Lionel Langlais - blog officiel

 


 

Si je vous disais la première télé...

Si je vous disais la première télé de Lionel, ce serait évidemment pour vous raconter la fois toute récente où Lionel est allé sur IDF1 chanter le « Chat looké matou rappeur » en direct.

Au départ, c’est un ami de Lionel qui lui parle de cette émission. Persuadés que toute expérience est bonne à prendre, nous décidons de postuler via la procédure en place sur le site de la chaîne. Ce qu’on voit dans cette opportunité, c’est d’abord et surtout la possibilité pour Lionel de se coltiner une situation inédite pour lui.

Car un artiste de la chanson doit apprendre trois métiers sans trop de rapports entre eux :

— la scène

— le studio d’enregistrement

— la télé

Trois univers différents, trois ambiances, trois façons de rencontrer le public, trois occasions de se donner à qui veut l’entendre.

Je ne sais rien de plus éloigné de l’art hautement sensible de la chanson que l’atmosphère d’un plateau de télévision. Les matériaux, les techniques, les gens, tout y est étrangement loin du monde. Seule comparaison que je trouve : l’hôpital.

Comme un jour ou l’autre t’as été ou tu iras à l’hosto, tu vas me comprendre…

Remarque, je ne suis pas le mieux placé pour parler de ça : j’ai aimé l’hôpital. Que des gens nuit et jour aux grands soins pour moi, et rieurs quand j’avais envie de rire, et doucement gentils quand j’étais moins gai, et toujours là…

Je supporte pas qu’on dise du mal de l’hôpital.

La bouffe, je dis pas. La bouffe, on est d’accord, c’est pas nommable. Tu regrettes de pas être un animal : tu pourrais au moins espérer de temps à autre une pâtée pour chiens. Une fois, je me souviens, j’avais dans mon assiette une tomate. Presque entière et, surtout, épargnée par la gélatine qui servait de vinaigrette. Enfin j’allais pouvoir manger quelque chose que mon corps identifierait : une tomate. La tomate était dégueulasse !! Mais pas dégueulasse comme une tomate pas bonne !! Dégueulasse comme une tomate ne peut pas être dégueulasse. Comme y a pas de mots pour le dire. Cette tomate n’était pas une tomate !

Au bout d’une semaine j’avais compris : la bouffe faisait partie de la thérapeutique. Evidemment. On s’occupe de toi, on te soigne, on te cajole, on te protège à l’excès, si la bouffe était de la nourriture, on s’en sortirait comment ? On n’arrêterait pas de se fabriquer des fausses maladies, rien que pour y retourner, à l’hôpital ! On voudrait jamais en sortir, on y passerait sa vie !

Justement, en allant au studio de la télé, on a longé l’hôpital Robert Debré. Lionel est au volant. Tendu. Dans un silence qui te défie de la ramener. Je déteste les silences tendus : évidemment je la ramène. Pour dire, comme parlant tout seul : « en ce moment y a forcément un gamin qui s’apprête à passer un scanner »…

— Pourquoi tu dis ça ?

— Quoi…

— Qu’en ce moment y a sûrement un gamin qui passe un scanner !

— Je sais pas…

C’est mon instinctive manière de dénouer les nœuds mouillés de l’angoisse. Depuis tout gamin. Quoi qui se passe, ça pourrait toujours être pire. À un pauvre type tout prêt de mourir et qui en serait effrayé, je serais capable de balancer « et encore, c’est rien, on est dimanche… ç’aurait pu être pire, t’aurais pu mourir un lundi… ».

Un artiste capable de se calfeutrer à double tour dans son trac, alors que tu viens de lui mettre en tête l’image d’un gamin allongé terrifié tout seul dans son tunnel à scanner les tumeurs, me dis pas que cet artiste est un artiste. Me dis pas qu’il peut légitimement prétendre faire son boulot, soulager ses contemporains de leurs angoisses jour à jour. Ce serait comme essayer de me convaincre qu’un poltronneux pourrait m’initier à la chasse aux lions.

En tout cas, Lionel, le coup du scanner - la surprise passée et l’image ayant fait son chemin - ça l’a détendu. Il était même quasiment serein quand on est arrivés au studio.

Un jeune mec nous a pris en charge. Qui m’a rappelé le jeune mec qui m’avait pris en charge juste avant l’entrée au bloc opératoire. En moins sérieux quand même. Mais avec les mêmes attentions, les mêmes arguments : « …de toute façon tout le temps de l’émission je serai là, et ne vous en faites pas, tout va très bien se passer… ».

Lionel découvre un plateau de télévision. Lumière crue, décor de pacotille et couleurs qu’on voit que sur des gâteaux américains.

Il découvre aussi combien tout est mesuré à la télé, le temps chronométré à la seconde et l’espace cadré au centimètre. Il sera interviewé par Jacky himself en personne. Devra regarder la caméra 2, celle du fond sur sa gauche, pour la première partie de l’interview, mais bien se concentrer sur la 3 juste en face dans la deuxième partie.

Au bloc aussi j’avais senti ça, que le temps et l’espace étaient comptés. Et noté les écrans de contrôle partout. Tout sous contrôle, pour le grand direct…

On a fait un essai son. Lionel s’est mis en place et les souris ont déboulé maboules en poussant leur cri dans les refrains du « Chat ». Le réalisateur en a profité pour répéter lui aussi ses cadrages et ses va-et-vient. On a suggéré à Lionel un deuxième essai possible, juste pour le confort, et j’en ai profité pour lui déconseiller le petit saut en arrière pendant le cri, très efficace sur scène mais visiblement inutile à l’écran.

C’est en allant au maquillage qu’on a croisé Jacky dans un couloir. Il était accompagné de Lafesse, que Lionel n’a pas du tout reconnu. En fait ils s’apprêtaient à enregistrer une autre émission avant le direct ; d’ailleurs avec une poule mascotte, ce qui nous expliquait la présence du petit poulailler sous l’escalier à côté de la machine à café.

Lionel maquillé et costumé, il nous restait presque deux heures à tuer avant le décompte cinq… quatre… trois… deux…

Je m’étais attendu à un décompte avant le direct au bloc. Comme pour ma hernie opérée à vingt ans. Un vrai décompte, à voix haute, et qui partirait de dix. J’étais pas arrivé à quatre, je me souviens, pour ma hernie. Mais cette fois, rien. Juste le gars me demande comment je me sens… « Pas très bien », je dis. Et, c’était vrai, j’avais l’impression que j’allais avoir un malaise, perdre connaissance…

Je ne croyais pas si bien dire : je perdais ma connaissance. Sans compte à rebours, rien, sans qu’on me prévienne. Pas correct, j’ai trouvé. J’aurais pu avoir l’envie de dire quelque chose avant de partir, après tout. Arrêter le compte à rebours, juste avant le zéro, et dire au revoir à des gens que j’aime, laisser un mot à leur transmettre, je sais pas, dire quelque chose, quelque chose encore, un dernier mot merde !

Encore aujourd’hui, ça et la tomate, j’ai pas compris.

Pendant le compte à rebours, Jacky et sa co-présentatrice discutaient comme à l’apéro d’une bouffe tranquille dans un restau pépère. À peine croyable. Apparemment, c’est la grande différence entre les gens de télé et les chirurgiens. Pour le reste tout pareil. Précis, efficace, tout comme prévu, avec le sourire, changement de costume après, voiture sur le parking et retour à la vraie vie comme si rien s’était passé…

Quadruple pontage quand même !! Y s’est pas rien passé ! Et première télé de Lionel Langlais !! S’est-il rendu compte le Jacky ? Et mon chirurgien ? A-t-il aujourd’hui enfin réalisé qu’il a opéré le manager de Lionel Langlais ?

Ça me fait penser : on n’a toujours pas la réponse d’André Vingt-Trois… Vous vous souvenez ? Concernant la possibilité que Lionel soit managé dorénavant par Quivousavez…

Rien au courrier, pas d’allusions marquantes dans les homélies à Notre-Dame… J’ai tendance à penser qu’il a refilé le dossier à Benoît… Du coup j’écoute Benoît… Tout ce qu’il dit… C’est incroyable ce que ça peut causer un pape !!

