Si je vous disais mes rendez-vous...
Par Quentin, lundi 15 mars 2010 à 23:31 :: Les confidences de Quentin :: #36 :: rss
Si je vous disais mes rendez-vous, ce serait pour vous livrer mes confidences sur deux rencards que je viens d’avoir, l’un jeudi, l’autre ce lundi matin, avec respectivement un label important et un Groupe de télévisions…
Le rendez-vous avec Wagram, je vous en avais touché deux mots à la fin de mon dernier billet. C’était pour moi le rendez-vous le plus facile à obtenir, puisque je connais le gars en question depuis une vingtaine d’années. Il m’avait à l’époque fait signer chez le même Wagram. Je vous parle d’un temps où je voulais faire chanteur.
Pour les curieux qui voudraient se procurer l’album, je me nommais alors Patrick THOMAS. Cela dit, je doute qu’un seul exemplaire traîne encore sur le marché, dans la mesure où j’imagine mal un chanceux détenteur se séparer d’une telle rareté. J’en ai quelques exemplaires à la maison. Ils ne seront mis en vente que si des circonstances exceptionnelles — style faillite de la banque de France, catastrophe nationale massive… — un jour exigent des ressources financières hors de proportion avec les recettes répondant habituellement aux causes de charité publique.
Rendez-vous cordial, donc, chez Wagram. Très cordial. Il a écouté silencieusement les treize titres, en a d’emblée distingué trois qui lui semblèrent sortir du lot à sa toute première écoute, et m’a félicité pour la qualité globale du boulot. J’étais venu avec une bio, un jeu de textes et deux photos de Lionel. Celle où il resserre son nœud en semblant découvrir qu’il a oublié ses pompes, et celle où il enfile sa veste comme un type obligé de se tirer sans demander son reste pour des raisons qu’on cherchera pas à savoir mais qui pourraient se retrouver dans du Feydeau.
Pas facile du tout d’écouter treize titres sans se lasser devant quelqu’un qui vous regarde. J’ai déjà été dans cette situation et je sais d’expérience qu’elle peut être pénible. C’est pourquoi je prépare toujours un jeu de textes. Ça donne au moins du papier et des mots sur quoi poser le regard et éventuellement le promener pendant que les oreilles se laisse aller à une écoute flottante, la meilleure qui soit pour juger de l’efficacité d’un titre.
Il a gardé tout le dossier, prévu d’en parler avec l’équipe artistique de Wagram, et promis qu’il viendrait prochainement voir Lionel au Darius Milhaud.
L’autre rendez-vous, celui de ce lundi matin, était beaucoup plus improbable. Il concernait un grand Groupe de télés. Je ne peux pour le moment vous en dire plus sur l’identité du Groupe ; vous comprendrez certainement pourquoi, dans la mesure où ce blog étant très lu, je ne veux rien compromettre d’une démarche qui ne fait que commencer et dont je compte bien vous décrire le pas à pas jusqu’à son terme, quel qu’il sera.
Dans le métro, 9 h ce matin, ça commence mal. Impossible d’ouvrir le cartable qui me sert de sac. Le fermoir est bloqué. Il avait montré des signes inquiétants depuis une quinzaine ; là il est coincé pour de bon, et assez vite je n’envisage pas d’autres solutions que d’arriver dans le bureau de mon rendez-vous avec la grotesque nécessité de d’abord demander un démonte-pneu ou tout au moins un couteau à huîtres !
C'est pour m’éviter cette humiliation, et après des manipulations plus ou moins faciles dans un wagon bondé, que je décide une action radicale : j’arrache le fermoir d’un coup sec et déterminé. Des voyageurs me regardent, se regardent, essaient de se pousser comme ils peuvent, histoire de pas trop se frotter au barge… Moi déjà j’envisage le moyen de porter le sac sans trop qu’on remarque la chose.
