène doivent se dire que je parle là d’un temps que les moins de cinq ans ne peuvent pas connaître. Ils ont tort. L’anecdote a deux ans et demi. Pas plus.

Je ne vois qu’une chose que les puristes les plus rigoureux pourraient m’objecter s’il leur prenait l’envie de finasser, histoire de me chercher gentiment des noises : à proprement parler je viens de vous décrire les débuts de Romain Thomas. Car, confidence pour confidence, à l’époque Lionel Langlais s’appelait Romain Thomas… mais chut je vous ai rien dit.

Lionel n’a pas du tout souhaité renouveler cette première expérience pour lui désastreuse. Il n’était pas question de revivre ça. Je le lui ai promis et nous avons alors commencé à travailler.

Guillaume embarqué dans l'aventure, nous avons décidé de trouver un tout petit lieu. Ce fut l’Orade ; difficile à décrire ; une petite boutique blanche, qui se voulait salon de thé, et qui n’avait aucun client… Derrière la boutique, je vous le donne en mille : une arrière-boutique. Des chaises, un piano. On a décidé que le dimanche après-midi Lionel et Guillaume pourraient ici rôder le spectacle.

Il n’y avait jamais plus de quatre ou cinq personnes. Des amis proches. De temps à autres des amis d’amis. Et puis grâce à la page myspace des gens sont venus, comme ça, pour voir, pour confirmer ou non l’impression qu’ils avaient eue en écoutant sur Internet.

C’est à ce moment de l’histoire que Michaël Bauswein arrive. C’est donc un dimanche après-midi, à l’Orade. Il fait très froid, il pleut, il a vraiment hésité à sortir de chez lui, mais il est là, dans le public. On est moins de dix. Michaël est venu parce qu’il a aimé ce qu’il a entendu sur myspace. Il découvre Lionel et Guillaume en vrai, éclairés à la bougie (mais si !!) et sans sono du tout.

Michaël ressort de là enchanté et nous faisons connaissance.

C’est plus tard que nous apprendrons que Michaël est photographe dans l’âme et qu’alors Lionel lui demandera si par hasard il n’aurait pas une idée pour une affiche…

Nous avons déjà une affiche, d’ailleurs. Qui ne nous déplaît pas. Mais Lionel la trouve trop lisse, trop classique, trop… trop ! Et puis, surtout, il a envie de travailler avec Michaël.

On va se retrouver dans un studio de photo, Guillaume et Lionel en tenue de scène.

Michaël mitraille sans trop diriger au départ puis, des idées lui venant, vagues, il commence à parler beaucoup, à raconter des histoires, pour faire rire Lionel, ou le provoquer, lui amener des mimiques si possibles imprévues, en tout cas naturelles. Allez savoir pourquoi, il décide un moment de lui mouiller les cheveux au vaporisateur et de le mettre à la direction d’un orchestre imaginaire. Petit à petit Lionel va devoir diriger un orchestre de plus en plus récalcitrant et finir par s’imposer. C’est comme ça que Michaël va obtenir des clichés d’un Lionel assez agressif, pas si gentil que ça et aux poings serrés.

C’est pendant une pause, observant les différentes têtes de Lionel, que je dis : « tiens, c’est drôle, là on a l’impression qu’il vient de faire un sale coup, une connerie… comme s’il avait cassé l’archet de Guillaume… »

Michaël demande à voir… et très vite nous assure qu’il saura se débrouiller et fabriquer de toute pièce par l’image un archet brisé en deux bouts insérés dans les poings de Lionel.

Il y a encore aujourd’hui des partisans de la toute première affiche. Qui ne reconnaissent pas Lionel dans ce gars pas gentil capable de casser l’archet de Guillaume. Il y a aussi ceux, d’ailleurs assez nombreux, qui trouvent que l’affiche donne l’impression d’un spectacle de magie…

Tout le monde en tout cas, même ceux qui préfèrent la première, jugent la deuxième plus singulière, plus originale, plus efficace.



Michaël est aujourd’hui un ami. Il ne le sait pas encore mais je le tiens pour l’un des êtres les plus singuliers qu’il m’ait été donné de rencontrer dans ma vie. Il me semble n’avoir jamais connu quelqu’un d’aussi curieux de tout, d’aussi attentif aux autres et de si véritablement gentil. Et d’un humour auquel je ne résiste pas. N'hésitez pas à vous rendre sur son site, il y expose des photos et un livre par ailleurs édité http://www.michael-bauswein.fr/

Dernière confidence sur l'affiche : Guillaume aime jouer sans chaussures ; les observateurs l’auront sûrement remarqué : il lui arrive d’accompagner Lionel en chaussettes. Mais Guillaume a les pieds nus sur l’affiche. Lionel aussi d’ailleurs, même si ça ne se voit pas. Je me dois de vous dire que nous avons un temps pensé que Guillaume pourrait être complètement nu sur cette affiche, son intimité seulement camouflée par son violoncelle. C’est au restaurant que nous lui avons fait part de cette trouvaille. Sa réaction nous a définitivement dissuadés d’y penser plus longtemps et c’est pourquoi seuls ses pieds sont nus !