Je vous tiens au courant…

Quentin

Si je vous disais la demi-finale...

Si je vous disais la demi-finale ZicMeUp, par première urgence ce serait d’abord pour présenter mes excuses les plus aplaties à ceux qui auraient, à la demande de mon dernier billet et jusqu’au résultat de la course, tout le mardi après-midi suspendu leur respiration.

Par chance aucune victime n’est à déplorer, même si nous devons tout de même signaler une hospitalisation avec placement pour quelques heures en caisson isobare. La victime a pu dès le jeudi rejoindre les siens, sans toutefois les reconnaître puisque affligée de troubles de la mémoire dus à son apnée trop prolongée. Les médecins contactés – nous ne voulons pas le cacher – nous ont aussi fait part de leur crainte quant à la haute probabilité d’une légère « détérioration intellectuelle ». En d’autres termes, il faut s’attendre à ce que la victime apparaisse au fil des jours touchée d’une débilité assez profonde dans la mesure où, aux dires de tous ses proches, elle était dès avant l’accident déjà notoirement très conne.

Nos regrets sont doubles. D’abord parce l’incontestable performance de la victime, qui a explosé de plusieurs heures le record 2009 d’apnée statique, n’a malheureusement pas pu être homologuée par l'AIDA (Association Internationale pour le Développement de l'Apnée). Ensuite et surtout parce que Lionel n’a pas accédé à la finale ZicMeUp, rendant du coup le sacrifice respiratoire de cette sympathique supportrice totalement vain, limite ridicule.

Comment expliquer cet échec de Lionel ?

Je vous entends d’ici, chères fidèles lectrices et chers fidèles lecteurs, unanimement juger sans pourtant y avoir assisté, que le concours était forcément truqué. D’autres estimeront sans doute que Lionel étant naturellement le seul talentueux dans cette foire, il a dû s’en retrouver tout aussi naturellement et quasi d’office l’éliminé. Et de citer cette authentique anecdote de Charlie Chaplin alors en pleine gloire participant incognito et pour s’amuser à un concours de sosies de Charlot : non seulement personne ne l’avait reconnu, mais il ne gagna pas le concours et de loin !

Chères amies et chers amis, j’ai moi-même, après l’annonce des résultats, cité cette anecdote à Lionel pour le réconforter. Je peux donc facilement vous comprendre.

Il n’en reste pas moins que nous ne devons pas nous contenter de tels expédients psychologiques. Ni non plus proférer des accusations graves sur la probité du jury, l’honnêteté du règlement ou le talent des concurrents. Je vous demande donc une retenue digne de notre artiste, surtout dans la mesure où, patron de ce blog, il est juridiquement responsable des propos qui s’y tiennent…

C’est en voyant Lionel s’éloigner bizarrement – du pas de Charlot – vers son métro, que j’ai pris la décision d’aller réfléchir à deux fois au déroulement de cette demi-finale.

Il me fallait un lieu de silence. Le Sacré-Cœur n’étant pas loin, je résolus de m’y rendre. Nonobstant l’heure tardive, d’en bas les touristes semblaient grappiller les marches pour s’engouffrer dans la basilique comme des fourmis dans un gros gâteau. Le funiculaire en panne, je suis parvenu en haut dans l’état d’un marathonien en bout de course. La bave au menton ajoutée à la rage intérieure prête à déborder du vase d’une journée à la con, les fidèles ont pu croire une sainte colère déboulant : tout ce monde parasite s’envola comme affolés moineaux d’une volière et je me retrouvai presque seul avec les saints, les anges et tout le gratin des intelligences du ciel. Je résolus de leur poser LA question : pourquoi le jury n’avait pas aujourd’hui jugé Lionel Langlais digne de participer à une finale ?

Il me fallut repasser toutes sortes de détails en revue : les votes payants du public sur le site, le classement en résultant et qui s’ajoutait pour moitié à la note du jury, la tenue de Lionel débarquant dans le concours en son costume de scène, la chanson qu’il avait choisie, son interprétation réaliste, les deux jurés indifférents se partageant un paquet de frites…

Comme il faut toujours s’y attendre en ce genre de lieu hautement inspiré, la réponse me tomba abruptement des voûtes pour me parvenir en intime évidence :

— Vous vous êtes trompé de chanson. La chanson gagnante, c’était « Le chat looké matou rappeur ». Tu es un mauvais manager !!!

La sentence était tellement inattendue, imprévue, que j’ai tout de suite quitté l’endroit en me demandant sérieusement si, après tout, les saints, les anges et les célestes intelligences, même réunis en conseil, étaient les mieux avisés en matière de concours de chansons.

Mais la voix intériorisée agissant comme un ver dans une pomme, à peine rentré chez moi j’étais convaincu : j’étais un mauvais manager.

Je mets la télé pour cesser de réfléchir et me divertir de cette inutile culpabilité en tête.

Je tombe sur un reportage qui m’apprend que l’église catholique lance une campagne pour susciter des vocations de prêtre en proposant à des jeunes de prendre Jésus pour « boss ».

J’ai tout de suite écrit à Monseigneur André Vingt-Trois pour lui demander si Lionel pouvait, sans du tout risquer le blasphème, prendre Jésus pour manager !

J’attends la réponse.

Quentin

Si je vous disais le vrac...

Si je vous disais le vrac, ce serait façon de poser le sac à confidences, de l’ouvrir devant vous et de vous en donner quelques-unes à la comme-ça-vient.

Bien sûr - je le sais - vous êtes, depuis le 21, nombreux à vous demander si Tartempion est finalement venu asseoir ses professionnelles oreilles au Théâtre Darius Milhaud.

La réponse est… Non. Non, je ne puis vous donner la réponse tout de suite, les paris devant statutairement demeurer ouverts jusqu’à la conclusion de ce billet et l’officielle fermeture par un huissier de Mongenoux (Cher), huissier présentement à mes côtés, et que je remercie d’ailleurs pour cet in extremis rappel au règlement dont l’infraction aurait pu - si j’en crois sa tête encore entrouillée - m’entraîner dans une interminable mésaventure juridique. Je rassure donc les retardataires : il leur reste quelques minutes avant de se prononcer. Les autres n’ont qu’à directement se rendre à la sortie où la réponse leur est d’ores et déjà donnée dans une phrase écrite à l’envers pour ne perturber en rien le déroulement du scrutin encore en cours.

J’ai eu, depuis le dernier billet, deux autres rendez-vous : le premier dans un label, le second dans une maison d’éditions.

Le premier aurait pu avoir lieu dans un bureau de poste puisqu’il a consisté à remettre un dossier à quelqu’un qui m’a, sans du tout le consulter, assuré qu’il le remettrait à quelqu’un d’autre. J’ai économisé un timbre, vous me direz. Je précise tout de même que j’avais avec cette personne un rendez-vous pris depuis presque une semaine.

Félix Leclerc, chanteur québécois aujourd’hui décédé, le Brassens de là-bas, a écrit un jour que la pire façon d’humilier un homme, c’était de le payer à rien foutre. C’était peut-être ça, ce petit air qu’il a eu de me prendre pour un con : la compensation hautement refoulée d’une inutilité bien salariée…

Le deuxième rendez-vous fut un vrai rendez-vous. Avec quelqu’un qui vous attend à l’heure dite, qui s’assoit après vous, qui vous écoute et vous raccompagne avec un dernier sourire juste avant le clap de fin.

Les associés du « Groscamion » se souviendront de qui il s’agit, si je leur rappelle le gars d’une maison d’édition qui devait venir en décembre au Théâtre un lundi, et qui s’était décommandé au dernier moment…

Que les fans de Lionel ne se lancent pas dans une sanguinaire chasse à l’homme, le gars en question avait alors poliment prévenu de son absence et m’avait même prié de bien vouloir l’en excuser !!!

Il me reçoit justement parce qu’il s’en veut encore d’avoir commis ce qu’il appelle une « incorrection ». Il m’est sympathique. D’emblée. On est en contact depuis deux ans, date à laquelle je commence à lui parler de Lionel rencontré depuis peu.

Elbé - appelons-le Elbé - que je vois donc pour la première fois, a le privilège d’occuper un bureau dans une mythique maison d’éditions.