J’arrive dans le hall avec quinze minutes d’avance qui vont finalement me servir quand je vais me retrouver coincé au deuxième étage dans un ascenseur éteint et immobilisé portes closes. Car je vais me retrouver coincé, moi aussi, comme le fermoir !! À trois étages de mon rendez-vous, coincé dans l’ascenseur ! Et pas la peine d’escompter un réveil pour mettre fin au cauchemar, je dors pas ! C’est la réalité plus vraie que vraie !!
Pour la première fois de ma vie, après avoir appuyé sur tout ce que je pouvais, j’ai appuyé sur le bouton « ALARME ». Pour la première fois de ma vie, j’appuie sur le bouton « ALARME » d’un ascenseur. C’est pas l’envie qui m’en avait manqué jusqu’à maintenant, remarquez bien ; comme vous, j’imagine ; on a tous, si on est normal, eu un jour l’envie d’appuyer sur le bouton « ALARME » d’un ascenseur ; comme ça, juste histoire de voir ce qui se passe quand on appuie sur ce gros bitoniau. Genre de truc qu’on fait jamais, en fait. Sauf quand on est en panne dans un ascenseur…
J’ai appuyé.
Je m’attendais à un bruit énorme de sirène, l’immeuble évacué dans le doute, des pompiers venant jusqu’à moi par descente en rappel, une voix douce de Samu me calmant au porte-voix pour m'éviter in extremis une crise d’asthme, et une vague rumeur d’hélicoptères au loin… Rien ! Pas un bruit, pas un mouvement, pas un son, rien. J’en étais à chercher des trous, des fissures par où respirer quand l’air viendrait fatalement à manquer ; et tout à coup l’ascenseur est descendu pour s’ouvrir au rez-de-chaussée devant trois personnes absolument stupides, pas du tout inquiètes, visiblement inconscientes de ce que j’étais tout juste rescapé d’une situation hautement catastrophique. Je me suis traîné, essayant de reprendre une contenance vaguement normale, jusqu’au hall de l’accueil pas loin, d’où me regardait la femme :
— « L’ascenseur » j’ai réussi à articuler, le regard sûrement dilaté par le drame entrevu, « l’ascenseur »…
— Quoi, « l’ascenseur », monsieur ?
— Il est en panne…
— Votre badge ne marche pas ?
— Quel badge ??
— Tout à l’heure, je vous ai donné un badge, en échange de votre carte d'identité…
— Hein ?… Oui… je sais pas…
— Mais si, vous l’avez mis là dans votre poche…
— Oui bon d’accord, et alors…
— Eh ben faut le mettre dans la fente, le badge !! C’est ça qui fait marcher l’ascenseur !!!
Je suis sûr qu’elle a fait exprès de gueuler ça dans le hall. Histoire de bien m’humilier. J’étais dans le centre hypersophistiqué d’un grand groupe de télés, avec marbre par terre et moquette aux plafonds, à deux secondes d’un rendez-vous historique si ça se trouve, et à cause de cette méchante je me retrouvais entouré de regards hautains avec l’air de débarquer du marché aux bestiaux de Saumur-en-Vexin. C’est vexant.
Je reprends l’ascenseur jusqu’au cinquième, le temps de me rafistoler un ego présentable, et j’arrive à l’heure.
Le reste est un enchantement. Le gars, très sympa, écoute trois chansons de Lionel (« Le gros camion », « Y a des jours », et « Toutes les hommes sont belles »), et il est surpris de ce qu’il entend. Il trouve Lionel « très bon », « très actuel », correspondant tout à fait « à l’image et à l’esprit » de la maison où on se trouve, et avec « une tête qui devrait plaire sans problèmes ».
Là-dessus il me propose d’appeler de sa part quelques directeurs artistiques ou patrons de Labels. Il compte aussi venir voir Lionel chanter au Darius Milhaud, certainement courant avril. Et il me dit que si nous trouvons une signature en major, très certainement il s’engagera avec le Groupe…
J’ai commencé dès cet après-midi à prendre les contacts qu’il m’a un par un conseillés.
Je vous dirai la suite au fur et à mesure.
Oh ! J'allais oublier : cette semaine dernière, vous avez battu votre record depuis la création de ce blog ; vous avez été 618 à venir nous rendre visite !!!
