Si je vous disais X Factor...
Par Quentin, lundi 21 septembre 2009 à 18:09 :: Les confidences de Quentin :: #25 :: rss
Si je vous disais X Factor, évidemment ce serait encore pour vous parler de Lionel. Car il y a un rapport entre X Factor et Lionel Langlais. Ultra confidentiel, le rapport. Classé top secret défense d’en parler.
Il y a, j’en fais le pari, entre vous qui êtes de plus en plus nombreux à fréquenter ce blog et moi qui vous parle comme au creux de l’oreille, maintenant suffisamment de connivences : vous ne répéterez pas ce qu’aujourd’hui je vais ici lâcher.
Tout d’abord - pour ceux qui l’ignorent - X Factor, c’est une émission de télé. Qui va tenter de s’installer sur W9 et qui, comme tant d’autres depuis 50 ans, mise sur la découverte de jeunes talents.
Début juin, je crois, par mail Lionel est sollicité pour poser sa candidature et participer au casting. Surpris mais totalement convaincu que jamais il n’ira fourvoyer son jeune talent dans cette merdique aventure, il se tourne vers moi, par principe, histoire que j’entérine sa décision de mon tampon managérial.
Il se trouve - on ne saura jamais pourquoi - que ce soir-là l’occasion m’amuse et que je ne vois aucun inconvénient à la saisir franchement. Bien au contraire. Au fond je suis surtout d’avis qu’il ne faut jamais refuser de pousser un peu du pied une porte qui déjà s’entrouvre toute seule ; histoire d’aller y voir. A la condition que Lionel reste lui-même et ne fasse rien qu’il désavoue au fond, plus j’y réfléchis moins je ne vois l’intérêt de refuser cette proposition.
On en discute. Et finalement il se range à mon avis.
Tout se fait par Internet. Le rendez-vous est fixé un matin de septembre à 8 heures à l’hôtel Mercure de la porte Saint-Cloud. On nous dit qu’il s’agira de chanter une ou deux chansons a capella et on nous prévient qu’il serait prudent de prévoir des sandwiches.
Effectivement il y a déjà du monde quand on arrive. Facilement 200 personnes. On nous remet un numéro de passage et un accord préalable à signer. Il s’agit d’un règlement assez complet qui stipule dès le début que tout se déroulera en 4 phases visant à écrémer les candidats jusqu’à n’en retenir que 12. Un détail attire tout de suite l’attention de Lionel : dès la deuxième phase, le candidat s’engage à chanter ce qu’on lui demande et à contresigner les éventuelles propositions de contrat de management et/ou de disque.
Pour Lionel, tout s’arrête là . Il est 8 huit heures du matin, il est en costume de scène sur un parking d’hôtel, il fait froid, il vient de traverser Paris pour rien, la plaisanterie pas drôle a assez duré, on rentre.
J’avais, vous vous doutez bien, tout particulièrement préparé cette journée dont je savais qu’elle serait pleine de rebondissements et de tensions. On ne se lance pas dans une telle entreprise - faire poireauter Lionel pendant 5 ou 6 heures - sans se douter qu’il va y avoir un moment ou l’autre du grabuge.
Il a signé les papiers, avec agacement et parce que je lui affirmais mordicus que les clauses qui l’ennuyaient n’avaient aucun impact juridique réel.
Je l’ai installé confortablement sur une banquette d’un café tout proche et il s’est détendu un peu à regarder les autres candidats, en tournage extérieur devant l’hôtel, jouer les figurants excités derrière Alexandre Devoise enregistrant le lancement du futur générique.
J’aime que Lionel soit de temps en temps confronté à des situations un peu stressantes et qu’il parvienne à les traverser avec une certaine grâce. Pour un artiste, les auditions, les castings, les plans un peu foireux… ce sont autant d’occasions de se connaître, de tester la solidité de ses motivations, l’élasticité de son talent, l’efficience de sa technique, la vitalité de sa foi en lui…
Vers 16 heures, très concentré mais parfaitement détendu, il attendait son moment. Il savait qu’il allait chanter In Extremis, un titre pas facile, qui demande une grande intensité dans l’interprétation et une dextérité vocale pour les passages rapides en voix de tête. Et si jamais on lui demandait un autre titre ? Ce serait Le Gros Camion…
A 17 heures son tour arrive. On lui colle un gros adhésif sur la poitrine, façon « on achève bien les chevaux », un truc énorme qui l’oblige à ôter veste et cravate. Il ressemble maintenant à un garçon de café numéroté et je me dis que ce pourrait être là la goutte d’eau…
Non, Lionel cette fois m’épate carrément, garde son calme et monte sans se presser à l’étage qu’on lui indique.