Nous allons nous parler un peu plus de 50mn. Il a écouté le master de l’album une semaine avant le rendez-vous et m’a précisé au téléphone qu’il souhaitait me rencontrer mais sans envisager du tout une collaboration avec Lionel.

Quelque chose le gêne chez Lionel. Son « enthousiasme », il dit au téléphone. Un « détail discriminant », il ajoute. Je veux être sûr de bien comprendre. On discute. Je comprends : il juge que la différence de Lionel, le détail qui fait la différence, qui démarquera ceux qui l’aimeront de ceux qui ne l’aimeront pas, c’est « l’enthousiasme ».

Et alors ?

Eh ben, lui, Elbé, ça le dérange. Et sans le toucher. Alors ça fait que ben non.

Voilà où on en est quand j’arrive dans son bureau.

Il n’imagine pas, je pense, que j’ai encore en tête de défendre Lionel, puisque d’une part Lionel n’est pas attaqué et que d’autre part l’argument d’Elbé est de ceux qui ne se discutent pas.

C’est la première fois que je mets les pieds dans cette légendaire maison d’éditions.

Il m’arrive dans ce bureau une émotion et un sentiment que je ne veux pas exprimer de face et sans fard à Elbé. Ce serait trop violent. Ce gars est honnête, encore jeune, semble connaître son métier, même si, comme je le lui dis, il est de mon point de vue plutôt en train de faire une « connerie ».

Je réfléchis, en lui parlant, à la meilleure manière de lui servir en mots ce que je ressens si intensément. C’est au fond le sentiment que cette maison d’éditions c’est la maison de Lionel, qu’il est ici chez lui. Qu’il est un artiste, enthousiaste ou pas, qui s’inscrit dans le patrimoine et que cette maison étant la maison du patrimoine, Lionel s’y trouve naturellement à sa place.

C’est une intime conviction. C’est pourquoi mon propos a vite l’air d’une plaidoirie. C’en est une.

J’ai obtenu d’Elbé qu’il fasse écouter le master au patron. Et il a conclu en convenant qu’il lui faudrait certainement venir voir un jour ou l’autre Lionel au Darius Milhaud.

C’est beaucoup.

Je ne sais pas ce que nous donnera la suite, mais je suis effectivement sorti de cet entretien avec la satisfaction d’un avocat qui a honnêtement défendu une cause, donc une justice, donc une vérité.

C’est précisément en cela que Lionel est un « grand » ; quand vous le défendez, à un moment ou à un autre, vous être conduits à défendre une vérité. C’est le propre des grands. Qu’ils soient chanteurs ou non.

Depuis maintenant assez longtemps dans ce métier, il m’est quelquefois arrivé de me demander ce que j’aurais fait si j’avais connu un « grand » à ses débuts : Piaf, Montand, Brel, Nougaro, Bécaud, Barbara, Brassens, Ferré, Béart, Aznavour, Ferrat, Gréco, Sardou, Renaud, Souchon…

Aujourd’hui, je sais.

À propos : à la mort de Ferrat, j’ai entendu Drucker dire que « le dernier des grands » venait de nous quitter.

Béart, enterré vivant depuis longtemps, n’est plus à une pelletée de terre près. Aznavour, je suis moins sûr qu’il ait apprécié. Gréco, je vous dis pas.

Et alors les Sardou, Souchon, Jonas, Leforestier, Sanson, et tous les autres, bande de petits, fallait naître plus tôt, ou mourir avant.

Pour tous les plus jeunes, y a juste à attendre qu’il meure, le Drucker. Ou qu’il rencontre Lionel Langlais ! Ce qui aura pour salutaire effet de lui remettre à zéro le compteur à grands .

On reparlera de tout ça. C’est sûr.

En attendant, pour finir le vrac, je veux vous dire que Lionel participera mardi qui vient, le 4, à la demi-finale ZicMeUp. L’intéressant, c’est que pour l’occasion et pour la première fois, il chantera sur bande-orchestre, sans guitare, à mains nues !! La chanson choisie : « Les mots de trop ».

On est prié de retenir sa respiration mardi après-midi. Merci.

À noter que les associés du label Legroscamion Prod se sont réunis le 12 avril au soir. Ils ont assisté en exclusivité à une première mondiale : Lionel accompagné par Guillaume au violoncelle et Simon à la guitare.

Lecteur qui passe, et qui s’arrête, et qui revient, et qui découvre Lionel et qui va l’aimer, tu dois beaucoup aux associés du « Groscamion »…

J’en profite pour signaler que nous ne pouvons pas, ni Lionel ni moi, envoyer d’infos par mails à notre fichier public. En effet, le serveur Orange semble avoir des difficultés et les envois par listes de diffusion sont impossibles. N’hésitez donc à vous prévenir les uns les autres, à faire circuler les infos glanées ici ou là.

Je rappelle que Lionel chante le mercredi au Darius Milhaud jusqu’à la fin juin.

Enfin et pour vraiment finir, juste un petit lien qui vous mène à l’avis tout frais d’un libraire de Vincennes (librairie Millepages) sur mon roman récemment paru « Vincent Garbo ».

Portez-vous bien.

Quentin

Attention : ici les paris sont clos. Réponse au jeu « Tartempion » :
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Si je vous disais Tartempion*, Bidule* et Trucmuche*...

Si je vous disais Tartempion*, Bidule* et Trucmuche*, il me faudrait avant tout prévenir les âmes sensibles et les esprits anxieux : nous entrons dans un univers très à part, comme un monde déboussolé, qui aurait perdu le nord, où les objets tomberaient en l’air et les escaliers descendraient vers le haut.

Par exemple, imaginez : vous recevez un coup de téléphone d’un directeur artistique – appelons-le Tartempion* – qui en substance vous dit: « j’ai écouté votre artiste, j’aimerais le rencontrer, demain c’est possible ? ».

Qu’en concluez-vous ? (Prenez le temps de réfléchir, il y a un piège…)

Vous pensez que Tartempion* est intéressé par votre artiste, et ce d’autant plus que les directeurs artistiques évitent habituellement de rencontrer les artistes trop tôt, en tout cas pas si vite, et pas avant d’être sûrs qu’artistiquement au moins ils les approuvent ?

Oui, dans un monde normal, vous auriez raison.

Mais vous êtes tombé dans le piège !! Il fallait transposer le problème dans un monde à l’envers !

La preuve en images :

Lionel et moi, nous sommes arrivés pile à l’heure au rendez-vous. Il nous a donc fallu attendre un bon quart d’heure avant de voir venir Tartempion*. Qui nous dit qu’il va nous falloir encore attendre un peu, puisqu’il est descendu de son troisième pour faire une pause cigarette sur le trottoir. Ancien fumeur, Lionel peut tout à fait comprendre la narco-dépendance et les petites impolitesses qu’elle peut entraîner.

C’est un autre détail qui l’a dérangé, Lionel : le gars lui a serré la main sans du tout le regarder.

Je rappelle à Lionel, qui met pour sa toutoute première fois les pieds dans une maison de disques, qu’il ne convient pas de juger, dans ce monde-là, les situations selon les critères habituels. Ainsi, le fait qu’il ne l’ait pas zieuté, signifie sans doute que ce garçon lui porte un intérêt tout particulier et une estime si haute qu’elle lui interdit le vis-à-vis normal de deux personnes se saluant.

Sa cigarette avalée, Tartempion* nous conduit jusqu’à son bureau. Il s’installe, nous nous asseyons, et on le regarde décrocher son téléphone pour engager une conversation qui elle ne nous regarde en rien. Sa conversation raccrochée et toujours sans du tout nous parler, il se met face à son ordinateur pour apparemment répondre à des mails.

Lionel se tourne vers moi, le teint pâli. Ses sourcils étonnés me demandent si j’ai sérieusement l’intention de faire confiance à ce rigolo. D’un sourire tranquille, j’essaie de lui signifier qu’au contraire, ce jeune homme se révèle pour le moment un très poli directeur artistique, dans la mesure où, aucun son n’étant encore pour nous sorti de sa bouche ni aucun geste agressif de son corps, on ne pouvait logiquement rien déduire de ce rien !

