Lionel Langlais - blog officiel

 


 

Si je vous disais LA chanson...

Si je vous disais LA chanson… celle qu’on écrira peut-être jamais, celle qu’on cherche tout le temps, qui manque, la magique, la miraculeuse, pas forcément la plus belle, ni la plus intelligente, loin de là même, souvent… mais LA chanson… qui t’ouvre et pour longtemps la porte verrouillée du succès d’un gros coup d’épaule baraquée… LA chanson que tout chanteur rêve d’un jour avoir à son répertoire.

Est-ce qu’elle est déjà écrite, LA chanson de Lionel Langlais ?

Pas impossible. J’ose à peine le dire, tellement ce serait fou à entendre - mais avec vous j’ose tout : il n’est pas impossible que LA chanson de Lionel Langlais soit déjà écrite.

Je sais c’est énôôrme !... Et moi-même j’en tremble, rien qu’à m’entendre vous le dire… Parce que, rendez-vous compte, si j’ai raison, si jamais j’ai raison, qu’estque-c’que ça roupait tien roubladire ?… j’en bafouille… qu’est-ce que ça pourrait bien vouloir dire ??

D’abord, qu’il faudrait qu’on se calme… à commencer par moi d’ailleurs… Et ne rien dire à Lionel… Rien du tout… Le laisser continuer tranquille comme si de rien… Ne rien dire à Lionel ?... Vraiment ? Non non, ne rien lui dire… Lui laisser sa candeur, sa fraîcheur… De toute façon, chien fou comme je le connais, il serait capable de tout bousculer les quilles du jeu…

Il faut que ça reste entre nous… Entre vous et moi… Vous me direz, si LA chanson est écrite, autant le faire savoir et la chanter sur tous les toits !! Pas aussi simple, mes chers amis, pas aussi simple ! Il va nous falloir inventer le carré circulaire… si vous voyez ce que je veux dire… Car enfin le problème dûment posé a priori s’énonce ainsi : comment faire connaître LA chanson destinée à faire connaître Lionel Langlais ?

Nous y voilà : c’est la différence entre une chanson et LA chanson. Une chanson, elle fait partie d’un répertoire qui lui-même est intégré à un patrimoine, elle a son petit caractère à elle, ses qualités, ses défauts, et elle fait son petit bonhomme de chemin et voilà tout. Un peu comme nous tous sur cette terre, vous remarquerez.

Mais LA chanson, c’est tout autre chose… c’est elle qui fait connaître son interprète et le plus souvent le dépasse ; elle transcende tout, le temps, l’espace, les langues… Elle s’impose. A tous et tout le temps.

Toutes les chansons ont une histoire. Je suis bien placé pour le savoir : c’est le titre d’un spectacle que je viens de co-écrire avec mon ami Frédéric Zeitoun et qui sera pour un mois à l’affiche du Trianon à Paris à partir du 22 septembre.

Toutes les chansons ont une histoire. Mais LA chanson a un destin. Je peux pas vous dire mieux.

C’est bien beau tout ça, mais on fait quoi pour Lionel ?...

Puisque la franchise et la confidentialité sont les deux piliers de l’amitié qui nous abrite vous et moi, je vais être franc avec vous. Et vous faire une confidence : je n’ai rien dit à personne sur LA chanson en question. J’attendais justement de vous en parler en premier.

Après tout, si vous êtes là, c’est que vous vous intéressez grandement à Lionel, et ce serait donc bêtement vous désobliger que de ne pas vous demander, à vous, précisément à vous, la confirmation de ce que je pressens.

En revanche, je ne peux évidemment rien vous dire de plus sur LA chanson de Lionel. Ce serait risquer de fausser votre jugement. Je peux seulement vous dire qu’elle est dans le nouveau concert qu’il donne actuellement le samedi au Darius Milhaud.

Dans un premier temps, gardons le secret, si vous voulez bien. A la fin du concert, ou ici par mail, faites-moi savoir discrètement lequel des titres aujourd’hui interprétés par Lionel vous semble indubitablement être LA chanson… J’insiste sur « indubitablement ».

LA chanson, quand c’est elle, c’est comme un coup de foudre en amour, c’est là et c’est tout.

De mon côté, et en toute confidentialité c’est promis, je vous dirai si on est d’accord, vous et moi…

Et s’il s’avère que LA chanson fait comme il se doit l’unanimité, alors on le dira à Lionel et on en fera LE single gagnant de l’album à venir…

En attendant…….. chut !

