Lionel Langlais - blog officiel

 


 

Si je vous disais le studio...

Si je vous disais le studio où nous avons commencé l’enregistrement de l’album, il faudrait que d’abord je vous dise le Village Saint-Paul… Un truc dont tous les parisiens ont entendu parler sans jamais y avoir mis les pieds. Et c’est dommage parce que c’est justement un village réservé aux piétons.

Pas un moteur à essence dans ce village-là, des ruelles, des boutiques discrètes et rares, des façades blanc propre, du pavé, un sapin qu’on se demande quel bon vent lui a semé la graine ici, et à côté pas loin, justement, le studio qui pourra plus tard se vanter d’avoir enregistré le premier album de Lionel Langlais…

Enregistrer un album — faut que je vous explique — ça se fait en 3 temps. D’abord enregistrer les instruments et les voix, ensuite mixer tout ça, et pour finir « masteriser ».

Chaque instrument et chaque voix sont enregistrés séparément. Par commodité. Pour éviter d’avoir à tout recommencer dès la première note un peu faussée.

Plus tard, le mixage, c’est quand l’ingénieur du son tripatouille des heures et des heures tous les boutons et les manettes qu’il a devant lui pour que les sons de chaque voix et chaque instrument se tissent entre eux un peu comme des fils de soie dans un tissu pas donné.

Le « mastering » consistera à fabriquer à partir du mix terminé un « master », c’est-à-dire la bande référence à partir de laquelle on va ensuite graver les CDs.

Là, j’ai une très sérieuse confidence qui me vient et que je vais vous faire, je le sens... Je sais pas du tout si Lionel et le reste de l’équipe m’autoriseraient une pareille indiscrétion, mais je vais lâcher le gros bout. Si, si. Tenez-vous bien, mesdames et messieurs, je vais vous donner les titres qui seront sur l’album de Lionel Langlais !!!

Let’s go dans l’eau — Ma vraie vie — Le mal par les mots — In extremis — La rue des Oiseaux — Ta Sophie — Le chat looké matou rappeur — Toutes les hommes sont belles — Sous des fleurs et du vent — Ah ! La vie — L’amour enfin — Y’a des jours — Le gros camion

Et voilà je l’ai dit ! Attention, ils sont là dans le désordre. Pas pour vous embrouiller. Mais parce que l’ordre, ça se décide au tout dernier moment. Comme pour un concert.

Hein ? (…) Treize titres ? Treize ??!! (…) Mais non — vous m’avez fait peur — 12 chansons et un texte !

Autre confidence pendant qu’on y est : Michaël Bauswein, le photographe qui conçoit tous les visuels de Lionel, est venu au studio faire les photos de l’album. C’était, raisonnablement parlant, un peu tôt. Mais Michaël se taille en Thaïlande au moins six mois et on n’avait donc pas le choix.

Que du noir et blanc, les photos. Evidemment. (Ceux qui voient pas pourquoi n’ont qu’à lire les billets précédents, je peux pas non plus passer mon temps à me répéter pour attendre des retardataires au risque d’emmerder gravement les fidèles toujours à l’heure). Pas loin du sapin, on a posé. « Pas si près non plus » dirait Michaël qui ne pense qu’en jeu de mots.

Quand je dis qu’on a « posé » je parle pour Seyo (l’ingénieur du son) Guillaume, Simon, et moi qui vous cause. Parce que, concernant Lionel, on ne peut pas dire — au risque de dénaturer totalement le mot — qu’il a « posé »…

C’est plutôt Michaël qui a dû « poser » son appareil quand il s’est agi pour lui de fixer sur une pellicule Lionel dans le cadre d’une porte. Il fallait bien que quelque chose soit fixe dans cette histoire pour que l’objectif de l’appareil continue de l’être… objectif… Et c’est là qu’on voit le talent du photographe — un talent qui confine au génie — c’est quand on regarde la photo : Lionel est cul par-dessus tête, c’est le cas de le dire, or la photo n’est pas floue…

Vous jugerez par vous-mêmes. La photo sera à l’intérieur du livret. Une raison de plus d’acheter l’album.

En parlant d’album, je vous ai pas dit grand-chose du studio… Je reconnais… Mais c’est qu’il n’y a pas grand-chose à en dire !

