Lionel Langlais - blog officiel

 


 

Si je vous disais 2010...

Si je vous disais 2010, je commencerais forcément par vous la souhaiter comme il se doit : bonne, heureuse, pleine de vigueur, de santé, de vœux réalisés, de désirs satisfaits, de peurs en allées et d’amour à donner.

Il est remarquable que chaque année, en son début, on se la souhaite entre nous et tous autant qu’on est, la meilleure possible. C’est qu’en vérité, c’est plus fort que nous, chaque année on a l’impression d’un nouveau départ, d’une redistribution des cartes.

Mais que penseriez-vous si, assis à une table de poker, vos partenaires de jeu vous souhaitaient, chacun et tour à tour, un pot phénoménal et un jackpot ramasse-tout en fin de partie ?

D’abord, certainement, un peu par politesse, un peu par lâcheté, vous feriez comme eux. Mais surtout vous seriez pour le moins très dubitatifs quant à leur sincérité.

On est entre nous, on peut bien se le dire : il est rare, très rare, que le bonheur des autres nous aide à vivre, très improbable que la chance phénoménale et insistante du connard d’en face nous réconcilie avec notre destin bordélique ou raplapla.

Est-ce à dire que le malheur des autres… ? Non, faut pas déconner non plus. En tout cas, pas un malheur grave. Mais une petite peau de banane sur le chemin, une gamelle subséquente et les quatre fers en l’air, faut admettre : à voir c’est pas déplaisant. Ça déride, ça décoince ; ça suffit pas à vous remettre debout un déprimé chronique, mais ça vaut bien le p’tit-coup-pour-la-route qui vous requinque un bonhomme pas gai.

La chanson, ça rigole pas du tout, question chance. Comme tous les milieux artistiques, d’ailleurs. C’est très superstitieux, les artistes. Yves Montant – qui en savait quelque chose – pour savonner durablement la planche du Reggiani en haut de l’affiche de Casque d’Or avec la Simone, en son temps Montant n’a rien trouvé de mieux que de raconter partout que son grand ami Serge traînait la poisse à ses basques et la ramenait sur tous les tournages. Il faut avoir vu Reggiani en fin de parcours remâcher tout ça entre tristesse et colère pour réaliser combien ce milieu peut-être hanté.

Au point qu’on ne se dit pas « bonne chance » parce que ça porte-malheur ! À la place, on se dit « merde ». Ça vous donne des tas de gens qui s’embrassent en s’envoyant des « merdes » avec un plaisir quelquefois sur-joué mais jamais dissimulé. Le mec qui a lancé cette bouffonnerie devait être un sacré déconneur, moi je vous le dis… et il a dû beaucoup s’amuser.

Je me rappelle la tête de Lionel le jour où, pour la première fois, on lui a dit « merde » avant qu’il entre en scène. Lui, ne sachant pas trop quoi répondre à ça, il dit : « merci ! ». Catastrophe !!! L’autre croise vite fait ses doigts à déjouer les mauvais sorts et très sérieusement prend Lionel à part pour le sermonner comme un gamin :

— Faut jamais dire « merci » quand on vous dit « merde » !

— Ah bon ? Pourquoi ?

— Mais ça porte malheur !!!

Tout porte malheur dans le spectacle. Même le succès.

À propos, je ne vous ai pas dit : on a fini le studio ! Si ! À l’heure où je vous écris, les titres sont mixés ! Reste le mastering, et c’est pour bientôt ! Dans 15 jours je pourrai commencer le tour des Labels… En attendant entre nous on s’écoute les titres, on se les réécoute. Les guitares de Simon, le violoncelle de Guillaume, et Lionel… J’ai hâte, vraiment hâte que vous entendiez ça…

On en a parlé avec Simon l’autre jour. De Lionel.

Au fond, ce que je vous souhaite pour 2010, c’est de connaître Lionel Langlais, par la scène, par le disque, et d’à votre tour le faire connaître.

Je vous souhaite d’être de cette aventure-là.

Parce que Lionel Langlais est de ces artistes qui déboulent dans leur époque comme une bonne nouvelle dans une mauvaise passe.

Oui finalement, pour les temps qui nous viennent, Lionel Langlais, c’est un gros bonheur que je nous souhaite à nous tous.

Quentin

Si je vous disais samedi...

Si je vous disais samedi, ce serait pour vous raconter le 5 décembre au Darius Milhaud…

On savait qu’un organisateur, programmateur d’une salle pas loin de la Rochelle, avait réservé sa soirée pour venir entendre Lionel.

Ça commençait moyennement bien dans la mesure où Guillaume, au Japon pour quinze jours, ne pouvait pas assurer sa partie. Pas de problème pour Lionel. C’est un réaliste. Pas du genre à se morfondre de ce qui est, l’accepte comme une donnée, et si possible s’en sert. Guillaume n’est pas là, il se dit, ça va m’obliger à me donner plus et quand Guillaume reviendra le spectacle n’en sera que plus fort.

Petite contrariété supplémentaire : ce jour-là, samedi, Lionel n’a pas trop le moral. « Mal branché », il me dit au téléphone. Justement, ça fait un peu partie de mon boulot de le « rebrancher » quand il faut.

Il a pris cette habitude de me prévenir, quand il est « mal branché ». Et j’en suis content. Avant, je devais le deviner – c’était d’ailleurs facile – et quand je le devinais ça l’énervait davantage. Et je comprenais : j’avais l’air du plombier qui constate une fuite d’eau, qui la regarde, mais sans du tout sortir la caisse à outils. Et moi je la sortais pas, la caisse à outils, parce que personne ne m’avait rien demandé ; c’est l’un des principes essentiels de mon coaching : t’es libre d’aller comme tu l’entends, y compris très mal, et si t’as besoin de mon aide, faut la demander ; d’une manière ou d’une autre, faut la demander.

La contrepartie de cette règle c’est que je suis disponible dès la demande formulée. Il se trouve que samedi j’étais fatigué. Pas du tout disposé à remonter le moral de qui que ce soit. Et donc à deux doigts de la grosse faute qui consiste à ne pas respecter une règle qu’on a soi-même posée.

Il a senti la chose, en a fait des efforts. Alors moi aussi.

Faut dire qu’il a été très marqué, il n’y a pas longtemps, et justement par une soirée au Darius Milhaud. Le public était manifestement content du spectacle, mais nous pas trop. En sortie de scène, l’air accablé Lionel est venu me demander ce que j’en pensais.

— Réjouis-toi d’être chanteur, je lui ai dit. Ce soir si t’avais été toréador, à l’heure qu’il est, tu serais mort…

Ma réflexion l’a glacé. Toute la semaine d’après il a vécu comme si une corne de taureau lui avait effectivement effleuré la peau du ventre. Et depuis il se méfie beaucoup de l’humeur insidieuse qui s’installe avant le spectacle, vous prend la tête et vous détourne de l’essentiel, du don de soi, de la beauté du geste, de l’amour à partager, de la vérité que tout public vient justement chercher quand il vient au spectacle...

Nous étions très concentrés en arrivant samedi à 19h30 au Darius Milhaud. « À se demander comment ils seraient si c’était à Bercy… » on pourrait ricaner. Et on aurait tort. Après tout, c’est pas la grandeur de l’arène qui fait la dangerosité du taureau ni la hauteur de l’église qui fait l’ardente foi du curé à t’assurer la présence du divin à l’autel.

Lionel file direct dans sa loge et je vais de mon côté à l’accueil. Pour apprendre qu’il n’y a aucune réservation prévue, personne, personne en vue… que l’organisateur.

Tiens, au fait, il fait quoi le curé, si n’y a personne, vraiment personne dans son église ? Il dit la messe ? Je sais pas. Devrait la faire.

L’organisateur finalement arrive dans un hall désert. Il est venu avec un ami à lui. Bonne idée. Il se révèle absolument charmant. Il se dit ravi d’être là, vraiment content de venir voir Lionel qu’il a seulement entendu sur myspace.