Et bonne semaine à vous.

Quentin

Si je vous disais le Darius Milhaud...

Si je vous disais le Darius Milhaud… je commencerais par vous dire que c’est la première fois que Lionel s’installe durablement dans un lieu pour y chanter. Il y sera du 22 août au 30 novembre. D’abord tous les samedis, et en novembre le lundi. Et c’est pendant ce même trimestre qu’il enregistrera son premier album ! Ceux qui lisent dans les astres devraient normalement trouver ces jours-ci dans le ciel de Lionel un savant ballet d’étoiles en préparation et, derrière, un chorégraphe plutôt bien inspiré…

Le Darius Milhaud c’est d’abord un petit lieu sympa, des gens qui s’en occupent vraiment, qui sont au service des artistes et donc du public. Et Lionel va y présenter son nouveau spectacle. Je dis nouveau parce qu’on a écrit trois chansons cet été. Ah ben si, comme Lionel ne veut – à juste raison je trouve – pas du tout rallonger la durée de son tour, c’est du coup trois autres chansons qui dégagent… Lesquelles ?… Je ne suis pas censé vous le dire mais bon, confidence pour confidence, les nommées sont (roulement de tambour) : Bientôt 30 ans Elle se fait tirer Ma destinée. Et c’est sans appel. Inutile d’insister, vous le connaissez, c’est plus difficile de lui ôter une idée de la tête que de retirer une pièce d’un horodateur.

Vous me direz, trois chansons nouvelles, c’est pas ça qui change un concert. Si, justement. A condition de poser comme règle fondamentale que le but premier du jeu c’est que le public ne s’emmerde pas deux secondes, composer l’ordre d’un spectacle, c’est tout un art. Alors oui, finalement, les nouvelles chansons ont tout chamboulé. Et nous avons dû trouver de nouvelles présentations.

Car Lionel n’imagine pas qu’il pourrait entrer en scène et en sortir sans avoir quasiment rien dit entre les chansons. Il faut qu’il cause. Pas tout le temps, mais quand même. Sans ça il aurait l’impression de faire la gueule. Comme partager un repas en silence. Pas parler la bouche pleine, il veut bien, mais la fermer entre les plats, c’est trop lui demander.

C’est justement ce matin qu’on a travaillé les nouveaux textes de présentation. Des vrais sketches. En gros, il me propose des choses, je fais le tri, et si ça lui va je développe.

C’est drôle comment il fonctionne. Et c’est encore une confidence que je vous fais là : c’est comme s’il avait comme qui dirait trois ateliers en tête. Un atelier confection, un atelier gravure, un atelier répétition. Dans le premier, il met au point, cherche, tâtonne, tatillonne et quand il est content il passe à l’atelier gravure. C’est là qu’est le problème. Parce que là, comme indiqué sur la porte, il grave. Sur son disque dur. Et souvent trop tôt. Du coup il passe à l’atelier répétition et on s’aperçoit qu’il faut changer quelque chose… un détail… un accord de guitare, un bout de phrase, un mot… Et c’est impossible, c’est gravé. Il faut casser le moule, tout reprendre depuis le début, réinitialiser le disque.

Et il est le premier à s’en énerver ! D’un énervement qui me fait rire, mais qui l’emporte, lui, bien au-delà du raisonnable. Guillaume pourrait en témoigner : une fois excédé par ce qui ressemblait à une rayure sur son cérébral disque dur, il a des deux mains attrapé sa guitare par le manche avec la manifeste intention de l’éclater sur le mur de ma salle à manger. Miraculeusement, à ce moment précis, il y eut comme un effet de ralenti. Le temps a dû s’allonger d’un quart de millième de seconde, je sais pas, et ça a dû provoquer un silence imperceptible à l’oreille mais suffisant pour que l’ange présent dans la pièce se glisse dans la faille, s’empare du bras plein de colère et le retienne in extremis.

Depuis Lionel ne s’emporte plus. Mais il n’en reste pas moins étrange.