Simon a mis ses sons de guitares sur les chansons. Un bonheur à voir autant qu’à entendre. Après, Guillaume a joué de son violoncelle, et Seyo, l’ingénieur, a pris tout ça avec des micros plus ou moins bizarres.

Ah si ! Une chose quand même : à côté de Seyo, il y avait Elton. Un musicien, avec une oreille surprenante, et capable lui aussi de balader, sans qu’elles se perdent, ses mains sur les manettes. Je le voyais qui observait beaucoup Lionel… Un moment, il se penche vers moi :

— Lui, je crois que c’est le Brel de notre génération… Ce gars, il est entier, il donne tout… C’est le Brel de notre génération…

J’ai beau le savoir depuis plus de deux ans, les larmes m’en sont venues aux yeux…

Pour l’instant, on a suspendu le studio jusqu’au 6 novembre. Ce jour-là, à 16 heures, Lionel commencera à « poser ses voix ».

Je penserai à vous.

Quentin

Si je vous disais LA rencontre...

Si je vous disais LA rencontre, je vous dirais la première fois que Guillaume, Lionel et Simon ont joué ensemble.

C’était évidemment pour préparer l’album et ça se passait chez moi. Le plus difficile a été de trouver les quelques heures possibles en journée. Ce fut fixé le jeudi 24 septembre à 12h. Lionel arriva à 11h, Simon à 13, Guillaume à 14.

Les instruments sortis des étuis, après les parlottes d’usage, on était dans le vif du sujet. Il s’agissait d’abord de présenter dans le détail à Simon chacune des chansons choisies pour figurer dans l’album.

Simon était venu – je vous l’ai dit ici – écouter Lionel et Guillaume au Nesle. Il lui fallait maintenant étudier de plus près les chansons, dans leur structure, et envisager comment insérer ses guitares dans les histoires qu’elles racontent.

Pour tout vous dire – je suis là pour ça – Simon n’est pas favorable à un long travail de préparation avant l’entrée en studio. Au contraire, il préfère largement la spontanéité de la découverte, la fraîcheur d’une interprétation toute neuve. En fait il aime se surprendre, s’amuser, ça se voit. Il redoute, je crois, de devoir un jour se retrouver à jouer sans plaisir. C’est un extraverti, qui privilégie la sensation, un nerveux, un pressé, Simon. Tout le contraire de Guillaume. Lui c’est un lac. Et y'a jamais le feu au lac, c’est bien connu. Lionel, c’est les deux en un. D’une patience infinie quand ça l’arrange (donnez-lui un coup de pied, il vous le rendra un jour ou l’autre, il a tout le temps…) et d’une impatience caractérielle quand ça le dérange (évitez de caler devant lui quand le feu est au vert si vous n’aimez pas qu’on dise du mal de vous…).

La toute première fois où Simon a fait sonner ses cordes avec celles de Guillaume sur la voix de Lionel, il était 15h22. Je le sais, j’ai regardé ma pendulette. Et tout de suite j’ai su qu’on ferait l’album qu’on voulait faire.

Justement parce que Simon c’est le feu, Guillaume le lac, et que ces deux natures sont en Lionel. C’est l’union des contraires qui fait la force de vie. Pas leur opposition. C’est sur ce thème, qui est aussi, je crois, tout l’enjeu de notre époque, que nous avons conçu sans trop nous en apercevoir l’album ici en gestation. C’est pourquoi sans doute il sera en noir et blanc. Parce que l’union des contraires, c’est le noir et blanc, pas le gris. Le gris c’est la confusion.

« Mais la couleur ? »… vous me direz.

Nous sortons d’une époque de 30 ans où dans tous les domaines nous avons franchement abusé de la couleur. Je parle au propre et au figuré. De la couleur, à nous en saturer la cervelle. Une époque haute en couleurs. C’est ce qu’il en restera. Vous verrez. Avec beaucoup d’audaces, beaucoup d’idées, mais tellement d’inepties et de fausses joies… que je vous en prédis une époque « noir et blanc ». Comme le costume de Lionel et comme son album à venir.

Au fait : nous allons entrer en studio dès le 16 octobre, pour que Guillaume, qui doit s’absenter pas mal d’ici novembre, puisse enregistrer toutes ses parties de violoncelle.

Je vous en dirai tout. Au fur et à mesure. Presque au jour le jour. En confidences.

Portez-vous bien.

Quentin