Quand il l’a su, Lionel en a été tout ému.
MERCI.
Quentin
Le rendez-vous avec Wagram, je vous en avais touché deux mots à la fin de mon dernier billet. C’était pour moi le rendez-vous le plus facile à obtenir, puisque je connais le gars en question depuis une vingtaine d’années. Il m’avait à l’époque fait signer chez le même Wagram. Je vous parle d’un temps où je voulais faire chanteur.
Pour les curieux qui voudraient se procurer l’album, je me nommais alors Patrick THOMAS. Cela dit, je doute qu’un seul exemplaire traîne encore sur le marché, dans la mesure où j’imagine mal un chanceux détenteur se séparer d’une telle rareté. J’en ai quelques exemplaires à la maison. Ils ne seront mis en vente que si des circonstances exceptionnelles — style faillite de la banque de France, catastrophe nationale massive… — un jour exigent des ressources financières hors de proportion avec les recettes répondant habituellement aux causes de charité publique.
Rendez-vous cordial, donc, chez Wagram. Très cordial. Il a écouté silencieusement les treize titres, en a d’emblée distingué trois qui lui semblèrent sortir du lot à sa toute première écoute, et m’a félicité pour la qualité globale du boulot. J’étais venu avec une bio, un jeu de textes et deux photos de Lionel. Celle où il resserre son nœud en semblant découvrir qu’il a oublié ses pompes, et celle où il enfile sa veste comme un type obligé de se tirer sans demander son reste pour des raisons qu’on cherchera pas à savoir mais qui pourraient se retrouver dans du Feydeau.
Pas facile du tout d’écouter treize titres sans se lasser devant quelqu’un qui vous regarde. J’ai déjà été dans cette situation et je sais d’expérience qu’elle peut être pénible. C’est pourquoi je prépare toujours un jeu de textes. Ça donne au moins du papier et des mots sur quoi poser le regard et éventuellement le promener pendant que les oreilles se laisse aller à une écoute flottante, la meilleure qui soit pour juger de l’efficacité d’un titre.
Il a gardé tout le dossier, prévu d’en parler avec l’équipe artistique de Wagram, et promis qu’il viendrait prochainement voir Lionel au Darius Milhaud.
L’autre rendez-vous, celui de ce lundi matin, était beaucoup plus improbable. Il concernait un grand Groupe de télés. Je ne peux pour le moment vous en dire plus sur l’identité du Groupe ; vous comprendrez certainement pourquoi, dans la mesure où ce blog étant très lu, je ne veux rien compromettre d’une démarche qui ne fait que commencer et dont je compte bien vous décrire le pas à pas jusqu’à son terme, quel qu’il sera.
Dans le métro, 9 h ce matin, ça commence mal. Impossible d’ouvrir le cartable qui me sert de sac. Le fermoir est bloqué. Il avait montré des signes inquiétants depuis une quinzaine ; là il est coincé pour de bon, et assez vite je n’envisage pas d’autres solutions que d’arriver dans le bureau de mon rendez-vous avec la grotesque nécessité de d’abord demander un démonte-pneu ou tout au moins un couteau à huîtres !
C'est pour m’éviter cette humiliation, et après des manipulations plus ou moins faciles dans un wagon bondé, que je décide une action radicale : j’arrache le fermoir d’un coup sec et déterminé. Des voyageurs me regardent, se regardent, essaient de se pousser comme ils peuvent, histoire de pas trop se frotter au barge… Moi déjà j’envisage le moyen de porter le sac sans trop qu’on remarque la chose.
J’arrive dans le hall avec quinze minutes d’avance qui vont finalement me servir quand je vais me retrouver coincé au deuxième étage dans un ascenseur éteint et immobilisé portes closes. Car je vais me retrouver coincé, moi aussi, comme le fermoir !! À trois étages de mon rendez-vous, coincé dans l’ascenseur ! Et pas la peine d’escompter un réveil pour mettre fin au cauchemar, je dors pas ! C’est la réalité plus vraie que vraie !!