Je lui annonce qu’ils ne seront que deux spectateurs. Large sourire du monsieur : « un spectacle pour nous, rien que pour nous, moi j’appelle ça un luxe… » Je lui précise maintenant que le violoncelliste est au Japon et que donc… Là, c’est visible, il est un peu déçu. « Bon… c’est l’occasion de voir de ce que ce jeune homme a dans les tripes, c’est pas plus mal !»

Un peu plus d’une heure après, nous sortons de la salle, l’organisateur, son ami et moi. Je suis un peu secoué, faut dire. Lionel m’a étonné, surpris, ému. On est là tous les trois dans le hall toujours désert. On se regarde. L’organisateur cherche ses mots :

— Je vais vous dire quelque chose… J’ai cet après-midi appris une très… très mauvaise nouvelle… la mort d’un ami très cher… La perspective de venir à un spectacle, franchement… je vous avoue que je suis venu parce que j’avais promis… et là… je veux vous dire… Lionel… par sa présence, ses chansons, cette force de vie incroyable… c’est un petit miracle pour moi, vous comprenez ? Qu’il n’y ait eu personne… c’est comme un petit miracle pour moi… c’est merveilleux… en fait je ne pouvais pas espérer mieux pour aujourd’hui… C’est une magnifique soirée…

On dirait une parabole. Non ?

Quentin

Si je vous disais les voix...

Si je vous disais les voix, ce ne serait pas du tout pour me lancer dans une vague considération sur les phénomènes d’oreilles hallucinées de voix tombées des nues.

Si je vous disais les voix, ce serait pour vous raconter l’enregistrement des voix de Lionel sur l’album qu’on est en train de faire.

Enregistrer sa voix, c’est pas si facile. Et l’enregistrer sur un album, qu’on le veuille ou non, c’est un peu l’immortaliser. Pour peu qu’on ne soit pas très sûr de soi, à juste titre ou par excès de zèle, l’exercice est angoissant. Pour peu qu’on ne soit pas très sûr de soi…

Une fois exclue la simagrée — jamais le fait de vrais artistes — il reste que le doute est permis. Surtout quand il s’agit de livrer aux autres une part de soi qu’on voudrait la plus vraie, la plus juste, la plus touchante, la plus émouvante, et nonobstant sincère, authentique, véritable.

Il en va de l’art comme de la justice. Il y faut de l’intime conviction, devant quoi le doute, même raisonnable, s’efface. Une justice qui doute par principe et tout le temps, c’est une justice qui tôt ou tard ne fonctionne plus. L’intime conviction n’est pas infaillible, bien sûr, mais au moins elle rend la justice. L’artiste qui n’a pas d’intime conviction ne fera jamais rien qui vaille la peine qu’on se dérange. Et seul l’artiste qui possède une intime conviction — ou qui est possédé par elle — parviendra peut-être à nous descendre de notre train-train en route, ce pour quoi il est artiste.

C’est beau à voir, si vous saviez, un artiste, qui a une intime conviction, qui sait qu’il est à sa juste place, ce qu’il a dire, à faire, qui travaille en conséquence et qui finalement le dit et le fait. J’en ai tant vus se tripatouiller à longueur de temps les méninges pour à peine en jouir au bout d’un plaisir minable qui ne les satisfaisait pas, et qui s’en jugeaient perfectionnistes… (Pas de méprise : j’ai rien du tout contre la masturbation, qu’elle soit intellectuelle ou non ; je rappelle seulement que c’est un exercice stérile, qui ne devrait jamais concerner que le masturbateur lui-même, alors que, en matière artistique, le masturbateur généralement nous les casse à la seule fin abusive qu’on prenne sa vessie pour notre lanterne).

Tu vois Lionel en studio, comme sur scène, tu jurerais qu’il a fait l’école du cirque. Et là, attention, c’est le plus beau compliment que je puisse faire à un chanteur. Tiens, tous nos chanteurs-chanteuses devraient faire cette école. Du clown au trapèze, du funambule au dompteur, tous au cirque. Pas de triche possible quand t’es clown, trapéziste, funambule ou dompteur.

Lionel a posé ses treize voix en trois séances. Trois ou quatre prises à chaque fois, jamais plus. Et jamais content qu’on lui propose de corriger un petit défaut par une légère pirouette technique. Et pas du tout regardant sur la qualité de sa voix ou la beauté de son timbre. Il s’en fout et ne lui en parlez pas, ça l’énerve… Un peu comme si vous faisiez remarquer au funambule qu’il est bien coiffé. Avouez que ce serait concon.

Parce qu’il a cette intime conviction dont je vous causais tout à l’heure. Comme le clown, le trapéziste, le funambule ou le dompteur. L’intime conviction viscérale du bébé qui vient au monde. C’est la même, cherchez pas. Ça se demande pas du tout ce que ça fout là. Ça aura besoin que le monde l’accepte, bien sûr, et ça fera des risettes pour ça, normal, mais pas plus, croyez-moi ; ça existe et pis c’est tout !

Il a tout de même eu une difficulté, je dois dire, Lionel en studio. La Rue des Oiseaux. Difficulté qu’il avait d’ailleurs prévue, et en conséquence de quoi il avait placé la chanson tout à la fin des enregistrements.

Evidemment parce que c’est la chanson la plus personnelle de son répertoire. Et que Lionel est très très pudique…

Pudique ? Lionel ? Avec tout ce qu’il déborde d’émotions quand il chante ? Pudique ?

Oui, pudique. Sans quoi ce qu’il fait ne serait pas de l’art. Seulement un étalage indécent.

Oui, pudique. Très.

Un Artiste, je vous dis.

Un Sacré Artiste.

Et mes mots sont pesés.

Et dire qu’il va me falloir, dans quelques semaines, aller en convaincre des types affalés dans des fauteuils qui vont me dire un sourire en coin qu’ils voient des artistes tous les matins et que bon la crise du disque et pis déjà la crise tout court…

J’avais réussi à en convaincre un d’au moins venir voir Lionel en spectacle lundi dernier. J’étais content, tranquille. Parce que voir Lionel en spectacle, même si t’es sourd ça le fait.

Le mec n’est pas venu. S’est décommandé par un mail très gentil et désolé.

Faut pas que je m’énerve. En quoi ça servirait le talent de Lionel et en fin de compte la chanson française que je finisse ma vie en taule pour homicide volontaire ?

Encore que… vous me direz… au moins on en parlerait… oui m’enfin bon…

Remarquez, déjà rien qu’avec ça, les mecs que je vais voir dans quelques semaines, s’ils viennent sur le blog, vont au moins éviter le sourire en coin…

Enfin y a vous… de plus en plus nombreux… sur ce blog. Je le sais, j’ai un secret radar qui vous compte…

Heureusement que vous êtes-là… Vous.

À très bientôt

Quentin

Naissance du label LEGROSCAMION PROD !

Ça y est : après une gestation de plusieurs mois, nécessaire à son développement embryonnaire (et surtout administratif…), nous avons la joie de vous annoncer la naissance du label LEGROSCAMION PROD.

Aujourd’hui immatriculé (c’est ce qu’on appelle l’immatriculée conception et ça se fait au Registre du Commerce et des Sociétés…), LEGROSCAMION est déjà sur la route, avec à son volant M. Quentin Lamotta lui-même. Un vieux routier à qui on la fait pas.

La première étape de son voyage qu’on espère très long et plein de surprises, c’est mon premier album, que je suis très fier d’enregistrer en ce moment, dans un p’tit studio tout sympa bien caché au coeur du village Saint-Paul (un quartier de Paris que je vous encourage à découvrir si vous ne connaissez pas).

A tous ceux qui ont répondu présents et qui sont aujourd'hui nos associés dans l’aventure : un grand MERCI pour votre confiance. C’est de l’essence dans le réservoir, et là on a déjà de quoi faire quelques kilomètres…

A très vite sur les routes (enfin pas trop vite non plus, s'agit pas de se faire arrêter ! ),

Lionel

contact LEGROSCAMION PROD : Quentin Lamotta ou 06 60 38 08 12

Si je vous disais le studio...

