Si je vous disais le Darius Milhaud...
Par Quentin, dimanche 16 août 2009 à 20:58 :: Les confidences de Quentin :: #23 :: rss
Si je vous disais le Darius Milhaud… je commencerais par vous dire que c’est la première fois que Lionel s’installe durablement dans un lieu pour y chanter. Il y sera du 22 août au 30 novembre. D’abord tous les samedis, et en novembre le lundi. Et c’est pendant ce même trimestre qu’il enregistrera son premier album ! Ceux qui lisent dans les astres devraient normalement trouver ces jours-ci dans le ciel de Lionel un savant ballet d’étoiles en préparation et, derrière, un chorégraphe plutôt bien inspiré…
Le Darius Milhaud c’est d’abord un petit lieu sympa, des gens qui s’en occupent vraiment, qui sont au service des artistes et donc du public. Et Lionel va y présenter son nouveau spectacle. Je dis nouveau parce qu’on a écrit trois chansons cet été. Ah ben si, comme Lionel ne veut – à juste raison je trouve – pas du tout rallonger la durée de son tour, c’est du coup trois autres chansons qui dégagent… Lesquelles ?… Je ne suis pas censé vous le dire mais bon, confidence pour confidence, les nommées sont (roulement de tambour) : Bientôt 30 ans Elle se fait tirer Ma destinée. Et c’est sans appel. Inutile d’insister, vous le connaissez, c’est plus difficile de lui ôter une idée de la tête que de retirer une pièce d’un horodateur.
Vous me direz, trois chansons nouvelles, c’est pas ça qui change un concert. Si, justement. A condition de poser comme règle fondamentale que le but premier du jeu c’est que le public ne s’emmerde pas deux secondes, composer l’ordre d’un spectacle, c’est tout un art. Alors oui, finalement, les nouvelles chansons ont tout chamboulé. Et nous avons dû trouver de nouvelles présentations.
Car Lionel n’imagine pas qu’il pourrait entrer en scène et en sortir sans avoir quasiment rien dit entre les chansons. Il faut qu’il cause. Pas tout le temps, mais quand même. Sans ça il aurait l’impression de faire la gueule. Comme partager un repas en silence. Pas parler la bouche pleine, il veut bien, mais la fermer entre les plats, c’est trop lui demander.
C’est justement ce matin qu’on a travaillé les nouveaux textes de présentation. Des vrais sketches. En gros, il me propose des choses, je fais le tri, et si ça lui va je développe.
C’est drôle comment il fonctionne. Et c’est encore une confidence que je vous fais là : c’est comme s’il avait comme qui dirait trois ateliers en tête. Un atelier confection, un atelier gravure, un atelier répétition. Dans le premier, il met au point, cherche, tâtonne, tatillonne et quand il est content il passe à l’atelier gravure. C’est là qu’est le problème. Parce que là, comme indiqué sur la porte, il grave. Sur son disque dur. Et souvent trop tôt. Du coup il passe à l’atelier répétition et on s’aperçoit qu’il faut changer quelque chose… un détail… un accord de guitare, un bout de phrase, un mot… Et c’est impossible, c’est gravé. Il faut casser le moule, tout reprendre depuis le début, réinitialiser le disque.
Et il est le premier à s’en énerver ! D’un énervement qui me fait rire, mais qui l’emporte, lui, bien au-delà du raisonnable. Guillaume pourrait en témoigner : une fois excédé par ce qui ressemblait à une rayure sur son cérébral disque dur, il a des deux mains attrapé sa guitare par le manche avec la manifeste intention de l’éclater sur le mur de ma salle à manger. Miraculeusement, à ce moment précis, il y eut comme un effet de ralenti. Le temps a dû s’allonger d’un quart de millième de seconde, je sais pas, et ça a dû provoquer un silence imperceptible à l’oreille mais suffisant pour que l’ange présent dans la pièce se glisse dans la faille, s’empare du bras plein de colère et le retienne in extremis.
Depuis Lionel ne s’emporte plus. Mais il n’en reste pas moins étrange.
Ce matin - il avait encore gravé trop tôt quelques phrases finalement à rectifier qu’il ne parvenait plus à corriger - il s’est soudainement arrêté, et m’a regardé, comme hébété : « je suis trop con… laisse tomber… je suis trop con… » Alors, la guitare doucement déposée, le plus sérieusement du monde, comme s’il faisait ses adieux au métier rassemblé, un peu façon Giscard quittant le pouvoir, il est sorti de la pièce, se tournant vers moi une dernière fois : « je suis trop con, j’y arriverai pas… »
Je suis évidemment resté sur ma chaise, plutôt très amusé, déjà m’imaginant samedi soir entrer à sa place en scène à 21h15 au Darius Milhaud pour dire aux gens : « Lionel ne viendra pas, il a abandonné la chanson, il s’excuse, il est trop con… »
J’avais même pas fini mon petit théâtre intime, il est repassé devant moi, sans un mot, comme si de rien n’était, il a repris sa guitare et sa chanson, et c’était parfait.
Et là je l’ai vu content. Plus que ça. Heureux. Vraiment.
Il est quand même bizarre, je me suis dit. En même temps, je devinais, je savais, là derrière, le désir de bien faire, de surtout pas décevoir, et puis l’attente, tous ces jour-ci, l’attente, un peu anxieuse, du public...