Enfin Tartempion* nous fait face. Presque brusquement. Il veut sans doute par là provoquer chez nous un effet de surprise :

— Alors ? Qui es-tu ? – on va se tutoyer, si tu permets – d’où tu viens, pourquoi tu fais de la chanson, depuis combien de temps… je t’écoute…

Lionel, en mots calmes, tente de justifier comme il peut sa présence en ce monde à l’envers où il a manifestement l’intention d’entrer puisqu’il se prétend « artiste ».

— Très bien, alors maintenant choisis trois de tes titres…

Lionel, sûrement se disant qu’on va jouer à quelque chose, choisit, dans l'ordre : « Toutes les hommes sont belles », « Le gros camion » et « Y a des jours ».

On les écoute.

J’en profite pour mieux envisager l’endroit, le bureau, l’ambiance…

Ça me ramène dans un bureau de flic. J’étais ado, et on m’avait piqué mon vélo. C’était y a quarante ans dans une petite ville de province. Une époque et un lieu où des flics pouvaient encore prétendre retrouver des vélos volés. La moindre des choses, pour qu’on me retrouve mon vélo, c’était de le décrire avec des précisions permettant de l’identifier à coup sûr. Comme il me fallut en détails accablants décrire un vélo sans freins, sans garde-boue, sans lumières, ma déposition fut une somme d’aveux qui me transformèrent de plaignant en prédélinquant. Autant de procès-verbaux qu’il fallut régler une fois le vélo retrouvé…

Mais pourquoi ce gênant souvenir dans le bureau de Tartempion* qui m’a de lui-même demandé de venir après avoir écouté six titres de Lionel sur myspace ?

— Quel est le point commun entre ces titres ?

Comme depuis le début de l’entretien Tartempion* a fait le choix de totalement ignorer ma présence, sa question s’adresse évidemment à Lionel.

— Le point commun, c’est moi…

— Hum… non, je veux dire… sérieusement…

— Sérieusement, c’est moi !

C’est là que Tartempion* enfin se lâche :

— Eh bien, il n’y a pas de points communs ! D’ailleurs, qui est Lionel Langlais ? Moi je n’entends pas Lionel Langlais !...

S’ensuivent des réflexions très sûres sur la banalité des textes (cela dit sans me regarder alors qu’il sait que j’en suis l’auteur) sur le timbre pas intéressant de Lionel, et enfin sur le peu d’originalité du projet dans son ensemble.

Lionel, ses narines d’un coup dilatées, évidemment réagit, un index braqué en flingue, manifestement oublieux de ce que dans le monde à l’envers où nous sommes Tartempion* vient en fait de lui adresser de beaux compliments :

— Vous m’avez fait venir, vous m’avez dérangé, pour me dire ça ??!!

Pour la première fois, l’autre me sourit, se cale dans son fauteuil, regard plissé :

— Humm…. Il est agressif… c’est bien ça… de la personnalité…

— Faut comprendre… je dis en abaissant le flingue de Lionel. Il croit que vous n’aimez pas ce qu’il fait… !

— Ah ! Mais non ! sursaute heureusement Tartempion*, tu as du talent !! C’est indiscutable, et tu es à ta place ! Seulement voilà…

— Seulement voilà quoi ? fait Lionel ahuri.

Le rendez-vous aurait pu durer trois jours, on n’en saurait pas plus aujourd’hui. Seule certitude : il est convenu que Tartempion* viendra écouter Lionel au Darius Milhaud le mercredi 21 avril !

Pour les curieux qui voudront voir ça, un petit truc pour bien identifier le monsieur : c’est le seul qui n’applaudira pas pendant toute la durée du spectacle. Encore fois, n’allez surtout pas me l’agresser, c’est normal !! N’y touchez pas, c’est un professionnel !! Et, attention, n’allez pas in extremis tomber dans le deuxième panneau : s’il quitte la salle juste un peu avant la fin, sans demander son reste et avec l’air très très mécontent d’avoir salopé une heure précieuse de son temps ultramégasurbooké, c’est le très bon augure d’une signature possible !!!

Deuxième cas, histoire de vérifier que vous avez vraiment bien pigé le truc :

Un autre directeur artistique d’un gros Label, m’appelle pour me dire : « je suis Bidule*, je vous appelle de la part de Trucmuche*, merci de me rappeler ». Bidule* veut me voir, on fixe le rendez-vous pour le lundi suivant.

Vous avez le choix entre deux hypothèses :

1- Bidule*, avant de m’appeler, a évidemment écouté Lionel sur myspace et, puisqu’il est intéressé, me propose un rendez-vous qui, par le fait, se présente sous les meilleures auspices dans la mesure où je ne l’ai même pas sollicité !!! Et Lionel, déjà de nature optimiste, a pour le coup de raisonnables raisons de s‘attendre à une très bonne nouvelle…

2- Bidule*, avant de m’appeler, n’a évidemment pas écouté Lionel sur myspace et, puisqu’il n’a rien de mieux à faire, me propose un rendez-vous auquel je me rends. Bidule* met le master dans la fente de son ordi et s’en va sur l’écran du même ordi lire le blog où présentement vous êtes. Au bout de trois chansons (les « directeurs artistiques » écoutent toujours trois titres à cause « du Père, du Fils et du Saint-Esprit » qui les guident dans leur dur métier), Bidule* me dit : « Lionel Langlais, c’est vachement bien fait, dans le genre, mais alors, c’est pas du tout, mais pas du tout mon truc… Par contre, le blog, j’adore !! »

À votre avis ? Que s’est-il réellement passé ??

Comme je vous sais très joueurs, je mets en jeu des places gratuites pour le concert de Lionel qui, j’attire votre attention, prolonge au Darius Milhaud jusqu’à la fin juin, mais le mercredi !!

Dans la foulée, j’ouvre un autre pari : la présence de Tartempion le mercredi 21 avril au Darius Milhaud. Deux indices seulement : 1) il a, devant Lionel et moi, inscrit le rendez-vous dans son agenda 2) ça se passait dans le monde à l’envers…

Les gagnants auront une place offerte, à une date de leur choix, pour un concert de Lionel au Darius Milhaud.

J’ai d’autres rendez-vous dans la semaine qui vient.

Je vous dirai tout…

Quentin

PS : les noms marqués d’un * ont été modifiés afin de protéger l’identité réelle des authentiques protagonistes de ces faits d’hiver. J’en profite pour rappeler qu’une grève de la faim d’une demi-heure a été lancée pour le 26 juin à 15h par « Directeurs Artistiques Sans Frontières » : bonne occasion de se souvenir qu’il s’agit là de l’une des professions les plus exposées au monde, si l’on veut bien tenir compte du nombre de barges qui se croient chanteurs ou chanteuses, au prétexte qu’au berceau leurs parents se précipitaient avec un biberon dès qu’ils en poussaient une…

RePS : si vous comptez venir tous le 21 avril, faudrait me le dire dès maintenant : faut que je loue l’Olympia !!!

Si je vous disais mes rendez-vous...

Si je vous disais mes rendez-vous, ce serait pour vous livrer mes confidences sur deux rencards que je viens d’avoir, l’un jeudi, l’autre ce lundi matin, avec respectivement un label important et un Groupe de télévisions…

Le rendez-vous avec Wagram, je vous en avais touché deux mots à la fin de mon dernier billet. C’était pour moi le rendez-vous le plus facile à obtenir, puisque je connais le gars en question depuis une vingtaine d’années. Il m’avait à l’époque fait signer chez le même Wagram. Je vous parle d’un temps où je voulais faire chanteur.

Pour les curieux qui voudraient se procurer l’album, je me nommais alors Patrick THOMAS. Cela dit, je doute qu’un seul exemplaire traîne encore sur le marché, dans la mesure où j’imagine mal un chanceux détenteur se séparer d’une telle rareté. J’en ai quelques exemplaires à la maison. Ils ne seront mis en vente que si des circonstances exceptionnelles — style faillite de la banque de France, catastrophe nationale massive… — un jour exigent des ressources financières hors de proportion avec les recettes répondant habituellement aux causes de charité publique.