Si je vous disais le studio où nous avons commencé l’enregistrement de l’album, il faudrait que d’abord je vous dise le Village Saint-Paul… Un truc dont tous les parisiens ont entendu parler sans jamais y avoir mis les pieds. Et c’est dommage parce que c’est justement un village réservé aux piétons.

Pas un moteur à essence dans ce village-là, des ruelles, des boutiques discrètes et rares, des façades blanc propre, du pavé, un sapin qu’on se demande quel bon vent lui a semé la graine ici, et à côté pas loin, justement, le studio qui pourra plus tard se vanter d’avoir enregistré le premier album de Lionel Langlais…

Enregistrer un album — faut que je vous explique — ça se fait en 3 temps. D’abord enregistrer les instruments et les voix, ensuite mixer tout ça, et pour finir « masteriser ».

Chaque instrument et chaque voix sont enregistrés séparément. Par commodité. Pour éviter d’avoir à tout recommencer dès la première note un peu faussée.

Plus tard, le mixage, c’est quand l’ingénieur du son tripatouille des heures et des heures tous les boutons et les manettes qu’il a devant lui pour que les sons de chaque voix et chaque instrument se tissent entre eux un peu comme des fils de soie dans un tissu pas donné.

Le « mastering » consistera à fabriquer à partir du mix terminé un « master », c’est-à-dire la bande référence à partir de laquelle on va ensuite graver les CDs.

Là, j’ai une très sérieuse confidence qui me vient et que je vais vous faire, je le sens... Je sais pas du tout si Lionel et le reste de l’équipe m’autoriseraient une pareille indiscrétion, mais je vais lâcher le gros bout. Si, si. Tenez-vous bien, mesdames et messieurs, je vais vous donner les titres qui seront sur l’album de Lionel Langlais !!!

Let’s go dans l’eau — Ma vraie vie — Le mal par les mots — In extremis — La rue des Oiseaux — Ta Sophie — Le chat looké matou rappeur — Toutes les hommes sont belles — Sous des fleurs et du vent — Ah ! La vie — L’amour enfin — Y’a des jours — Le gros camion

Et voilà je l’ai dit ! Attention, ils sont là dans le désordre. Pas pour vous embrouiller. Mais parce que l’ordre, ça se décide au tout dernier moment. Comme pour un concert.

Hein ? (…) Treize titres ? Treize ??!! (…) Mais non — vous m’avez fait peur — 12 chansons et un texte !

Autre confidence pendant qu’on y est : Michaël Bauswein, le photographe qui conçoit tous les visuels de Lionel, est venu au studio faire les photos de l’album. C’était, raisonnablement parlant, un peu tôt. Mais Michaël se taille en Thaïlande au moins six mois et on n’avait donc pas le choix.

Que du noir et blanc, les photos. Evidemment. (Ceux qui voient pas pourquoi n’ont qu’à lire les billets précédents, je peux pas non plus passer mon temps à me répéter pour attendre des retardataires au risque d’emmerder gravement les fidèles toujours à l’heure). Pas loin du sapin, on a posé. « Pas si près non plus » dirait Michaël qui ne pense qu’en jeu de mots.

Quand je dis qu’on a « posé » je parle pour Seyo (l’ingénieur du son) Guillaume, Simon, et moi qui vous cause. Parce que, concernant Lionel, on ne peut pas dire — au risque de dénaturer totalement le mot — qu’il a « posé »…

C’est plutôt Michaël qui a dû « poser » son appareil quand il s’est agi pour lui de fixer sur une pellicule Lionel dans le cadre d’une porte. Il fallait bien que quelque chose soit fixe dans cette histoire pour que l’objectif de l’appareil continue de l’être… objectif… Et c’est là qu’on voit le talent du photographe — un talent qui confine au génie — c’est quand on regarde la photo : Lionel est cul par-dessus tête, c’est le cas de le dire, or la photo n’est pas floue…

Vous jugerez par vous-mêmes. La photo sera à l’intérieur du livret. Une raison de plus d’acheter l’album.

En parlant d’album, je vous ai pas dit grand-chose du studio… Je reconnais… Mais c’est qu’il n’y a pas grand-chose à en dire !

Simon a mis ses sons de guitares sur les chansons. Un bonheur à voir autant qu’à entendre. Après, Guillaume a joué de son violoncelle, et Seyo, l’ingénieur, a pris tout ça avec des micros plus ou moins bizarres.

Ah si ! Une chose quand même : à côté de Seyo, il y avait Elton. Un musicien, avec une oreille surprenante, et capable lui aussi de balader, sans qu’elles se perdent, ses mains sur les manettes. Je le voyais qui observait beaucoup Lionel… Un moment, il se penche vers moi :

— Lui, je crois que c’est le Brel de notre génération… Ce gars, il est entier, il donne tout… C’est le Brel de notre génération…

J’ai beau le savoir depuis plus de deux ans, les larmes m’en sont venues aux yeux…

Pour l’instant, on a suspendu le studio jusqu’au 6 novembre. Ce jour-là, à 16 heures, Lionel commencera à « poser ses voix ».

Je penserai à vous.

Quentin

Si je vous disais LA rencontre...

Si je vous disais LA rencontre, je vous dirais la première fois que Guillaume, Lionel et Simon ont joué ensemble.

C’était évidemment pour préparer l’album et ça se passait chez moi. Le plus difficile a été de trouver les quelques heures possibles en journée. Ce fut fixé le jeudi 24 septembre à 12h. Lionel arriva à 11h, Simon à 13, Guillaume à 14.

Les instruments sortis des étuis, après les parlottes d’usage, on était dans le vif du sujet. Il s’agissait d’abord de présenter dans le détail à Simon chacune des chansons choisies pour figurer dans l’album.

Simon était venu – je vous l’ai dit ici – écouter Lionel et Guillaume au Nesle. Il lui fallait maintenant étudier de plus près les chansons, dans leur structure, et envisager comment insérer ses guitares dans les histoires qu’elles racontent.

Pour tout vous dire – je suis là pour ça – Simon n’est pas favorable à un long travail de préparation avant l’entrée en studio. Au contraire, il préfère largement la spontanéité de la découverte, la fraîcheur d’une interprétation toute neuve. En fait il aime se surprendre, s’amuser, ça se voit. Il redoute, je crois, de devoir un jour se retrouver à jouer sans plaisir. C’est un extraverti, qui privilégie la sensation, un nerveux, un pressé, Simon. Tout le contraire de Guillaume. Lui c’est un lac. Et y'a jamais le feu au lac, c’est bien connu. Lionel, c’est les deux en un. D’une patience infinie quand ça l’arrange (donnez-lui un coup de pied, il vous le rendra un jour ou l’autre, il a tout le temps…) et d’une impatience caractérielle quand ça le dérange (évitez de caler devant lui quand le feu est au vert si vous n’aimez pas qu’on dise du mal de vous…).

La toute première fois où Simon a fait sonner ses cordes avec celles de Guillaume sur la voix de Lionel, il était 15h22. Je le sais, j’ai regardé ma pendulette. Et tout de suite j’ai su qu’on ferait l’album qu’on voulait faire.

Justement parce que Simon c’est le feu, Guillaume le lac, et que ces deux natures sont en Lionel. C’est l’union des contraires qui fait la force de vie. Pas leur opposition. C’est sur ce thème, qui est aussi, je crois, tout l’enjeu de notre époque, que nous avons conçu sans trop nous en apercevoir l’album ici en gestation. C’est pourquoi sans doute il sera en noir et blanc. Parce que l’union des contraires, c’est le noir et blanc, pas le gris. Le gris c’est la confusion.

« Mais la couleur ? »… vous me direz.