Par contre, on ne sait toujours pas qui qu'a fait ça sur la tête à Guillaume...

Bonne semaine !

Quentin

Si je vous disais que nous avons dîné avec Martin Dages...

Si je vous disais que lundi soir on a dîné avec Martin Dages, certains d’entre vous s’imagineraient immédiatement que je viens de vous donner le nom du guitariste du prochain album de Lionel.

Puisqu’on en parle, je tiens à remercier ici les nombreux soutiens reçus, qui m’ont permis de ne pas céder aux multiples pressions visant de toute part à me désarçonner du principe sur lequel j’ai traversé tête haute et regard droit, comme à cheval, cette longue, trop longue semaine.

Je ne veux rien dire des tentatives de certains qui prétextant d’une proximité avec Lionel se sont misérablement fourvoyés à réclamer un privilège que précisément l’amitié de Lionel leur refuse.

Soyons clairs, et certains commentaires laissés ici publiquement en attestent : des menaces, quelquefois graves, ont été proférées, des chantages affectifs dont j’ai tenté de protéger Lionel tant que j’ai pu, et ce jusqu’à une tentative de suicide en pleine nuit par ingestion massive de petits suisses et de pépins de raisin !!

Tout ça pour quoi ? demanderont éberlués ceux qui n’ont rien suivi des précédentes semaines et que le hasard du Net aura pu égarer par ici, et que donc je salue au passage en les priant toutefois de bien vouloir s’asseoir et d’éviter de m’interrompre.

Eh bien tout ça, chers visiteurs, pour avoir, pour posséder, avant tout le monde, le nom d’un guitariste ! Nom que je m’étais engagé à livrer publiquement aujourd’hui et ici même dans le souci premier de ne justement pas créer de discorde parmi les amis de Lionel ou de désagréable sentiment de favoritisme dans le cœur exigeant et magnanime de son public.

Tout ça me rappelle la pagaille provoquée par la livraison du dernier album de Brel. Afin d’éviter toute spéculation et toute dissonance dans son plan de com, Barclay le producteur avait décidé de livrer le disque dans des caisses en plomb munies d’une ouverture codée. Des coffres-forts en somme. Tel jour à heure dite, midi pile, chaque disquaire reçut par téléphone le code et put ainsi procéder à l’ouverture de son coffre. Le tapage fut tel qu’on jugea le coup de marketing réussi au-delà de tout ce qu’on avait jusque-là imaginé pour la sortie d’un disque, mais aussi totalement indigne de l’artiste Brel.

Pourtant je suis sûr que les spirites pouvant encore demander son avis au défunt Barclay continueront de l’entendre dire outre-tombe son incompréhension et sa bonne foi.

Que les spirites en profitent pour le saluer de ma part et lui dire qu’il a eu bien de la chance dans son épreuve, puisqu’à quelques générations près il aurait pu devoir préparer la sortie du premier album de Lionel Langlais, affaire autrement délicate à gérer si j’en juge à ce qu’a provoqué d’hystérie la simple annonce de l’annonce du nom de son guitariste !!!

Je crains qu’en janvier prochain le coup des caisses en plomb ne se révèle aussi désuet qu’une massue préhistorique dans un foyer moderne.

On a cité Brel, justement, lundi, au cours de ce dîner avec Martin Dages dont je vous parlais en commençant.

Martin Dages est un artiste, chanteur, auteur, compositeur. Que Lionel aime beaucoup. Que vous pouvez aller écouter sur sa page myspace (http://www.myspace.com/martindagessongs) mais surtout qu’il faut aller voir quand il se produit sur scène. Parole de Quentin.

Comme vous, je me suis demandé au début du repas si par hasard le rendez-vous dans un restaurant n’était pas un moyen pour Martin de profiter de la faiblesse de Lionel face à une côte de bœuf, pour tenter de lui extorquer avant tout le monde le nom du guitariste.

Mais non, rien de tout ça. La classe, Martin. Pas un mot du guitariste. En revanche, l’album, oui, on en a parlé.

Martin expliqua à Lionel qu’à son avis il faut différemment chanter selon qu’on est sur scène ou dans un studio. Il lui fit remarquer à ce propos que Lionel avait tendance sur scène à privilégier le texte à la musique. Lionel fit répéter. Martin confirma qu’à son avis Lionel gommait quelque peu la mélodie, tout au moins quelques notes, pour renforcer son interprétation. Ce que quelqu’un comme Brel ne faisait pas. Brel, selon Martin, menait très loin son interprétation et sans pour autant changer la mélodie. Sur ce Martin conseilla à Lionel de se méfier, en studio, de sa tendance à écraser les mélos, car alors la musicalité de l’album risquerait d’en souffrir.