Trois mois au Darius Milhaud. Viendra, ou viendra pas, le public ?
Comme une métaphore de la vie, quand on se réveille au matin. Viendra, ou viendra pas, le bonheur ?
On n’en sait rien. Et c’est pas plus mal.
A la semaine prochaine.
Quentin
Le Darius Milhaud c’est d’abord un petit lieu sympa, des gens qui s’en occupent vraiment, qui sont au service des artistes et donc du public. Et Lionel va y présenter son nouveau spectacle. Je dis nouveau parce qu’on a écrit trois chansons cet été. Ah ben si, comme Lionel ne veut – à juste raison je trouve – pas du tout rallonger la durée de son tour, c’est du coup trois autres chansons qui dégagent… Lesquelles ?… Je ne suis pas censé vous le dire mais bon, confidence pour confidence, les nommées sont (roulement de tambour) : Bientôt 30 ans Elle se fait tirer Ma destinée. Et c’est sans appel. Inutile d’insister, vous le connaissez, c’est plus difficile de lui ôter une idée de la tête que de retirer une pièce d’un horodateur.
Vous me direz, trois chansons nouvelles, c’est pas ça qui change un concert. Si, justement. A condition de poser comme règle fondamentale que le but premier du jeu c’est que le public ne s’emmerde pas deux secondes, composer l’ordre d’un spectacle, c’est tout un art. Alors oui, finalement, les nouvelles chansons ont tout chamboulé. Et nous avons dû trouver de nouvelles présentations.
Car Lionel n’imagine pas qu’il pourrait entrer en scène et en sortir sans avoir quasiment rien dit entre les chansons. Il faut qu’il cause. Pas tout le temps, mais quand même. Sans ça il aurait l’impression de faire la gueule. Comme partager un repas en silence. Pas parler la bouche pleine, il veut bien, mais la fermer entre les plats, c’est trop lui demander.
C’est justement ce matin qu’on a travaillé les nouveaux textes de présentation. Des vrais sketches. En gros, il me propose des choses, je fais le tri, et si ça lui va je développe.
C’est drôle comment il fonctionne. Et c’est encore une confidence que je vous fais là : c’est comme s’il avait comme qui dirait trois ateliers en tête. Un atelier confection, un atelier gravure, un atelier répétition. Dans le premier, il met au point, cherche, tâtonne, tatillonne et quand il est content il passe à l’atelier gravure. C’est là qu’est le problème. Parce que là, comme indiqué sur la porte, il grave. Sur son disque dur. Et souvent trop tôt. Du coup il passe à l’atelier répétition et on s’aperçoit qu’il faut changer quelque chose… un détail… un accord de guitare, un bout de phrase, un mot… Et c’est impossible, c’est gravé. Il faut casser le moule, tout reprendre depuis le début, réinitialiser le disque.
Et il est le premier à s’en énerver ! D’un énervement qui me fait rire, mais qui l’emporte, lui, bien au-delà du raisonnable. Guillaume pourrait en témoigner : une fois excédé par ce qui ressemblait à une rayure sur son cérébral disque dur, il a des deux mains attrapé sa guitare par le manche avec la manifeste intention de l’éclater sur le mur de ma salle à manger. Miraculeusement, à ce moment précis, il y eut comme un effet de ralenti. Le temps a dû s’allonger d’un quart de millième de seconde, je sais pas, et ça a dû provoquer un silence imperceptible à l’oreille mais suffisant pour que l’ange présent dans la pièce se glisse dans la faille, s’empare du bras plein de colère et le retienne in extremis.
Depuis Lionel ne s’emporte plus. Mais il n’en reste pas moins étrange.
Ce matin - il avait encore gravé trop tôt quelques phrases finalement à rectifier qu’il ne parvenait plus à corriger - il s’est soudainement arrêté, et m’a regardé, comme hébété : « je suis trop con… laisse tomber… je suis trop con… » Alors, la guitare doucement déposée, le plus sérieusement du monde, comme s’il faisait ses adieux au métier rassemblé, un peu façon Giscard quittant le pouvoir, il est sorti de la pièce, se tournant vers moi une dernière fois : « je suis trop con, j’y arriverai pas… »
Je suis évidemment resté sur ma chaise, plutôt très amusé, déjà m’imaginant samedi soir entrer à sa place en scène à 21h15 au Darius Milhaud pour dire aux gens : « Lionel ne viendra pas, il a abandonné la chanson, il s’excuse, il est trop con… »
J’avais même pas fini mon petit théâtre intime, il est repassé devant moi, sans un mot, comme si de rien n’était, il a repris sa guitare et sa chanson, et c’était parfait.
Et là je l’ai vu content. Plus que ça. Heureux. Vraiment.
Il est quand même bizarre, je me suis dit. En même temps, je devinais, je savais, là derrière, le désir de bien faire, de surtout pas décevoir, et puis l’attente, tous ces jour-ci, l’attente, un peu anxieuse, du public...
Trois mois au Darius Milhaud. Viendra, ou viendra pas, le public ?
Comme une métaphore de la vie, quand on se réveille au matin. Viendra, ou viendra pas, le bonheur ?
On n’en sait rien. Et c’est pas plus mal.
A la semaine prochaine.
Quentin







Commentaires
1. Le vendredi 5 mars 2010 à 15:43, par Music Search
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