Rendez-vous cordial, donc, chez Wagram. Très cordial. Il a écouté silencieusement les treize titres, en a d’emblée distingué trois qui lui semblèrent sortir du lot à sa toute première écoute, et m’a félicité pour la qualité globale du boulot. J’étais venu avec une bio, un jeu de textes et deux photos de Lionel. Celle où il resserre son nœud en semblant découvrir qu’il a oublié ses pompes, et celle où il enfile sa veste comme un type obligé de se tirer sans demander son reste pour des raisons qu’on cherchera pas à savoir mais qui pourraient se retrouver dans du Feydeau.

Pas facile du tout d’écouter treize titres sans se lasser devant quelqu’un qui vous regarde. J’ai déjà été dans cette situation et je sais d’expérience qu’elle peut être pénible. C’est pourquoi je prépare toujours un jeu de textes. Ça donne au moins du papier et des mots sur quoi poser le regard et éventuellement le promener pendant que les oreilles se laisse aller à une écoute flottante, la meilleure qui soit pour juger de l’efficacité d’un titre.

Il a gardé tout le dossier, prévu d’en parler avec l’équipe artistique de Wagram, et promis qu’il viendrait prochainement voir Lionel au Darius Milhaud.

L’autre rendez-vous, celui de ce lundi matin, était beaucoup plus improbable. Il concernait un grand Groupe de télés. Je ne peux pour le moment vous en dire plus sur l’identité du Groupe ; vous comprendrez certainement pourquoi, dans la mesure où ce blog étant très lu, je ne veux rien compromettre d’une démarche qui ne fait que commencer et dont je compte bien vous décrire le pas à pas jusqu’à son terme, quel qu’il sera.

Dans le métro, 9 h ce matin, ça commence mal. Impossible d’ouvrir le cartable qui me sert de sac. Le fermoir est bloqué. Il avait montré des signes inquiétants depuis une quinzaine ; là il est coincé pour de bon, et assez vite je n’envisage pas d’autres solutions que d’arriver dans le bureau de mon rendez-vous avec la grotesque nécessité de d’abord demander un démonte-pneu ou tout au moins un couteau à huîtres !

C'est pour m’éviter cette humiliation, et après des manipulations plus ou moins faciles dans un wagon bondé, que je décide une action radicale : j’arrache le fermoir d’un coup sec et déterminé. Des voyageurs me regardent, se regardent, essaient de se pousser comme ils peuvent, histoire de pas trop se frotter au barge… Moi déjà j’envisage le moyen de porter le sac sans trop qu’on remarque la chose.

J’arrive dans le hall avec quinze minutes d’avance qui vont finalement me servir quand je vais me retrouver coincé au deuxième étage dans un ascenseur éteint et immobilisé portes closes. Car je vais me retrouver coincé, moi aussi, comme le fermoir !! À trois étages de mon rendez-vous, coincé dans l’ascenseur ! Et pas la peine d’escompter un réveil pour mettre fin au cauchemar, je dors pas ! C’est la réalité plus vraie que vraie !!

Pour la première fois de ma vie, après avoir appuyé sur tout ce que je pouvais, j’ai appuyé sur le bouton « ALARME ». Pour la première fois de ma vie, j’appuie sur le bouton « ALARME » d’un ascenseur. C’est pas l’envie qui m’en avait manqué jusqu’à maintenant, remarquez bien ; comme vous, j’imagine ; on a tous, si on est normal, eu un jour l’envie d’appuyer sur le bouton « ALARME » d’un ascenseur ; comme ça, juste histoire de voir ce qui se passe quand on appuie sur ce gros bitoniau. Genre de truc qu’on fait jamais, en fait. Sauf quand on est en panne dans un ascenseur…

J’ai appuyé.

Je m’attendais à un bruit énorme de sirène, l’immeuble évacué dans le doute, des pompiers venant jusqu’à moi par descente en rappel, une voix douce de Samu me calmant au porte-voix pour m'éviter in extremis une crise d’asthme, et une vague rumeur d’hélicoptères au loin… Rien ! Pas un bruit, pas un mouvement, pas un son, rien. J’en étais à chercher des trous, des fissures par où respirer quand l’air viendrait fatalement à manquer ; et tout à coup l’ascenseur est descendu pour s’ouvrir au rez-de-chaussée devant trois personnes absolument stupides, pas du tout inquiètes, visiblement inconscientes de ce que j’étais tout juste rescapé d’une situation hautement catastrophique. Je me suis traîné, essayant de reprendre une contenance vaguement normale, jusqu’au hall de l’accueil pas loin, d’où me regardait la femme :

— « L’ascenseur » j’ai réussi à articuler, le regard sûrement dilaté par le drame entrevu, « l’ascenseur »…

— Quoi, « l’ascenseur », monsieur ?

— Il est en panne…

— Votre badge ne marche pas ?

— Quel badge ??

— Tout à l’heure, je vous ai donné un badge, en échange de votre carte d'identité…

— Hein ?… Oui… je sais pas…

— Mais si, vous l’avez mis là dans votre poche…

— Oui bon d’accord, et alors…

— Eh ben faut le mettre dans la fente, le badge !! C’est ça qui fait marcher l’ascenseur !!!

Je suis sûr qu’elle a fait exprès de gueuler ça dans le hall. Histoire de bien m’humilier. J’étais dans le centre hypersophistiqué d’un grand groupe de télés, avec marbre par terre et moquette aux plafonds, à deux secondes d’un rendez-vous historique si ça se trouve, et à cause de cette méchante je me retrouvais entouré de regards hautains avec l’air de débarquer du marché aux bestiaux de Saumur-en-Vexin. C’est vexant.

Je reprends l’ascenseur jusqu’au cinquième, le temps de me rafistoler un ego présentable, et j’arrive à l’heure.

Le reste est un enchantement. Le gars, très sympa, écoute trois chansons de Lionel (« Le gros camion », « Y a des jours », et « Toutes les hommes sont belles »), et il est surpris de ce qu’il entend. Il trouve Lionel « très bon », « très actuel », correspondant tout à fait « à l’image et à l’esprit » de la maison où on se trouve, et avec « une tête qui devrait plaire sans problèmes ».

Là-dessus il me propose d’appeler de sa part quelques directeurs artistiques ou patrons de Labels. Il compte aussi venir voir Lionel chanter au Darius Milhaud, certainement courant avril. Et il me dit que si nous trouvons une signature en major, très certainement il s’engagera avec le Groupe…

J’ai commencé dès cet après-midi à prendre les contacts qu’il m’a un par un conseillés.

Je vous dirai la suite au fur et à mesure.

Oh ! J'allais oublier : cette semaine dernière, vous avez battu votre record depuis la création de ce blog ; vous avez été 618 à venir nous rendre visite !!!

Quand il l’a su, Lionel en a été tout ému.

MERCI.

Quentin

Vincent Garbo

"Si tu croisais Vincent Garbo dans la rue, tu verrais d'abord un blond d'une vingtaine d'années et tu le trouverais beau. Mais s'il te regardait de ses yeux noirs, tu ressentirais sûrement un malaise d'ailleurs justifié : ce gars-là n'est pas loin de dégainer un flingue et de tirer dans le tas. On en voit pas mal de par le monde, ces temps-ci, qui font ça, qui dégainent et qui tirent, sans scrupules, et sans aucun mobile apparent. Si tu veux mon avis, on en verra d'autres. Toi, dans ce tas qui environne Vincent Garbo, estime-toi plutôt chanceux : il n'a d'armes que des mots."

"Vincent Garbo" (Extrait) de Quentin Lamotta paru aux éditions L'Harmattan

Si je suis compositeur de presque toutes mes chansons, Quentin en est l'auteur. Mais il est aussi écrivain. Son premier roman "Le Crabaudeur" est paru en 2000 chez Dire éditions. Aujourd'hui, c'est au tour de "Vincent Garbo". Pour vous le procurer, rendez-vous sur le site des éditions L'Harmattan.

Quoi qu'y z'en pensent, les gens ?

Ils ont vu le spectacle et vous en parlent : cliquez ici...

Si je vous disais le master suite et fin

Si je vous disais le master suite et fin, ce serait pour évidemment vous annoncer que ça y est cette fois c’est fait, qu’on le tient qu’on l’a, qu’il est à nous plus vrai que vrai dans la popoche LE master quiquequoidont je vous parlais dans ma dernière confidence, dans ce même blog où se trouvent et se retrouvent les celles et ceux qui suivent les pas à pas de Langlais le chanteur qui rit qui pleure.