Sur ces mots Lionel stoppa une cuillerée de dessert à deux centimètres de ses lèvres pourtant entr’ouvertes. Signe incontestable que pour lui l’heure était grave. Il jeta un œil sur moi. L’œil me demanda si j’approuvais l’analyse et le conseil de Martin. J’approuvais.

Lionel reposa dans son assiette sa cuillère encore chargée, s’appuya des deux coudes sur la table, s’avança d’un rien des épaules et demanda à Martin de bien vouloir, si c’était possible, expliciter mieux son propos.

Un peu dans la situation de Serrault sous le regard de Ventura dans Garde à Vue, Martin, qui avait été clair, répéta sans se déballonner du tout et quasiment au mot près.

Moi je me disais que je tenais là un grand moment. Et que plus tard, dans vingt ans, on m’écouterait religieusement quand je raconterai ça, Martin Dages et Lionel Langlais à leurs débuts causant musicalité et interprétation.

Je suis d’accord avec Martin. Lionel le sait. Oui, il faudra repenser l’interprétation des chansons. Chanter en studio et chanter sur scène, c’est comme jouer au cinéma ou jouer au théâtre. Ce sont des arts différents, et que le chanteur doit tous deux maîtriser.

A peine sorti du restau, Lionel commençait déjà à y réfléchir et se répétait comme parlant tout seul : « il a raison, Martin, merde il raison ! ».

Moi ? Tranquille. Aussi tranquille que quand je pêchais gamin sur le bord du canal et que je bougeais pas d’un pouce.

D’abord je sais qu’il aura le talent d’être prêt au moment voulu, et puis bon, avec Guillaume Bongiraud au violoncelle et Simon Strauss à la guitare, tout le monde l’entendra, la musicalité de l’album ; tout le monde ; jusqu’aux feuilles des arbres…

Hein ? Le nom du ? guitariste ? Ah ben oui, c’est vrai, je viens de vous le dire… Comme quoi c’était pas la peine d’en faire toute une histoire…

Et tenez, confidence pour confidence, je vous donne même son adresse en prime : www.myspace.com/simonstrauss

Allez, des bises autour de vous et… à la semaine prochaine !

Quentin

P.S

Je vous ai rien dit de la finale régionale Zycmeup. Parce qu’il n’y avait rien à en dire. Enfin si peu… Lionel avait passé le premier tour avec « In extremis », il a tenté le deuxième avec « Ah la vie ! ». Il y a eu un problème avec le son. On entendait très mal la guitare et les paroles étaient un peu noyées dans une réverb excessive. Passons. Lionel ne l’a pas mal pris du tout. Mais simplement parce qu’il n’a pas eu le temps : à peine il était sorti de scène, il s’est aperçu qu’on lui avait piqué son portefeuille avec tous ses papiers, sa carte de crédit et son pognon. Et c’est grâce à son voleur qu’il s’est à peine aperçu qu’il avait loupé la finale. Vous n’êtes pas obligés de lui dire, non plus… Merci pour tous vos votes en tout cas, avec mentions spéciales à Stéphanie et Aurélien !

Si je vous disais que j'ai beaucoup pensé à vous hier soir

Si je vous disais que j’ai beaucoup pensé à vous hier soir…

J’étais avec Lionel et un guitariste. On dînait à l’Eléphant du Nil, un petit restau juste à côté du métro Saint-Paul. Au vrai, on n’avait pas vraiment prévu de manger mais - ça c’est un truc que doivent savoir ceux qui prétendent connaître Lionel Langlais - quand Lionel a faim…

Observez-le, tiens, quand il a faim : vous aurez une idée assez juste de ce qu’on appelle communément sans trop savoir ce que c’est, l’instinct de survie. Et je vous parle pas du tout d’une grosse faim, chose impossible à concevoir avec lui. Lionel, avec une grosse faim et rien à bouffer dans les parages… un conseil : restez pas seul avec lui, regardez droit devant vous et courez !

Guillaume pouvait pas être là, mais ils se connaissent, le guitariste et lui. D’ailleurs, ça c’est une autre histoire qu’il faudra que je vous raconte un de ces jours.

Ceux qui étaient au Nesle le 18 mai l’ont peut-être aperçu, le guitariste en question. Pas très grand, assis tout au fond, à côté de moi. Non pas celui-là, l’autre à ma droite. Oui, le gars avec les yeux qui brillent même dans le noir, c’est lui, c’est le guitariste. Et un fameux. Et c’est bien pour ça qu’on a pensé à lui pour l’album…

Du coup, ça y est, vous voilà dans la confidence : on vous prépare un album !!