Ils sont trois dans une pièce, trois trentenaires plutôt sympas. Celui du milieu, qui a l’air de diriger les opérations, demande à Lionel ce qu’il compte chanter.
- In Extremis… un texte de Quentin Lamotta et une musique… ben de moi…
- On aurait préféré une reprise…
- Je ne chante pas de reprises…
- Pardon ?
- Je ne chante que des chansons de mon répertoire…
Les trois gars se regardent. Se marrent un peu. Le trouvent visiblement gonflé :
- On peut savoir pourquoi vous participez à ce casting de X Factor… ?
- Pour faire connaître mon répertoire… et moi avec…
- Vous vous sentez capable d’apprendre une reprise en quelques heures et de la chanter en direct à la télé ?
- Oui, bien sûr, sans problème…
- Et vous accepteriez, donc…
- Quoi ?
- Eh ben… de chanter une reprise…
- Ah non… ça je refuse…
Là , le gars s’énerve quand même un petit peu…
- M’enfin vous savez quand même ce que c’est comme émission, X Factor !
- Non pas exactement… en fait non, j’en sais rien…
- Vous vous voulez dire que vous attendez en bas depuis ce matin 8 heures pour participer au casting d’une émission que vous ne connaissez pas !?!
Lionel commence lui aussi à s’énerver un brin. Peut-être l’autre le sent-il ?
- Bon, chantez nous votre truc… mais vous avez intérêt à être bon…
Lionel commence : « une fille à bras tentaculaires m’a pris la tête et laissé pour mort à Venise… »
Les trois gars se regardent un peu surpris, et ils écoutent…
- Pas mal… dit celui qui parle, quand Lionel a fini. Mais pourquoi vous voulez pas faire des reprises ?
- Parce que j’ai un répertoire…
- Et vous pouvez nous laisser quelque chose ?
Lionel leur distribue trois flyers annonçant son spectacle au Darius Milhaud.
C’est qui, lui, derrière ? demande le gars en pointant la photo.
- Guillaume Bongiraud, mon violoncelliste… Vous voulez que je vous donne une maquette ?
- Ah vous avez une maquette ? Oui bien sûr, on va écouter ça…
Lionel est redescendu de là tout sourire.
C’était son premier casting. Peut-être le dernier. Et il était ravi. Moi aussi.
Fallait que je vous le dise.
Portez-vous bien…
Quentin
Il y a, j’en fais le pari, entre vous qui êtes de plus en plus nombreux à fréquenter ce blog et moi qui vous parle comme au creux de l’oreille, maintenant suffisamment de connivences : vous ne répéterez pas ce qu’aujourd’hui je vais ici lâcher.
Tout d’abord - pour ceux qui l’ignorent - X Factor, c’est une émission de télé. Qui va tenter de s’installer sur W9 et qui, comme tant d’autres depuis 50 ans, mise sur la découverte de jeunes talents.
Début juin, je crois, par mail Lionel est sollicité pour poser sa candidature et participer au casting. Surpris mais totalement convaincu que jamais il n’ira fourvoyer son jeune talent dans cette merdique aventure, il se tourne vers moi, par principe, histoire que j’entérine sa décision de mon tampon managérial.
Il se trouve - on ne saura jamais pourquoi - que ce soir-là l’occasion m’amuse et que je ne vois aucun inconvénient à la saisir franchement. Bien au contraire. Au fond je suis surtout d’avis qu’il ne faut jamais refuser de pousser un peu du pied une porte qui déjà s’entrouvre toute seule ; histoire d’aller y voir. A la condition que Lionel reste lui-même et ne fasse rien qu’il désavoue au fond, plus j’y réfléchis moins je ne vois l’intérêt de refuser cette proposition.
On en discute. Et finalement il se range à mon avis.
Tout se fait par Internet. Le rendez-vous est fixé un matin de septembre à 8 heures à l’hôtel Mercure de la porte Saint-Cloud. On nous dit qu’il s’agira de chanter une ou deux chansons a capella et on nous prévient qu’il serait prudent de prévoir des sandwiches.
Effectivement il y a déjà du monde quand on arrive. Facilement 200 personnes. On nous remet un numéro de passage et un accord préalable à signer. Il s’agit d’un règlement assez complet qui stipule dès le début que tout se déroulera en 4 phases visant à écrémer les candidats jusqu’à n’en retenir que 12. Un détail attire tout de suite l’attention de Lionel : dès la deuxième phase, le candidat s’engage à chanter ce qu’on lui demande et à contresigner les éventuelles propositions de contrat de management et/ou de disque.