Quoi ? Seulement maintenant le master ?? Que ça fait déjà quasiment trois semaines que Simon était censé se pointer au fameux studio de mastering avec les mixes ??? Trois semaines pour un master ? Non mais on se fout de nous là !

Bon, d’abord, c’est pas la peine de s’énerver. Je vous ai toujours dit que je vous dirais tout, et je vais tout vous dire. Donc on se calme. D’ailleurs, en passant, Lionel a horreur qu’on monte le ton comme ça devant lui, et je sais qu’il tient à ce que son blog soit doux comme un jardin sans ronces et convivial comme un sourire aux anges.

Cela dit, je vais pas le nier : je savais que ces trois semaines allaient vous paraître excessivement longues et que, pour la plupart anxieux tourmentés à vous ronger les sangs, vous alliez très certainement aller imaginer des choses horribles.

Moi-même j’ai fait une nuit le cauchemar de Simon perdu en forêt de Fontainebleau (le studio de mastering est à Fontainebleau). Tenant les précieux mixes sous son blouson, bravant le froid, il se cognait d’épuisement à des arbres centenaires qui se moquaient de lui tandis qu’une voix intérieure, stridente et fausse, lui chantait à tue-tête « j’veux l’ gros camion dans la vitrine !! ». Soudain, un guide mystérieux se présenta devant lui et le mena jusqu’à un abri sous-terrain, gardé par quatre molosses toutes dents dehors et enchaînés à des pieux en fer forgé. Une porte s’ouvrit, comme en glissant, une lumière aveuglante lui explosa littéralement à la figure, le projetant ventre à terre. Il sentit une main gantée glisser sous le blouson pour lui voler les mixes. Rejeté du blockhaus comme une pelure, il erra des jours et des nuits, se nourrissant de glands et de fougères, et ne se trouvant pas du tout le courage de rentrer pour enfin avouer l’incroyable mésaventure à Lionel. Des loups, chassés jusqu’ici par le réchauffement climatique, entreprirent de l’adopter et de l’initier à la vie en meute. C’est comprenant que le chef de la meute projetait en sus de le fiancer à la femelle nouveau-née, qu’il poussa le hurlement affreux qui me réveilla en sursaut.

Mon premier réflexe fut évidemment d’en référer à la gendarmerie la plus proche. En effet, nous étions sans nouvelles de Simon depuis une semaine, sa messagerie était pleine, et mon inconscient ne m’a jamais embarqué dans pareille dinguerie sans raison prémonitoire (dans ma toute dernière en date, le patron d’une Major portant le nom d’une grosse bisbille napoléonienne, me demanda, à genoux et devant tout son personnel interloqué, la permission de le laisser signer Lionel en exclusivité et à vie…).

J’étais sous ma douche, et donc pas encore sur le chemin de la gendarmerie, quand Lionel m’appela. Il venait miraculeusement d’avoir des nouvelles de Simon…

Je lui demandai de me laisser quelques instant afin de me préparer au pire, alla m’asseoir dans un fauteuil, à cause des accoudoirs qui m’empêcheraient éventuellement de tomber plus bas encore :

— Je t’écoute…

— He ben voilà, en fait tout va bien, c’était rien, enfin c’est juste que Simon a eu un gros rhume…

— Pardon ??

— Il a eu un rhume…

— Un rhume ???

— Ben oui, un rhume !

— Mais enfin Lionel, tu te rends bien compte ?? J’allais à la gendarmerie, là, Lionel !! Des centaines de personnes attendent sur ton blog des nouvelles de ton master !!! Je leur ai dit que c’était pour y a déjà quinze jours !!! Et toi tu me parles d’un rhume !!!

Là-dessus, il me raccroche au nez (je vous l’avais dit, il a horreur qu’on monte le ton).

Je vous imagine, là maintenant, éberlués comme je l’ai été : un rhume….

À quoi ça tient, une machine hypersophistiquée, un technicien hyperaupoint, un Simon hyperfeuillupointu… Un microbe de rien du tout dans tout ça et tout est dit : le microbe dans le nez de Simon fait son miel, bouche les conduits, se fabrique là-dedans son abri bien au chaud calfeutré, monte le thermostat, et voilà le Simon fiévreux sourd comme un pot, et du même coup le mastering remis à plus d’une semaine plus tard.

Mais fini le suspens avec vos nerfs : l’événement a eu lieu lundi à 18 h12. Simon a remis LE master à Lionel qui l’a tout de suite placé en lieu sûr.

Et c’est comme ça que depuis ce matin, en ligne ici même et sur le myspace, vous pouvez écouter des titres enfin masterisés.

Et... toute dernière nouvelle en date : j’ai rendez-vous chez Wagram jeudi à 16 h !!!

Je vous tiens au courant. Promis

Quentin

Si je vous disais LE master...

Si je vous disais LE master, ce serait parfaitement d’actualité puisque c’est aujourd’hui – là maintenant en ce moment même où je vous écris cette ligne de mots sur quoi vos yeux s’avancent – que Simon s’en va du même pas porter les mixes au studio de mastering.

Pour les retardataires et les nouveaux venus, dans un précédent billet j’ai déjà expliqué ce que sont des mixes et un master, et vous conviendrez sans doute que je ne peux pénaliser tout le monde d’une redite, au prétexte que vous êtes nouveaux ou retardataires. Il est vrai aussi, concédons-le, qu’on ne saurait exclure l’hypothèse que certains parmi vous, très chers et très fidèles lecteurs, aient pu avec le temps, sinon oublier du moins flouter quelque peu ces notions, qu’une légère redite permettrait d’astiquer jusqu’à la parfaite netteté qui mettrait tout le monde en mesure de comprendre de quoi que je vous cause.

Le master, Simon vous en parlerait mieux que moi, mais il a justement mieux à faire en ce moment puisqu’il est précisément – je viens de vous le dire en préambule – sur le chemin du studio de mastering. Car il y a des studios de mastering. Où on ne fait que ça, masteriser des mixes pour en faire des masters pour fabriquer des albums.

Simon vous en parlerait pendant des heures. Simon adore parler du mastering. Hier dimanche on était précisément au café le Dalou, à Nation, avec Lionel et Simon. Et il nous parlait du mastering.

Simon vous parle du mastering avec une telle intensité, un tel plaisir, qu’à l’écouter un quart d’heure on finit par se demander si on n’a pas gâché sa vie tout ce temps qu’on a passé pour rien, à totalement ignorer ce qu’était le mastering. Simon vous parlant du mastering, c’est Luchini jouant sur La Fontaine. Les curés nous parleraient du Bon Dieu comme Simon du mastering, il faudrait vite nous construire des cathédrales avec séances en multiplexe pour contenir nos foules assoiffées de transcendance.

On peut légitimement, et sans rien exagérer du tout, se demander si Simon n’est pas devenu le guitariste qu’on sait, au seul prétexte d’un jour pénétrer le saint des saints du cœur nucléaire de l’industrie du disque : le mastering.

À écouter Simon, à le suivre, on se sent dans un couloir sous-terrain mené par la main vers un mystère. Tout juste s’il n’a pas la lampe au front. La voix se fait basse, discrète, comme pour révéler un secret, et les mains font des signes. Quand finalement le coin du voile se soulève… suffit de le regarder s’émoustiller, on sait qu’on y est, n’y a pas d’erreur possible, on y découvre de loin un univers vaste comme un ciel, infini comme le dedans de la matière, on est prié de s’essuyer les godillots sur le paillasson, on entre dans... LE SON.

La seule et dernière fois que je suis entré dans un studio de mastering, c’était il y a un peu plus de 20 ans. La préhistoire, vous me direz. Sans doute, mais déjà la pièce ressemblait à une clinique futuriste et le technicien en blouse blanche à un neurochirurgien ; genre de mec qui rêve de te scanner en te serrant la main et dont tu sens qu’il aurait fini serial killer s’il avait raté ses études.