Nous sortons d’une époque de 30 ans où dans tous les domaines nous avons franchement abusé de la couleur. Je parle au propre et au figuré. De la couleur, à nous en saturer la cervelle. Une époque haute en couleurs. C’est ce qu’il en restera. Vous verrez. Avec beaucoup d’audaces, beaucoup d’idées, mais tellement d’inepties et de fausses joies… que je vous en prédis une époque « noir et blanc ». Comme le costume de Lionel et comme son album à venir.

Au fait : nous allons entrer en studio dès le 16 octobre, pour que Guillaume, qui doit s’absenter pas mal d’ici novembre, puisse enregistrer toutes ses parties de violoncelle.

Je vous en dirai tout. Au fur et à mesure. Presque au jour le jour. En confidences.

Portez-vous bien.

Quentin

Si je vous disais X Factor...

Si je vous disais X Factor, évidemment ce serait encore pour vous parler de Lionel. Car il y a un rapport entre X Factor et Lionel Langlais. Ultra confidentiel, le rapport. Classé top secret défense d’en parler.

Il y a, j’en fais le pari, entre vous qui êtes de plus en plus nombreux à fréquenter ce blog et moi qui vous parle comme au creux de l’oreille, maintenant suffisamment de connivences : vous ne répéterez pas ce qu’aujourd’hui je vais ici lâcher.

Tout d’abord - pour ceux qui l’ignorent - X Factor, c’est une émission de télé. Qui va tenter de s’installer sur W9 et qui, comme tant d’autres depuis 50 ans, mise sur la découverte de jeunes talents.

Début juin, je crois, par mail Lionel est sollicité pour poser sa candidature et participer au casting. Surpris mais totalement convaincu que jamais il n’ira fourvoyer son jeune talent dans cette merdique aventure, il se tourne vers moi, par principe, histoire que j’entérine sa décision de mon tampon managérial.

Il se trouve - on ne saura jamais pourquoi - que ce soir-là l’occasion m’amuse et que je ne vois aucun inconvénient à la saisir franchement. Bien au contraire. Au fond je suis surtout d’avis qu’il ne faut jamais refuser de pousser un peu du pied une porte qui déjà s’entrouvre toute seule ; histoire d’aller y voir. A la condition que Lionel reste lui-même et ne fasse rien qu’il désavoue au fond, plus j’y réfléchis moins je ne vois l’intérêt de refuser cette proposition.

On en discute. Et finalement il se range à mon avis.

Tout se fait par Internet. Le rendez-vous est fixé un matin de septembre à 8 heures à l’hôtel Mercure de la porte Saint-Cloud. On nous dit qu’il s’agira de chanter une ou deux chansons a capella et on nous prévient qu’il serait prudent de prévoir des sandwiches.

Effectivement il y a déjà du monde quand on arrive. Facilement 200 personnes. On nous remet un numéro de passage et un accord préalable à signer. Il s’agit d’un règlement assez complet qui stipule dès le début que tout se déroulera en 4 phases visant à écrémer les candidats jusqu’à n’en retenir que 12. Un détail attire tout de suite l’attention de Lionel : dès la deuxième phase, le candidat s’engage à chanter ce qu’on lui demande et à contresigner les éventuelles propositions de contrat de management et/ou de disque.

Pour Lionel, tout s’arrête là. Il est 8 huit heures du matin, il est en costume de scène sur un parking d’hôtel, il fait froid, il vient de traverser Paris pour rien, la plaisanterie pas drôle a assez duré, on rentre.

J’avais, vous vous doutez bien, tout particulièrement préparé cette journée dont je savais qu’elle serait pleine de rebondissements et de tensions. On ne se lance pas dans une telle entreprise - faire poireauter Lionel pendant 5 ou 6 heures - sans se douter qu’il va y avoir un moment ou l’autre du grabuge.

Il a signé les papiers, avec agacement et parce que je lui affirmais mordicus que les clauses qui l’ennuyaient n’avaient aucun impact juridique réel.

Je l’ai installé confortablement sur une banquette d’un café tout proche et il s’est détendu un peu à regarder les autres candidats, en tournage extérieur devant l’hôtel, jouer les figurants excités derrière Alexandre Devoise enregistrant le lancement du futur générique.

J’aime que Lionel soit de temps en temps confronté à des situations un peu stressantes et qu’il parvienne à les traverser avec une certaine grâce. Pour un artiste, les auditions, les castings, les plans un peu foireux… ce sont autant d’occasions de se connaître, de tester la solidité de ses motivations, l’élasticité de son talent, l’efficience de sa technique, la vitalité de sa foi en lui…

Vers 16 heures, très concentré mais parfaitement détendu, il attendait son moment. Il savait qu’il allait chanter In Extremis, un titre pas facile, qui demande une grande intensité dans l’interprétation et une dextérité vocale pour les passages rapides en voix de tête. Et si jamais on lui demandait un autre titre ? Ce serait Le Gros Camion…

A 17 heures son tour arrive. On lui colle un gros adhésif sur la poitrine, façon « on achève bien les chevaux », un truc énorme qui l’oblige à ôter veste et cravate. Il ressemble maintenant à un garçon de café numéroté et je me dis que ce pourrait être là la goutte d’eau…

Non, Lionel cette fois m’épate carrément, garde son calme et monte sans se presser à l’étage qu’on lui indique.

Ils sont trois dans une pièce, trois trentenaires plutôt sympas. Celui du milieu, qui a l’air de diriger les opérations, demande à Lionel ce qu’il compte chanter.

- In Extremis… un texte de Quentin Lamotta et une musique… ben de moi…

- On aurait préféré une reprise…

- Je ne chante pas de reprises…

- Pardon ?

- Je ne chante que des chansons de mon répertoire…

Les trois gars se regardent. Se marrent un peu. Le trouvent visiblement gonflé :

- On peut savoir pourquoi vous participez à ce casting de X Factor… ?

- Pour faire connaître mon répertoire… et moi avec…

- Vous vous sentez capable d’apprendre une reprise en quelques heures et de la chanter en direct à la télé ?

- Oui, bien sûr, sans problème…

- Et vous accepteriez, donc…

- Quoi ?

- Eh ben… de chanter une reprise…

- Ah non… ça je refuse…

Là, le gars s’énerve quand même un petit peu…

- M’enfin vous savez quand même ce que c’est comme émission, X Factor !

- Non pas exactement… en fait non, j’en sais rien…

- Vous vous voulez dire que vous attendez en bas depuis ce matin 8 heures pour participer au casting d’une émission que vous ne connaissez pas !?!

Lionel commence lui aussi à s’énerver un brin. Peut-être l’autre le sent-il ?

- Bon, chantez nous votre truc… mais vous avez intérêt à être bon…

Lionel commence : « une fille à bras tentaculaires m’a pris la tête et laissé pour mort à Venise… »

Les trois gars se regardent un peu surpris, et ils écoutent…

- Pas mal… dit celui qui parle, quand Lionel a fini. Mais pourquoi vous voulez pas faire des reprises ?

- Parce que j’ai un répertoire…

- Et vous pouvez nous laisser quelque chose ?

Lionel leur distribue trois flyers annonçant son spectacle au Darius Milhaud.

C’est qui, lui, derrière ? demande le gars en pointant la photo.

- Guillaume Bongiraud, mon violoncelliste… Vous voulez que je vous donne une maquette ?

- Ah vous avez une maquette ? Oui bien sûr, on va écouter ça…

Lionel est redescendu de là tout sourire.

C’était son premier casting. Peut-être le dernier. Et il était ravi. Moi aussi.

Fallait que je vous le dise.

Portez-vous bien…

Quentin

Si je vous disais LA chanson...

Si je vous disais LA chanson… celle qu’on écrira peut-être jamais, celle qu’on cherche tout le temps, qui manque, la magique, la miraculeuse, pas forcément la plus belle, ni la plus intelligente, loin de là même, souvent… mais LA chanson… qui t’ouvre et pour longtemps la porte verrouillée du succès d’un gros coup d’épaule baraquée… LA chanson que tout chanteur rêve d’un jour avoir à son répertoire.

Est-ce qu’elle est déjà écrite, LA chanson de Lionel Langlais ?