Ce matin - il avait encore gravé trop tôt quelques phrases finalement à rectifier qu’il ne parvenait plus à corriger - il s’est soudainement arrêté, et m’a regardé, comme hébété : « je suis trop con… laisse tomber… je suis trop con… » Alors, la guitare doucement déposée, le plus sérieusement du monde, comme s’il faisait ses adieux au métier rassemblé, un peu façon Giscard quittant le pouvoir, il est sorti de la pièce, se tournant vers moi une dernière fois : « je suis trop con, j’y arriverai pas… »

Je suis évidemment resté sur ma chaise, plutôt très amusé, déjà m’imaginant samedi soir entrer à sa place en scène à 21h15 au Darius Milhaud pour dire aux gens : « Lionel ne viendra pas, il a abandonné la chanson, il s’excuse, il est trop con… »

J’avais même pas fini mon petit théâtre intime, il est repassé devant moi, sans un mot, comme si de rien n’était, il a repris sa guitare et sa chanson, et c’était parfait.

Et là je l’ai vu content. Plus que ça. Heureux. Vraiment.

Il est quand même bizarre, je me suis dit. En même temps, je devinais, je savais, là derrière, le désir de bien faire, de surtout pas décevoir, et puis l’attente, tous ces jour-ci, l’attente, un peu anxieuse, du public...

Trois mois au Darius Milhaud. Viendra, ou viendra pas, le public ?

Comme une métaphore de la vie, quand on se réveille au matin. Viendra, ou viendra pas, le bonheur ?

On n’en sait rien. Et c’est pas plus mal.

A la semaine prochaine.

Quentin

Si je vous disais le spectacle de Lionel Langlais...

Si je vous disais le spectacle de Lionel Langlais, je vous parlerais de « noir et blanc ». Je le sais depuis la semaine dernière où le gars chargé d’ouvrir des billetteries en ligne pour le spectacle de la rentrée au Darius Milhaud (à partir du 22 août jusqu’au 30 novembre) m’a demandé de revoir pour certains sites la présentation jusqu’alors en cours.

J’avais droit à cinq lignes minimum, huit au maximum. Voici ce que j’ai écrit :

Lionel Langlais se présente en scène costumé cravaté dans un noir et blanc impeccable. Guillaume Bongiraud, le jeune musicien qui l’accompagne, en a l’air presque négligé. On va vite apprendre qu’en fait il est de loin le plus pointilleux des deux. Jusqu’à lui faire répéter le moindre de ses gestes, et même ses trous de mémoire ! Spectateur, de confidence en confidence vous êtes vite embarqué au cœur d’une relation complexe et drôle. Et mine de rien, l’un au violoncelle l’autre à la guitare, ils vous donnent un spectacle complet où rien ne manque de ce que Lionel Langlais, en chansons tristes émouvantes ou gaies, est venu vous dire de son amour de la vie !

Rigolez pas… ça m’a pris trois heures !

Si vous avez déjà vu le spectacle, au moins reconnaissez que tout y est. A commencer par l’effet noir et blanc du costard-cravate.

C’est de ça dont je veux vous parler aujourd’hui. Pas du costume. Mais du noir et blanc. Je veux dire du contraste, plus exactement de l’utilisation des contrastes - des chansons, des situations, des émotions - dans le spectacle de Lionel.

Dès le tout début de notre travail de mise en scène, je n’ai pas envisagé Lionel autrement qu’habillé dans une tenue blanche et noire. C’était comme une évidence. De même que l’actuel visuel conçu par Michaël Bauswein a été réalisé en noir et blanc sans que nous l’ayions vraiment voulu mais parce que Michaël a, comme photographe, une franche prédilection pour le noir et blanc. Et plus on creuse le spectacle dans sa conception, jusqu’aux chansons, plus on fouille la réalisation, plus on y trouve de contrastes, involontaires, mais marqués.

Au point que je me demande, depuis que j’ai écrit ces quelques lignes sur le spectacle, si ce n’est pas autour de cette idée de contraste qu’il faudrait organiser le développement artistique de Lionel. Parce que tout simplement il est un être très contrasté.

C’est pas si courant ! Nous sommes tous, le plus souvent, un conglomérat de contradictions. Et nos contradictions se heurtent, se combattent. Les contrastes, eux, s’harmonisent, s’arrangent. Et, d’ailleurs, un être ouvertement contrasté n’apparaît jamais contradictoire. Au contraire, il assume une complétude. Une entièreté. Et, le plus remarquable, c’est qu’il semble finalement s’en dégager une morale.

Au fond - et c’est sûrement là que je voulais en venir - il en va toujours d’un bon spectacle comme d’une vie réussie : il s’en dégage une morale. Et, il ne faut pas s’y tromper, c’est justement ce que sans le savoir on cherche quand on contemple une vie réussie ou quand on va au spectacle : une morale.

A la semaine prochaine…

Quentin