Au fond, le technicien, je parie, se fout du mastering, comme le neurochirurgien se fout de la microchirurgie. C’est ton cerveau qui passionne le neurochirurgien, et c’est LE SON qui titille l’obsessionnelle curiosité du technicien ou qui fait saliver d’avance le Simon à l’idée de passer du temps à décortiquer chaque élémentaire particule du futur album de Lionel Langlais.

Quelle part la passion de Simon pour le son et le mastering aura-t-elle dans le succès de Lionel Langlais ?

Pour vous en faire une première idée, allez écouter les titres que Lionel vient de mettre en place ici même sur son blog ou sur sa page myspace. Ceux-là sont pré-mastérisés. Les mêmes titres mastérisés, sortis de la clinique, seront en ligne sans doute à la fin de la semaine.

Perceptible ou non, la différence y sera. Et elle y sera effective.

Comme, dans le monde de la chanson, la présence encore imperceptible de Lionel est d’ores et déjà effective, si l’on s’en tient au nombre croissant de vos quotidiennes visites dans ce blog.

Au fait, pour vous en remercier, voici en cadeau l’ordre des titres tel qu’il apparaîtra sur le futur album :

1 Ah ! La vie

2 Le gros camion

3 Les mots de trop

4 L'amour enfin

5 Le chat looké matou rappeur

6 La rue des Oiseaux

7 Let's go dans l'eau

8 Y'a des jours

9 In extremis

10 Ta Sophie

11 Toutes les hommes sont belles

12 Sous des fleurs et du vent

13 Ma vraie vie

Et, confidence pour confidence, je vais, dès la semaine prochaine, démarcher avec LE master les labels. Je vous raconterai au fur et à mesure mes rendez-vous. Et sans rien vous cacher…

En attendant, n’oubliez pas que chaque samedi Lionel chante au Darius Milhaud (Paris 19 Porte de Pantin)

Amitiés,

Quentin

Si je vous disais 2010...

Si je vous disais 2010, je commencerais forcément par vous la souhaiter comme il se doit : bonne, heureuse, pleine de vigueur, de santé, de vœux réalisés, de désirs satisfaits, de peurs en allées et d’amour à donner.

Il est remarquable que chaque année, en son début, on se la souhaite entre nous et tous autant qu’on est, la meilleure possible. C’est qu’en vérité, c’est plus fort que nous, chaque année on a l’impression d’un nouveau départ, d’une redistribution des cartes.

Mais que penseriez-vous si, assis à une table de poker, vos partenaires de jeu vous souhaitaient, chacun et tour à tour, un pot phénoménal et un jackpot ramasse-tout en fin de partie ?

D’abord, certainement, un peu par politesse, un peu par lâcheté, vous feriez comme eux. Mais surtout vous seriez pour le moins très dubitatifs quant à leur sincérité.

On est entre nous, on peut bien se le dire : il est rare, très rare, que le bonheur des autres nous aide à vivre, très improbable que la chance phénoménale et insistante du connard d’en face nous réconcilie avec notre destin bordélique ou raplapla.

Est-ce à dire que le malheur des autres… ? Non, faut pas déconner non plus. En tout cas, pas un malheur grave. Mais une petite peau de banane sur le chemin, une gamelle subséquente et les quatre fers en l’air, faut admettre : à voir c’est pas déplaisant. Ça déride, ça décoince ; ça suffit pas à vous remettre debout un déprimé chronique, mais ça vaut bien le p’tit-coup-pour-la-route qui vous requinque un bonhomme pas gai.

La chanson, ça rigole pas du tout, question chance. Comme tous les milieux artistiques, d’ailleurs. C’est très superstitieux, les artistes. Yves Montant – qui en savait quelque chose – pour savonner durablement la planche du Reggiani en haut de l’affiche de Casque d’Or avec la Simone, en son temps Montant n’a rien trouvé de mieux que de raconter partout que son grand ami Serge traînait la poisse à ses basques et la ramenait sur tous les tournages. Il faut avoir vu Reggiani en fin de parcours remâcher tout ça entre tristesse et colère pour réaliser combien ce milieu peut-être hanté.

Au point qu’on ne se dit pas « bonne chance » parce que ça porte-malheur ! À la place, on se dit « merde ». Ça vous donne des tas de gens qui s’embrassent en s’envoyant des « merdes » avec un plaisir quelquefois sur-joué mais jamais dissimulé. Le mec qui a lancé cette bouffonnerie devait être un sacré déconneur, moi je vous le dis… et il a dû beaucoup s’amuser.

Je me rappelle la tête de Lionel le jour où, pour la première fois, on lui a dit « merde » avant qu’il entre en scène. Lui, ne sachant pas trop quoi répondre à ça, il dit : « merci ! ». Catastrophe !!! L’autre croise vite fait ses doigts à déjouer les mauvais sorts et très sérieusement prend Lionel à part pour le sermonner comme un gamin :

— Faut jamais dire « merci » quand on vous dit « merde » !

— Ah bon ? Pourquoi ?

— Mais ça porte malheur !!!

Tout porte malheur dans le spectacle. Même le succès.

À propos, je ne vous ai pas dit : on a fini le studio ! Si ! À l’heure où je vous écris, les titres sont mixés ! Reste le mastering, et c’est pour bientôt ! Dans 15 jours je pourrai commencer le tour des Labels… En attendant entre nous on s’écoute les titres, on se les réécoute. Les guitares de Simon, le violoncelle de Guillaume, et Lionel… J’ai hâte, vraiment hâte que vous entendiez ça…

On en a parlé avec Simon l’autre jour. De Lionel.

Au fond, ce que je vous souhaite pour 2010, c’est de connaître Lionel Langlais, par la scène, par le disque, et d’à votre tour le faire connaître.

Je vous souhaite d’être de cette aventure-là.

Parce que Lionel Langlais est de ces artistes qui déboulent dans leur époque comme une bonne nouvelle dans une mauvaise passe.

Oui finalement, pour les temps qui nous viennent, Lionel Langlais, c’est un gros bonheur que je nous souhaite à nous tous.

Quentin

Si je vous disais samedi...

Si je vous disais samedi, ce serait pour vous raconter le 5 décembre au Darius Milhaud…

On savait qu’un organisateur, programmateur d’une salle pas loin de la Rochelle, avait réservé sa soirée pour venir entendre Lionel.

Ça commençait moyennement bien dans la mesure où Guillaume, au Japon pour quinze jours, ne pouvait pas assurer sa partie. Pas de problème pour Lionel. C’est un réaliste. Pas du genre à se morfondre de ce qui est, l’accepte comme une donnée, et si possible s’en sert. Guillaume n’est pas là, il se dit, ça va m’obliger à me donner plus et quand Guillaume reviendra le spectacle n’en sera que plus fort.

Petite contrariété supplémentaire : ce jour-là, samedi, Lionel n’a pas trop le moral. « Mal branché », il me dit au téléphone. Justement, ça fait un peu partie de mon boulot de le « rebrancher » quand il faut.

Il a pris cette habitude de me prévenir, quand il est « mal branché ». Et j’en suis content. Avant, je devais le deviner – c’était d’ailleurs facile – et quand je le devinais ça l’énervait davantage. Et je comprenais : j’avais l’air du plombier qui constate une fuite d’eau, qui la regarde, mais sans du tout sortir la caisse à outils. Et moi je la sortais pas, la caisse à outils, parce que personne ne m’avait rien demandé ; c’est l’un des principes essentiels de mon coaching : t’es libre d’aller comme tu l’entends, y compris très mal, et si t’as besoin de mon aide, faut la demander ; d’une manière ou d’une autre, faut la demander.

La contrepartie de cette règle c’est que je suis disponible dès la demande formulée. Il se trouve que samedi j’étais fatigué. Pas du tout disposé à remonter le moral de qui que ce soit. Et donc à deux doigts de la grosse faute qui consiste à ne pas respecter une règle qu’on a soi-même posée.

Il a senti la chose, en a fait des efforts. Alors moi aussi.

Faut dire qu’il a été très marqué, il n’y a pas longtemps, et justement par une soirée au Darius Milhaud. Le public était manifestement content du spectacle, mais nous pas trop. En sortie de scène, l’air accablé Lionel est venu me demander ce que j’en pensais.