Pas impossible. J’ose à peine le dire, tellement ce serait fou à entendre - mais avec vous j’ose tout : il n’est pas impossible que LA chanson de Lionel Langlais soit déjà écrite.

Je sais c’est énôôrme !... Et moi-même j’en tremble, rien qu’à m’entendre vous le dire… Parce que, rendez-vous compte, si j’ai raison, si jamais j’ai raison, qu’estque-c’que ça roupait tien roubladire ?… j’en bafouille… qu’est-ce que ça pourrait bien vouloir dire ??

D’abord, qu’il faudrait qu’on se calme… à commencer par moi d’ailleurs… Et ne rien dire à Lionel… Rien du tout… Le laisser continuer tranquille comme si de rien… Ne rien dire à Lionel ?... Vraiment ? Non non, ne rien lui dire… Lui laisser sa candeur, sa fraîcheur… De toute façon, chien fou comme je le connais, il serait capable de tout bousculer les quilles du jeu…

Il faut que ça reste entre nous… Entre vous et moi… Vous me direz, si LA chanson est écrite, autant le faire savoir et la chanter sur tous les toits !! Pas aussi simple, mes chers amis, pas aussi simple ! Il va nous falloir inventer le carré circulaire… si vous voyez ce que je veux dire… Car enfin le problème dûment posé a priori s’énonce ainsi : comment faire connaître LA chanson destinée à faire connaître Lionel Langlais ?

Nous y voilà : c’est la différence entre une chanson et LA chanson. Une chanson, elle fait partie d’un répertoire qui lui-même est intégré à un patrimoine, elle a son petit caractère à elle, ses qualités, ses défauts, et elle fait son petit bonhomme de chemin et voilà tout. Un peu comme nous tous sur cette terre, vous remarquerez.

Mais LA chanson, c’est tout autre chose… c’est elle qui fait connaître son interprète et le plus souvent le dépasse ; elle transcende tout, le temps, l’espace, les langues… Elle s’impose. A tous et tout le temps.

Toutes les chansons ont une histoire. Je suis bien placé pour le savoir : c’est le titre d’un spectacle que je viens de co-écrire avec mon ami Frédéric Zeitoun et qui sera pour un mois à l’affiche du Trianon à Paris à partir du 22 septembre.

Toutes les chansons ont une histoire. Mais LA chanson a un destin. Je peux pas vous dire mieux.

C’est bien beau tout ça, mais on fait quoi pour Lionel ?...

Puisque la franchise et la confidentialité sont les deux piliers de l’amitié qui nous abrite vous et moi, je vais être franc avec vous. Et vous faire une confidence : je n’ai rien dit à personne sur LA chanson en question. J’attendais justement de vous en parler en premier.

Après tout, si vous êtes là, c’est que vous vous intéressez grandement à Lionel, et ce serait donc bêtement vous désobliger que de ne pas vous demander, à vous, précisément à vous, la confirmation de ce que je pressens.

En revanche, je ne peux évidemment rien vous dire de plus sur LA chanson de Lionel. Ce serait risquer de fausser votre jugement. Je peux seulement vous dire qu’elle est dans le nouveau concert qu’il donne actuellement le samedi au Darius Milhaud.

Dans un premier temps, gardons le secret, si vous voulez bien. A la fin du concert, ou ici par mail, faites-moi savoir discrètement lequel des titres aujourd’hui interprétés par Lionel vous semble indubitablement être LA chanson… J’insiste sur « indubitablement ».

LA chanson, quand c’est elle, c’est comme un coup de foudre en amour, c’est là et c’est tout.

De mon côté, et en toute confidentialité c’est promis, je vous dirai si on est d’accord, vous et moi…

Et s’il s’avère que LA chanson fait comme il se doit l’unanimité, alors on le dira à Lionel et on en fera LE single gagnant de l’album à venir…

En attendant…….. chut !

Et bonne semaine à vous.

Quentin

Si je vous disais le Darius Milhaud...

Si je vous disais le Darius Milhaud… je commencerais par vous dire que c’est la première fois que Lionel s’installe durablement dans un lieu pour y chanter. Il y sera du 22 août au 30 novembre. D’abord tous les samedis, et en novembre le lundi. Et c’est pendant ce même trimestre qu’il enregistrera son premier album ! Ceux qui lisent dans les astres devraient normalement trouver ces jours-ci dans le ciel de Lionel un savant ballet d’étoiles en préparation et, derrière, un chorégraphe plutôt bien inspiré…

Le Darius Milhaud c’est d’abord un petit lieu sympa, des gens qui s’en occupent vraiment, qui sont au service des artistes et donc du public. Et Lionel va y présenter son nouveau spectacle. Je dis nouveau parce qu’on a écrit trois chansons cet été. Ah ben si, comme Lionel ne veut – à juste raison je trouve – pas du tout rallonger la durée de son tour, c’est du coup trois autres chansons qui dégagent… Lesquelles ?… Je ne suis pas censé vous le dire mais bon, confidence pour confidence, les nommées sont (roulement de tambour) : Bientôt 30 ans Elle se fait tirer Ma destinée. Et c’est sans appel. Inutile d’insister, vous le connaissez, c’est plus difficile de lui ôter une idée de la tête que de retirer une pièce d’un horodateur.

Vous me direz, trois chansons nouvelles, c’est pas ça qui change un concert. Si, justement. A condition de poser comme règle fondamentale que le but premier du jeu c’est que le public ne s’emmerde pas deux secondes, composer l’ordre d’un spectacle, c’est tout un art. Alors oui, finalement, les nouvelles chansons ont tout chamboulé. Et nous avons dû trouver de nouvelles présentations.

Car Lionel n’imagine pas qu’il pourrait entrer en scène et en sortir sans avoir quasiment rien dit entre les chansons. Il faut qu’il cause. Pas tout le temps, mais quand même. Sans ça il aurait l’impression de faire la gueule. Comme partager un repas en silence. Pas parler la bouche pleine, il veut bien, mais la fermer entre les plats, c’est trop lui demander.

C’est justement ce matin qu’on a travaillé les nouveaux textes de présentation. Des vrais sketches. En gros, il me propose des choses, je fais le tri, et si ça lui va je développe.

C’est drôle comment il fonctionne. Et c’est encore une confidence que je vous fais là : c’est comme s’il avait comme qui dirait trois ateliers en tête. Un atelier confection, un atelier gravure, un atelier répétition. Dans le premier, il met au point, cherche, tâtonne, tatillonne et quand il est content il passe à l’atelier gravure. C’est là qu’est le problème. Parce que là, comme indiqué sur la porte, il grave. Sur son disque dur. Et souvent trop tôt. Du coup il passe à l’atelier répétition et on s’aperçoit qu’il faut changer quelque chose… un détail… un accord de guitare, un bout de phrase, un mot… Et c’est impossible, c’est gravé. Il faut casser le moule, tout reprendre depuis le début, réinitialiser le disque.

Et il est le premier à s’en énerver ! D’un énervement qui me fait rire, mais qui l’emporte, lui, bien au-delà du raisonnable. Guillaume pourrait en témoigner : une fois excédé par ce qui ressemblait à une rayure sur son cérébral disque dur, il a des deux mains attrapé sa guitare par le manche avec la manifeste intention de l’éclater sur le mur de ma salle à manger. Miraculeusement, à ce moment précis, il y eut comme un effet de ralenti. Le temps a dû s’allonger d’un quart de millième de seconde, je sais pas, et ça a dû provoquer un silence imperceptible à l’oreille mais suffisant pour que l’ange présent dans la pièce se glisse dans la faille, s’empare du bras plein de colère et le retienne in extremis.

Depuis Lionel ne s’emporte plus. Mais il n’en reste pas moins étrange.