Oui ! Un album ! Un disque ! Un CD ! Je rigole pas ! Hier ça parlait que de ça au restau ! Il est question de vous le faire tout prêt tout chaud pour janvier ! On entrerait en studio en octobre… C’est que ça devient séreux ! J’ai même entendu parler de « rétro planning » ! Vous imaginez l’affaire que c’est ?!

Inutile de vous dire que je vous en reparlerai souvent. Lionel le sait. D’ailleurs, c’est marrant, maintenant ça arrive qu’en pleine conversation il se coupe et me fasse : « tiens, tu leur diras ça, hein ? ». Généralement je réponds pas, je note… Hier en sortant du restau il était tellement content qu’il a voulu qu’on marche un bon bout. « Tu vas leur dire, hein ? », il m’a fait en déboulant place de la Bastille.

Voilà c’est fait, je vous l’ai dit.

Au fait, si je ne vous donne pas encore le nom du guitariste - le prenez pas mal - c’est juste parce que ce serait plus une indiscrétion qu’une confidence. Il faudrait au moins qu’avant je lui parle de ce blog, de vous, de vous et moi, que je lui demande comme qui dirait une autorisation de principe, et j’ai complètement oublié. Il sera évidemment d’accord, vous me direz. Evidemment. Il a pas de raison de se planquer non plus, faut pas déconner, guitariste de Lionel Langlais, y a pas de honte, y a pire comme destin. Bon, me faites pas dérailler… c’est pas du tout la question, c’est juste affaire de courtoisie je vous dis. De toute façon, réfléchissez, vous le saurez tôt ou tard son nom et, vous me connaissez : si ça se trouve, pas plus tard que la semaine prochaine…

Quentin

Si je vous disais Guillaume...

Guillaume Bongiraud

Si je vous disais Guillaume… je commencerais par son calme. Pas un geste plus haut que l’autre. Pas une parole dépassant la mesure. Presque de l’indolence. Mais, trompeuse, l’indolence ; sous la roche il y a anguille, vive, insaisissable.

Donc de l’eau ?… Oui, il est permis d’imaginer dessous la roche une eau en remous, où l’anguille serait à sa fête.

Vous me direz, c’est bien gentil tout ça, mais ça veut dire quoi ?

Justement je me posais la même question…

D’ailleurs, quand je pense à Guillaume, je me pose des questions. Et, comprenez ou pas, c’est ça que j’aime, chez lui : ça vous change de tous ces transparents qu’on voit venir de loin et qui viennent quand même…

Qu’il cherche un trait de violoncelle, son regard bleu éparpillé au plafond, qu’il boive son thé refroidi pendant la répétition, qu’il se dilate le nez en tirant l’archet, qu’il allume sa cigarette avec une gaucherie de non-fumeur, qu’il couve Lionel avec une bienveillance de grand frère ou le regarde avec l’amour du petit pour son aîné, je vois Guillaume et je me pose des questions.

Lui aussi, sans doute.

J’ai noté, par exemple, que j’avais plus que lui confiance dans ses jugements. Il se trouve très sévère, trop, beaucoup trop. En fait, il a le jugement très sûr et très rapide. Avant la poignée de mains, il a tranché. On pourrait dire qu’il est à la connerie ce que le détecteur de métaux est à l’or fin. Evidemment si les métaux étaient susceptibles, la quincaille trouverait le détecteur un peu dur dans son tri… En vérité, si t’es faux cul, bonimenteur, mesquin, frimeur, t’approche pas trop près de lui, et écarte d’emblée toute intention de devenir son ami. Si malgré tout l’intention persiste, va d’abord accorder tes violons.

Je connais une seule personne à ce point rapide et sûr dans ses jugements, et c’est… je vous le donne en mille… Lionel Langlais !

Confidence pour confidence, j’ai connu Guillaume avant d’avoir rencontré Lionel. Et - là je vous dis vraiment tout - c’est une des grandes fiertés de ma vie que d’avoir pu réunir ces deux-là.

Vous imaginez mieux maintenant, je suis sûr, mon secret amusement quand après les concerts vous essayez de me dire avec vos émotions encore toutes chaudes leur connivence sur scène…

Bon, vous me direz maintenant, c’est bien beau tout ça, mais il a pas de défauts, Guillaume Bongiraud ? Même pas un ?

Si, sûrement… Mais y a des gens, c’est comme ça, vous pourrez me dire ce que vous voudrez, à mes yeux ils sont intouchables. Brassens, j’ai entendu des trucs pas beaux des fois, sur son compte… Ni chaud, ni froid, ça m’a fait.

Pourquoi ?

Parce que !

Quentin

Consulter les autres billets: << 1 2 3 >>