— Réjouis-toi d’être chanteur, je lui ai dit. Ce soir si t’avais été toréador, à l’heure qu’il est, tu serais mort…

Ma réflexion l’a glacé. Toute la semaine d’après il a vécu comme si une corne de taureau lui avait effectivement effleuré la peau du ventre. Et depuis il se méfie beaucoup de l’humeur insidieuse qui s’installe avant le spectacle, vous prend la tête et vous détourne de l’essentiel, du don de soi, de la beauté du geste, de l’amour à partager, de la vérité que tout public vient justement chercher quand il vient au spectacle...

Nous étions très concentrés en arrivant samedi à 19h30 au Darius Milhaud. « À se demander comment ils seraient si c’était à Bercy… » on pourrait ricaner. Et on aurait tort. Après tout, c’est pas la grandeur de l’arène qui fait la dangerosité du taureau ni la hauteur de l’église qui fait l’ardente foi du curé à t’assurer la présence du divin à l’autel.

Lionel file direct dans sa loge et je vais de mon côté à l’accueil. Pour apprendre qu’il n’y a aucune réservation prévue, personne, personne en vue… que l’organisateur.

Tiens, au fait, il fait quoi le curé, si n’y a personne, vraiment personne dans son église ? Il dit la messe ? Je sais pas. Devrait la faire.

L’organisateur finalement arrive dans un hall désert. Il est venu avec un ami à lui. Bonne idée. Il se révèle absolument charmant. Il se dit ravi d’être là, vraiment content de venir voir Lionel qu’il a seulement entendu sur myspace.

Je lui annonce qu’ils ne seront que deux spectateurs. Large sourire du monsieur : « un spectacle pour nous, rien que pour nous, moi j’appelle ça un luxe… » Je lui précise maintenant que le violoncelliste est au Japon et que donc… Là, c’est visible, il est un peu déçu. « Bon… c’est l’occasion de voir de ce que ce jeune homme a dans les tripes, c’est pas plus mal !»

Un peu plus d’une heure après, nous sortons de la salle, l’organisateur, son ami et moi. Je suis un peu secoué, faut dire. Lionel m’a étonné, surpris, ému. On est là tous les trois dans le hall toujours désert. On se regarde. L’organisateur cherche ses mots :

— Je vais vous dire quelque chose… J’ai cet après-midi appris une très… très mauvaise nouvelle… la mort d’un ami très cher… La perspective de venir à un spectacle, franchement… je vous avoue que je suis venu parce que j’avais promis… et là… je veux vous dire… Lionel… par sa présence, ses chansons, cette force de vie incroyable… c’est un petit miracle pour moi, vous comprenez ? Qu’il n’y ait eu personne… c’est comme un petit miracle pour moi… c’est merveilleux… en fait je ne pouvais pas espérer mieux pour aujourd’hui… C’est une magnifique soirée…

On dirait une parabole. Non ?

Quentin

Si je vous disais les voix...

Si je vous disais les voix, ce ne serait pas du tout pour me lancer dans une vague considération sur les phénomènes d’oreilles hallucinées de voix tombées des nues.

Si je vous disais les voix, ce serait pour vous raconter l’enregistrement des voix de Lionel sur l’album qu’on est en train de faire.

Enregistrer sa voix, c’est pas si facile. Et l’enregistrer sur un album, qu’on le veuille ou non, c’est un peu l’immortaliser. Pour peu qu’on ne soit pas très sûr de soi, à juste titre ou par excès de zèle, l’exercice est angoissant. Pour peu qu’on ne soit pas très sûr de soi…

Une fois exclue la simagrée — jamais le fait de vrais artistes — il reste que le doute est permis. Surtout quand il s’agit de livrer aux autres une part de soi qu’on voudrait la plus vraie, la plus juste, la plus touchante, la plus émouvante, et nonobstant sincère, authentique, véritable.

Il en va de l’art comme de la justice. Il y faut de l’intime conviction, devant quoi le doute, même raisonnable, s’efface. Une justice qui doute par principe et tout le temps, c’est une justice qui tôt ou tard ne fonctionne plus. L’intime conviction n’est pas infaillible, bien sûr, mais au moins elle rend la justice. L’artiste qui n’a pas d’intime conviction ne fera jamais rien qui vaille la peine qu’on se dérange. Et seul l’artiste qui possède une intime conviction — ou qui est possédé par elle — parviendra peut-être à nous descendre de notre train-train en route, ce pour quoi il est artiste.

C’est beau à voir, si vous saviez, un artiste, qui a une intime conviction, qui sait qu’il est à sa juste place, ce qu’il a dire, à faire, qui travaille en conséquence et qui finalement le dit et le fait. J’en ai tant vus se tripatouiller à longueur de temps les méninges pour à peine en jouir au bout d’un plaisir minable qui ne les satisfaisait pas, et qui s’en jugeaient perfectionnistes… (Pas de méprise : j’ai rien du tout contre la masturbation, qu’elle soit intellectuelle ou non ; je rappelle seulement que c’est un exercice stérile, qui ne devrait jamais concerner que le masturbateur lui-même, alors que, en matière artistique, le masturbateur généralement nous les casse à la seule fin abusive qu’on prenne sa vessie pour notre lanterne).

Tu vois Lionel en studio, comme sur scène, tu jurerais qu’il a fait l’école du cirque. Et là, attention, c’est le plus beau compliment que je puisse faire à un chanteur. Tiens, tous nos chanteurs-chanteuses devraient faire cette école. Du clown au trapèze, du funambule au dompteur, tous au cirque. Pas de triche possible quand t’es clown, trapéziste, funambule ou dompteur.

Lionel a posé ses treize voix en trois séances. Trois ou quatre prises à chaque fois, jamais plus. Et jamais content qu’on lui propose de corriger un petit défaut par une légère pirouette technique. Et pas du tout regardant sur la qualité de sa voix ou la beauté de son timbre. Il s’en fout et ne lui en parlez pas, ça l’énerve… Un peu comme si vous faisiez remarquer au funambule qu’il est bien coiffé. Avouez que ce serait concon.

Parce qu’il a cette intime conviction dont je vous causais tout à l’heure. Comme le clown, le trapéziste, le funambule ou le dompteur. L’intime conviction viscérale du bébé qui vient au monde. C’est la même, cherchez pas. Ça se demande pas du tout ce que ça fout là. Ça aura besoin que le monde l’accepte, bien sûr, et ça fera des risettes pour ça, normal, mais pas plus, croyez-moi ; ça existe et pis c’est tout !

Il a tout de même eu une difficulté, je dois dire, Lionel en studio. La Rue des Oiseaux. Difficulté qu’il avait d’ailleurs prévue, et en conséquence de quoi il avait placé la chanson tout à la fin des enregistrements.

Evidemment parce que c’est la chanson la plus personnelle de son répertoire. Et que Lionel est très très pudique…

Pudique ? Lionel ? Avec tout ce qu’il déborde d’émotions quand il chante ? Pudique ?

Oui, pudique. Sans quoi ce qu’il fait ne serait pas de l’art. Seulement un étalage indécent.

Oui, pudique. Très.

Un Artiste, je vous dis.

Un Sacré Artiste.

Et mes mots sont pesés.

Et dire qu’il va me falloir, dans quelques semaines, aller en convaincre des types affalés dans des fauteuils qui vont me dire un sourire en coin qu’ils voient des artistes tous les matins et que bon la crise du disque et pis déjà la crise tout court…

J’avais réussi à en convaincre un d’au moins venir voir Lionel en spectacle lundi dernier. J’étais content, tranquille. Parce que voir Lionel en spectacle, même si t’es sourd ça le fait.

Le mec n’est pas venu. S’est décommandé par un mail très gentil et désolé.

Faut pas que je m’énerve. En quoi ça servirait le talent de Lionel et en fin de compte la chanson française que je finisse ma vie en taule pour homicide volontaire ?

Encore que… vous me direz… au moins on en parlerait… oui m’enfin bon…

Remarquez, déjà rien qu’avec ça, les mecs que je vais voir dans quelques semaines, s’ils viennent sur le blog, vont au moins éviter le sourire en coin…

Enfin y a vous… de plus en plus nombreux… sur ce blog. Je le sais, j’ai un secret radar qui vous compte…

Heureusement que vous êtes-là… Vous.

À très bientôt

Quentin

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