Ce matin - il avait encore gravé trop tôt quelques phrases finalement à rectifier qu’il ne parvenait plus à corriger - il s’est soudainement arrêté, et m’a regardé, comme hébété : « je suis trop con… laisse tomber… je suis trop con… » Alors, la guitare doucement déposée, le plus sérieusement du monde, comme s’il faisait ses adieux au métier rassemblé, un peu façon Giscard quittant le pouvoir, il est sorti de la pièce, se tournant vers moi une dernière fois : « je suis trop con, j’y arriverai pas… »

Je suis évidemment resté sur ma chaise, plutôt très amusé, déjà m’imaginant samedi soir entrer à sa place en scène à 21h15 au Darius Milhaud pour dire aux gens : « Lionel ne viendra pas, il a abandonné la chanson, il s’excuse, il est trop con… »

J’avais même pas fini mon petit théâtre intime, il est repassé devant moi, sans un mot, comme si de rien n’était, il a repris sa guitare et sa chanson, et c’était parfait.

Et là je l’ai vu content. Plus que ça. Heureux. Vraiment.

Il est quand même bizarre, je me suis dit. En même temps, je devinais, je savais, là derrière, le désir de bien faire, de surtout pas décevoir, et puis l’attente, tous ces jour-ci, l’attente, un peu anxieuse, du public...

Trois mois au Darius Milhaud. Viendra, ou viendra pas, le public ?

Comme une métaphore de la vie, quand on se réveille au matin. Viendra, ou viendra pas, le bonheur ?

On n’en sait rien. Et c’est pas plus mal.

A la semaine prochaine.

Quentin

Si je vous disais le spectacle de Lionel Langlais...

Si je vous disais le spectacle de Lionel Langlais, je vous parlerais de « noir et blanc ». Je le sais depuis la semaine dernière où le gars chargé d’ouvrir des billetteries en ligne pour le spectacle de la rentrée au Darius Milhaud (à partir du 22 août jusqu’au 30 novembre) m’a demandé de revoir pour certains sites la présentation jusqu’alors en cours.

J’avais droit à cinq lignes minimum, huit au maximum. Voici ce que j’ai écrit :

Lionel Langlais se présente en scène costumé cravaté dans un noir et blanc impeccable. Guillaume Bongiraud, le jeune musicien qui l’accompagne, en a l’air presque négligé. On va vite apprendre qu’en fait il est de loin le plus pointilleux des deux. Jusqu’à lui faire répéter le moindre de ses gestes, et même ses trous de mémoire ! Spectateur, de confidence en confidence vous êtes vite embarqué au cœur d’une relation complexe et drôle. Et mine de rien, l’un au violoncelle l’autre à la guitare, ils vous donnent un spectacle complet où rien ne manque de ce que Lionel Langlais, en chansons tristes émouvantes ou gaies, est venu vous dire de son amour de la vie !

Rigolez pas… ça m’a pris trois heures !

Si vous avez déjà vu le spectacle, au moins reconnaissez que tout y est. A commencer par l’effet noir et blanc du costard-cravate.

C’est de ça dont je veux vous parler aujourd’hui. Pas du costume. Mais du noir et blanc. Je veux dire du contraste, plus exactement de l’utilisation des contrastes - des chansons, des situations, des émotions - dans le spectacle de Lionel.

Dès le tout début de notre travail de mise en scène, je n’ai pas envisagé Lionel autrement qu’habillé dans une tenue blanche et noire. C’était comme une évidence. De même que l’actuel visuel conçu par Michaël Bauswein a été réalisé en noir et blanc sans que nous l’ayions vraiment voulu mais parce que Michaël a, comme photographe, une franche prédilection pour le noir et blanc. Et plus on creuse le spectacle dans sa conception, jusqu’aux chansons, plus on fouille la réalisation, plus on y trouve de contrastes, involontaires, mais marqués.

Au point que je me demande, depuis que j’ai écrit ces quelques lignes sur le spectacle, si ce n’est pas autour de cette idée de contraste qu’il faudrait organiser le développement artistique de Lionel. Parce que tout simplement il est un être très contrasté.

C’est pas si courant ! Nous sommes tous, le plus souvent, un conglomérat de contradictions. Et nos contradictions se heurtent, se combattent. Les contrastes, eux, s’harmonisent, s’arrangent. Et, d’ailleurs, un être ouvertement contrasté n’apparaît jamais contradictoire. Au contraire, il assume une complétude. Une entièreté. Et, le plus remarquable, c’est qu’il semble finalement s’en dégager une morale.

Au fond - et c’est sûrement là que je voulais en venir - il en va toujours d’un bon spectacle comme d’une vie réussie : il s’en dégage une morale. Et, il ne faut pas s’y tromper, c’est justement ce que sans le savoir on cherche quand on contemple une vie réussie ou quand on va au spectacle : une morale.

A la semaine prochaine…

Quentin

Lionel Langlais en concert

Prolongations au Théâtre Darius Milhaud !!!

Je vous donne rendez-vous :

Tous les samedis 21h15 ( Sauf les 9 et 30 janvier, et le 6 février )
Tarifs : 15€ plein / 10€ réduit

Réservations au 01 42 01 92 26
ou sur www.theatredariusmilhaud.fr

Accès : métro ligne 5 station Porte de Pantin ou Bus 75, PC2, PC3 arrêt Porte Chaumont

Si je vous disais la maison...

Si je vous disais la maison à chansons… je commencerais par vous annoncer qu’elle sera un peu plus grande que prévu. On arrête la vente des parpaings le 20 août. On saura mieux à ce moment-là à quoi elle ressemblera, mais d’ores et déjà on sait qu’on sera loin de la cage à lapins…

En attendant je m’amuse, sans trop le montrer, à observer Lionel quand ça le prend…

Parce que depuis qu’on a lancé ce projet, de temps en temps ça le prend. Avant-hier soir, on dînait, ça l’a pris. Ne me demandez pas ce que c’est, j’en sais rien ! Il se met à secouer un peu la tête de côté comme s’il disait non à quelque chose, ou plutôt comme s’il hésitait à répondre à une question posée… j’évite de lui montrer que je le regarde et alors ça continue… manifestement il se parle… et il a pas l’air d’accord… jusqu’au moment où il s’agace, me regarde et me balance : « on n’a pas le droit de se planter ! on n’a pas le droit ! »

Je sais qu’il parle de la « maison », vu que depuis deux mois il ne parle que de ça ou de ses nouvelles chansons.

- Si, bien sûr que si… je dis. On a parfaitement le droit de se planter… tout le monde a le droit de se planter, nous aussi… on n’est pas au-dessus des autres…

Un coup de tête à gauche, un coup à droite, il coupe sa viande, n’enfourne pas le morceau, me fixe :

- Non ! On peut pas ! Tous ces gens qui nous font confiance, on peut pas, je suis désolé, on peut pas les décevoir !

- Evidemment qu’on peut… Il ne faut pas, on ne doit pas… mais on peut, on peut toujours…

Son coup d’œil m’a fait rire. Il visait seulement à s’assurer que je plaisantais.

Ceux qui sur scène l’ont vu entre deux chansons vite fait remettre un onglet sur le support en mousse installé sur le pied du micro, ont sans doute compris que pour Lionel les choses ont leur place. Ce qui vaut pour les onglets vaut pour les plaisanteries.

Le morceau de viande reposé dans l’assiette - signe chez lui d’une grande nervosité - j’ai eu droit à une émouvante tirade sur le sérieux de la situation, l’exigence avec laquelle il allait falloir s’occuper de la maison à chansons, l’obligation de toujours faire les bons choix, la nécessité de réussir le meilleur album possible…

J’ai vite réalisé qu’il se parlait à lui-même. Comme s’il se conditionnait. C’est ce qu’il est en train de faire ces jour-ci : petit à petit se préparer à une aventure qui sera longue.