Pour la première fois de ma vie, après avoir appuyé sur tout ce que je pouvais, j’ai appuyé sur le bouton « ALARME ». Pour la première fois de ma vie, j’appuie sur le bouton « ALARME » d’un ascenseur. C’est pas l’envie qui m’en avait manqué jusqu’à maintenant, remarquez bien ; comme vous, j’imagine ; on a tous, si on est normal, eu un jour l’envie d’appuyer sur le bouton « ALARME » d’un ascenseur ; comme ça, juste histoire de voir ce qui se passe quand on appuie sur ce gros bitoniau. Genre de truc qu’on fait jamais, en fait. Sauf quand on est en panne dans un ascenseur…
J’ai appuyé.
Je m’attendais à un bruit énorme de sirène, l’immeuble évacué dans le doute, des pompiers venant jusqu’à moi par descente en rappel, une voix douce de Samu me calmant au porte-voix pour m'éviter in extremis une crise d’asthme, et une vague rumeur d’hélicoptères au loin… Rien ! Pas un bruit, pas un mouvement, pas un son, rien. J’en étais à chercher des trous, des fissures par où respirer quand l’air viendrait fatalement à manquer ; et tout à coup l’ascenseur est descendu pour s’ouvrir au rez-de-chaussée devant trois personnes absolument stupides, pas du tout inquiètes, visiblement inconscientes de ce que j’étais tout juste rescapé d’une situation hautement catastrophique. Je me suis traîné, essayant de reprendre une contenance vaguement normale, jusqu’au hall de l’accueil pas loin, d’où me regardait la femme :
— « L’ascenseur » j’ai réussi à articuler, le regard sûrement dilaté par le drame entrevu, « l’ascenseur »…
— Quoi, « l’ascenseur », monsieur ?
— Il est en panne…
— Votre badge ne marche pas ?
— Quel badge ??
— Tout à l’heure, je vous ai donné un badge, en échange de votre carte d'identité…
— Hein ?… Oui… je sais pas…
— Mais si, vous l’avez mis là dans votre poche…
— Oui bon d’accord, et alors…
— Eh ben faut le mettre dans la fente, le badge !! C’est ça qui fait marcher l’ascenseur !!!
Je suis sûr qu’elle a fait exprès de gueuler ça dans le hall. Histoire de bien m’humilier. J’étais dans le centre hypersophistiqué d’un grand groupe de télés, avec marbre par terre et moquette aux plafonds, à deux secondes d’un rendez-vous historique si ça se trouve, et à cause de cette méchante je me retrouvais entouré de regards hautains avec l’air de débarquer du marché aux bestiaux de Saumur-en-Vexin. C’est vexant.
Je reprends l’ascenseur jusqu’au cinquième, le temps de me rafistoler un ego présentable, et j’arrive à l’heure.
Le reste est un enchantement. Le gars, très sympa, écoute trois chansons de Lionel (« Le gros camion », « Y a des jours », et « Toutes les hommes sont belles »), et il est surpris de ce qu’il entend. Il trouve Lionel « très bon », « très actuel », correspondant tout à fait « à l’image et à l’esprit » de la maison où on se trouve, et avec « une tête qui devrait plaire sans problèmes ».
Là-dessus il me propose d’appeler de sa part quelques directeurs artistiques ou patrons de Labels. Il compte aussi venir voir Lionel chanter au Darius Milhaud, certainement courant avril. Et il me dit que si nous trouvons une signature en major, très certainement il s’engagera avec le Groupe…
J’ai commencé dès cet après-midi à prendre les contacts qu’il m’a un par un conseillés.
Je vous dirai la suite au fur et à mesure.
Oh ! J'allais oublier : cette semaine dernière, vous avez battu votre record depuis la création de ce blog ; vous avez été 618 à venir nous rendre visite !!!
Quand il l’a su, Lionel en a été tout ému.
MERCI.
Quentin







Commentaires
1. Le mardi 16 mars 2010 à 10:01, par Michael
Ajouter un commentaire