Pour Lionel, tout s’arrête là . Il est 8 huit heures du matin, il est en costume de scène sur un parking d’hôtel, il fait froid, il vient de traverser Paris pour rien, la plaisanterie pas drôle a assez duré, on rentre.
J’avais, vous vous doutez bien, tout particulièrement préparé cette journée dont je savais qu’elle serait pleine de rebondissements et de tensions. On ne se lance pas dans une telle entreprise - faire poireauter Lionel pendant 5 ou 6 heures - sans se douter qu’il va y avoir un moment ou l’autre du grabuge.
Il a signé les papiers, avec agacement et parce que je lui affirmais mordicus que les clauses qui l’ennuyaient n’avaient aucun impact juridique réel.
Je l’ai installé confortablement sur une banquette d’un café tout proche et il s’est détendu un peu à regarder les autres candidats, en tournage extérieur devant l’hôtel, jouer les figurants excités derrière Alexandre Devoise enregistrant le lancement du futur générique.
J’aime que Lionel soit de temps en temps confronté à des situations un peu stressantes et qu’il parvienne à les traverser avec une certaine grâce. Pour un artiste, les auditions, les castings, les plans un peu foireux… ce sont autant d’occasions de se connaître, de tester la solidité de ses motivations, l’élasticité de son talent, l’efficience de sa technique, la vitalité de sa foi en lui…
Vers 16 heures, très concentré mais parfaitement détendu, il attendait son moment. Il savait qu’il allait chanter In Extremis, un titre pas facile, qui demande une grande intensité dans l’interprétation et une dextérité vocale pour les passages rapides en voix de tête. Et si jamais on lui demandait un autre titre ? Ce serait Le Gros Camion…
A 17 heures son tour arrive. On lui colle un gros adhésif sur la poitrine, façon « on achève bien les chevaux », un truc énorme qui l’oblige à ôter veste et cravate. Il ressemble maintenant à un garçon de café numéroté et je me dis que ce pourrait être là la goutte d’eau…
Non, Lionel cette fois m’épate carrément, garde son calme et monte sans se presser à l’étage qu’on lui indique.
Ils sont trois dans une pièce, trois trentenaires plutôt sympas. Celui du milieu, qui a l’air de diriger les opérations, demande à Lionel ce qu’il compte chanter.
- In Extremis… un texte de Quentin Lamotta et une musique… ben de moi…
- On aurait préféré une reprise…
- Je ne chante pas de reprises…
- Pardon ?
- Je ne chante que des chansons de mon répertoire…
Les trois gars se regardent. Se marrent un peu. Le trouvent visiblement gonflé :
- On peut savoir pourquoi vous participez à ce casting de X Factor… ?
- Pour faire connaître mon répertoire… et moi avec…
- Vous vous sentez capable d’apprendre une reprise en quelques heures et de la chanter en direct à la télé ?
- Oui, bien sûr, sans problème…
- Et vous accepteriez, donc…
- Quoi ?
- Eh ben… de chanter une reprise…
- Ah non… ça je refuse…
Là , le gars s’énerve quand même un petit peu…
- M’enfin vous savez quand même ce que c’est comme émission, X Factor !
- Non pas exactement… en fait non, j’en sais rien…
- Vous vous voulez dire que vous attendez en bas depuis ce matin 8 heures pour participer au casting d’une émission que vous ne connaissez pas !?!
Lionel commence lui aussi à s’énerver un brin. Peut-être l’autre le sent-il ?
- Bon, chantez nous votre truc… mais vous avez intérêt à être bon…
Lionel commence : « une fille à bras tentaculaires m’a pris la tête et laissé pour mort à Venise… »
Les trois gars se regardent un peu surpris, et ils écoutent…
- Pas mal… dit celui qui parle, quand Lionel a fini. Mais pourquoi vous voulez pas faire des reprises ?
- Parce que j’ai un répertoire…
- Et vous pouvez nous laisser quelque chose ?
Lionel leur distribue trois flyers annonçant son spectacle au Darius Milhaud.
C’est qui, lui, derrière ? demande le gars en pointant la photo.
- Guillaume Bongiraud, mon violoncelliste… Vous voulez que je vous donne une maquette ?
- Ah vous avez une maquette ? Oui bien sûr, on va écouter ça…
Lionel est redescendu de là tout sourire.
C’était son premier casting. Peut-être le dernier. Et il était ravi. Moi aussi.
Fallait que je vous le dise.
Portez-vous bien…
Quentin







Commentaires
1. Le mardi 22 septembre 2009 à 07:37, par Michael
2. Le mardi 22 septembre 2009 à 22:56, par Fred
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