Tout en l’écoutant, je pensais aux gens des maisons de disques. J’ai toujours déconseillé aux jeunes artistes de démarcher eux-mêmes les maisons de disques. Ils n’y trouvent généralement que des raisons de douter. Je connais bien le regard désabusé du gars qui écoute une maquette. Je me souviens d’une fois dans une boîte de disques, il y a déjà un bout de temps. Je présentais la maquette du troisième album d’une artiste qui les intéressait. Le gars écoute. Il est fatigué. Il n’est qu’onze heures du matin, faut dire. Je suis son premier rendez-vous, il sirote un café, et il écoute des chansons… bref, il fait un dur métier… Il écoute au moins 5 titres… Autant dire que je commence à sérieusement penser qu’il va les proposer en comité d’écoute…

- Très bien, il tranche. Vraiment bien. Mais bon…

- Mais bon quoi… ?

- Mais bon, pourquoi elle ?

- Pardon ?

- Je vous dis c’est bien, ça correspond à ce qu’on aime ici, on sait travailler ça, mais pourquoi elle… plutôt qu’une autre je veux dire ?

- Ok, mais pourquoi pas elle ?

- C’est sûr, mais bon… pourquoi elle ?…

- Et pourquoi Carla Bruni ? je lui dis…

- Tout à fait…

Je précise que Carla Bruni avait signé chez eux son premier album qui était en train de cartonner partout, sauvant in extremis et du même coup ladite maison d’une faillite annoncée…

- Carla Bruni c’est un coup de pot…, il me dit. Elle a gagné au Loto, c’est tout…

Le gars pensait sérieusement ce qu’il disait. Il n’était pas le seul à penser de même dans la profession. Et aujourd’hui plus que jamais, la règle, la logique de ce métier vue par les professionnels eux-mêmes, c’est l’échec, l’insuccès, la ramerie, la galère…

La réussite, le succès, c’est de la chance. Et, le plus souvent - comble de la perversion, je trouve - ils adorent expliquer aux débutants qu’il est plus réaliste de penser le succès comme un accident !

Lionel n’a encore jamais rencontré des gens de maisons de disques.

Il a la foi.

Je l’écoutais l’autre soir, le voyais le plus sérieusement du monde tirer les plans sur sa comète et s’emballer le cœur à déjà déjouer les pièges de la route…

Il a la foi. La certitude d’être à sa juste place. Comme les objets qui l’entourent.

Le gars de la maison de disques, je risque de le retrouver un de ces jours.

Si je le retrouve, je lui fais écouter les maquettes de l’album ?

Et s’il me dit : « oui, bon, d’accord, mais pourquoi lui ? » je le gifle ?

A la semaine prochaine

Quentin

Si je vous disais le public de Lionel Langlais...

Si je vous disais le public de Lionel Langlais… il faudrait que je vous précise d’emblée qu’il s’agit du public imaginaire de Lionel Langlais. Ce qui ne signifie pas qu’il n’existe pas, mais simplement qu’il existe dans la tête de Lionel Langlais, à supposer que l’imagination soit localisée dans la tête, ce qu’après tout aucun neuroscientifique ou micro-chirurgien n’a jamais su nous prouver.

Je pourrais vous dire la même chose du public de Cabrel ou de Renaud. Non pas que le public de Cabrel ou de Renaud soit dans la tête de Lionel Langlais, ah ça non, mais simplement que Cabrel et Renaud ont eux aussi un public imaginaire.

D’ailleurs, et c’est le fond de ma pensée, je crois que le vrai public d’un artiste est toujours imaginaire.

Les comiques les plus grands sont ici très exemplaires. Tous ils ont dans leur enfance un univers pas drôle et une maman soucieuse, vaguement dépressive, qu’ils se sont efforcés de distraire, de soustraire à sa mélancolie. Et cette fonction inconsciemment assumée au départ va leur devenir une vocation de comique. Et plus tard, souvent même jusqu’à la fin de leur vie, plus les problèmes de l’époque susciteront en eux les forces qu’ils avaient trouvées pour dérider leur mère, plus ils seront génialement comiques…

Il est très intéressant de savoir pour qui chante un chanteur au fond, je veux dire quel est son public imaginaire… Et les chanteurs eux-mêmes feraient mieux de s’en soucier. Car il arrive, et c’est souvent le cas, que le public imaginaire du chanteur ne coïncide pas du tout avec son public réel, celui qui achète ses places et ses disques. La situation de l’artiste est alors difficile : le succès est au rendez-vous, quelquefois même il est éclatant, incontestable, mais pourtant quelque chose cloche… quelque chose que souvent l’artiste et son entourage n’identifient même pas… et c’est quelque chose qui leur pourrit gravement la vie… Ils vont alors immanquablement tenter de se réfugier davantage dans leur imaginaire, se couper des autres, et forcément en devenir irascibles, insupportables…

On n’en est pas là avec Lionel, vous me direz. N’empêche que, le plus souvent sans le lui dire, je me préoccupe beaucoup de savoir pour qui il chante vraiment. Après tout, comme c’est la fonction première de l’artiste que de changer le réel avec son imaginaire - et non pas de le fuir - alors oui, je compte bien que Lionel un jour ou l’autre saura remplir les salles avec le public qu’il a dans la tête.

C’est un public populaire, qui se paie pas de mots et qui triche pas avec ses émotions.

A ce propos, il y a une anecdote que j’ai quelquefois racontée à Lionel, et qui est pour moi très significative de ce que vit un artiste accompli, je veux dire qui ne souffre pas du tout d’un décalage entre son public imaginaire et son public réel.

Il s’agit de Bruel. J’avais à l’époque été invité à venir le voir parce que j’écrivais pour Judith Bérard, une chanteuse québécoise qui assurait sa première partie. Dans la loge de Judith, quand Bruel est venu nous voir à la toute fin de la soirée, je lui ai fait part d’une scène que j’avais trouvée très touchante : dans la salle du Zénith, pendant les rappels, une femme d’une quarantaine d’années, qui se trouvait là, pas loin, adossée à un pilier, pleurait doucement. Sur ces mots, j’ai instantanément vu les yeux de Bruel se brouiller de larmes. Il m’a remercié de lui avoir dit ça, et m’a confié « pour moi aussi, c’est très dur de les quitter… »

J’ai beaucoup aimé ça.

Lionel est encore très très loin de remplir des Zénith… Mais il est déjà tout à fait capable de se fâcher si vous laissez traîner ici ou là à sa portée d’oreilles une réflexion désobligeante sur SON public…

J’aime beaucoup ça.

A la semaine prochaine !

Quentin

Si je vous disais ce qui se prépare...

Si je vous disais ce qui se prépare, je serais tout proche de l’indiscrétion, c’est sûr, mais, plus grave encore, je risquerais une imprudence, un excès de vitesse…

C’est qu’il s’agit de ne pas aller trop vite. Ni d’ailleurs trop lentement. Être dans le tempo, c’est la sagesse. Attendre le bon moment. Les anciens, les très anciens, nommaient le bon moment le kairos, le moment propice.

J’ai quelques jours d’avance sur le kairos, on va dire. Lionel ne m’en voudra pas, je pense. Enfin, à condition que je ne vous dise pas tout, non plus. Dans ce cas, je me demande si ce ne serait pas, en plus d’une imprudence, une sorte de délit d’initié…

Je peux vous dire au moins, sans risque de me tromper et sans rien du tout compromettre, que tous ceux d’entre vous qui figurent sur le fichier « public » de Lionel vont recevoir de Lionel, dans les jours qui viennent, à mon avis début de semaine prochaine au plus tard, un mail… un mail qui leur annoncera quelque chose… quelque chose qui sera comme une offre…

Admettons, par exemple, que Lionel décide de construire… une maison… un lieu où il serait chez lui… Par exemple, il se lève un matin et se dit tiens si je bâtissais une maison… pour y vivre…

Mais non ! Je ne suis pas du tout en train de vous dire que Lionel a l’intention de se faire construire une baraque pour y habiter avec vous ! Il habite un appartement, un petit appartement, il y est locataire, s’y trouve bien, et n’a pas l’intention de changer quoi que soit à ça !

La maison, c’est une métaphore ! Et quand je dis que Lionel aimerait y vivre, je veux dire y vivre à sa manière… en chansons… évidemment… Que ceux d’entre vous qui ont des oreilles entendent et l’expliquent aux autres, ce serait bien aimable pour les autres et pour moi…

Donc, un matin, il se dit tiens je vais bâtir une maison de chansons… De là, forcément il se dit que l’idéal ce serait quand même que la maison elle appartienne aussi à son public… Forcément il se dit ça, parce qu’il n’a pas du tout le goût de la « propriété moi-je »… Et partant de là, l’idée se développe toute seule d’une maison collective où du public à Lionel pourrait décider au moment de la construction d’apporter une pierre, ou une fenêtre, une poignée de porte, un mur, un clou, une charpente, un tiroir, un escalier, enfin ce qu’on voudra et comme on pourra… hein ? des ardoises et des tuiles ? Non, dans les maisons métaphoriques, les ardoises et les tuiles, c’est pas utile.

Anxieux comme je vous connais, vous devez sûrement vous demander si vous allez ou non recevoir le susdit mail de Lionel. Autrement dit, si vous figurez sur sa liste « public ».

Pas de panique, n’allez pas encore une fois verser dans l’hystérie, l’agressivité ou la déprime, tout est sous contrôle, rien n’est à craindre à l’horizon, je reste sur le pont, et de toute façon vous savez bien que je vous dis tout.

Si chaque semaine vous recevez le mail vous prévenant de la parution de mon billet sur ce blog, alors vous pouvez fièrement vous vanter de figurer au « fichier public de Lionel Langlais ». Vous y êtes environ 250.

Que les autres nullement ne s’alarment et veuillent bien réfléchir avant : pourquoi Lionel chercherait-il lui-même à restreindre son public en limitant l’accès à son fichier ?

Mais, me demanderez-vous certainement, peut-on figurer dans le fichier public si on n’a jamais vu, de nos yeux vu, Lionel Langlais en spectacle ?

La réponse est………………………………. OUI !

Pour figurer dans le fichier public il suffit de le demander. C’est tout.

Même si votre motivation est des plus louches (je pense à cet artiste dit « de la nouvelle scène » et récemment démasqué, qui anonymement et sous-couvert d’un pseudo ridicule figure encore au fichier, certainement dans le seul but d’espionner incognito et jour à jour la progression de Lionel), même si votre motivation est des plus louches, disais-je, il vous suffit de répondre à ce billet pour demander et obtenir votre inscription.

Là, d’un coup, je ne sais pas si vous vous rendez bien compte de ce que ça veut dire « le public », pour Lionel… Je ne suis pas bien sûr…

Justement, j’avais l’intention de vous en parler un jour ou l’autre. Finalement, ce sera la semaine prochaine.

D’ici là, portez-vous bien.

Quentin

Si je vous disais la mobylette de Lionel Langlais...

Si je vous disais la mobylette de Lionel Langlais… vous seriez persuadés que je vous invente une gentille histoire, vaguement allégorique, une sorte de parabole à seule fin de promouvoir la ténacité invraisemblable, presque comique, du bonhomme Langlais.

D’autant que personne autour de lui, jamais, n’a entendu parler de cette histoire de mobylette ! Même pas ses tout proches ! Que moi ! Et encore, il n’y a pas longtemps que je suis dans cette confidence-là. A peine quinze jours. Avant, Lionel était le seul à savoir ça. Enfin lui et son voleur, bien sûr…

Ah ben oui, dans la parabole il y a aussi un voleur. Lionel, sa mobylette, et son voleur, ce serait le titre de la parabole.

Au début, il faut juste imaginer une fin d’après-midi et Lionel à dix-sept ans assis sur une mobylette orange et noire, un casque sur la tête. Sa mobylette, c’est pas rien. C’est l’une des choses les plus essentielles pour lui à cette époque-là. Il ne peut concevoir l’idée même qu’on puisse l’en séparer. C’est de l’ordre de l’impensable. Sa mobylette, c’est… tout !

Et qu’on n’aille pas imaginer une perversion sexuelle ou un complexe affectif mal résolu. On serait loin du compte.

L’explication vraie est beaucoup plus déroutante, et de loin : Lionel est apprenti-électricien, il habite à Louviers, son lieu d’apprentissage est à plusieurs kilomètres de là, pas loin du Val de Reuil ; sa mobylette, c’est pas un jeu d’ado boutonneux, ou un truc à frime débile, c’est comme qui dirait son moyen de locomotion indispensable pour pas être en retard au boulot le matin !!

Ne doutons pas qu’un jour - Lionel enfin parvenu à la notoriété qui l’attend - dans une Sorbonne quelconque un thésard, ou dans un CNRS un chercheur pas mécontent d’avoir enfin trouvé un motif original de dépenser utilement notre pognon, creusera ce mystère jusqu’à un fond d’où l’on pourra par en-dessous apprécier autrement l’œuvre de l’artiste.

En gros, en très gros, dans sa tête à lui de l’époque, imaginer qu’on lui pique sa mob, c’est à peu près aussi impossible que pour un parisien d’imaginer qu’on lui pique son métro…

Ce jour-là à Louviers, en fin d’après-midi assis sur sa mobylette, Lionel voit d’un coup débouler sur lui un gars qui l’attrape, le déboulonne de là, lui donne des coups de poing sur le casque et lui pique sa mobylette.

Lionel est totalement paniqué, il ne s’est jamais battu encore, il ne sait pas se défendre, s’en trouve totalement incapable, mais s’accroche comme inconsciemment à sa mobylette. L’autre accélère, zigzague, essaie par tous les moyens de se débarrasser de son cinglé, et croit sûrement y être parvenu au moment où la mobylette se stabilise. Mais pas du tout. C’est simplement que le maboul agrippé à la selle s’est assis sur le porte-bagage.

Une heure durant, le voleur va trimbaler son volé dans Louviers. Il va tout faire pour le désarçonner : monter sur les trottoirs, en descendre, frôler des voitures, des arbres, griller des feux… Une heure durant Lionel va être terrifié, littéralement mort de trouille, mais ne lâchera pas sa bécane à moteur, son outil, son bien, son seul bien, sa mobylette.

Chose incroyable, presque plus incroyable encore : le voleur va finir par s’en amuser plutôt gentiment. Sans doute trouvant lui-même la situation invraissemblable, il va aller voir ses potes pour leur montrer ce gars derrière qui s’accroche … Tout le monde rigole, et le manège reprend. Une heure durant.

A la fin, comme plus amusé du tout, et la mob bien fatiguée, crevée d’un pneu, le voleur va capituler. Mais d’abord, comme par respect, il s’arrête à une station-essence, fait le plein, et laisse Lionel sur son engin en lui disant d’un ton sympa : « tu vois, je te l’ai pas cassée, ta mobylette… »

Il me faut bien sûr vous dire la vérité jusqu’au bout : lorsqu’il y a quinze jours Lionel me raconte cette histoire, c’est un aveu qu’il fait. Il est grave, il me parle d’une lâcheté, d’un acte dont il n’est pas fier ; j’ai un peu peur, j’ai l’impression qu’il va m’avouer une de ces bassesses qui vous dégoûtent quand on vous les dit, au point que vous en fermez les yeux comme pour détourner votre regard…

Il est très surpris de me voir rire, vraiment rire, à la fin de son histoire. Il est encore tellement marqué par la trouille du moment, qu’il ne voit toujours pas la force de son obstination et la beauté de sa cause. Il a du mal à me croire quand je lui dis qu’à l’évidence son voleur lui-même semble avoir été épaté par ce gars qui ne lâche pas…

Deux ans avant qu’il meure, j’avais eu une occasion de parler un peu avec Ferré. Il m’avait raconté ses débuts au cabaret et ceux qui comme lui débutaient. Il avait fini en me disant : « quand on me demande, c’est quoi le talent, je réponds c’est quand on s’arrête jamais »

Ce serait aujourd’hui à refaire, je dirais à Ferré : « pour moi le talent, c’est quand on lâche pas la mobylette… »

A la semaine prochaine

Quentin